histoire amazigh

La Bleuite, l'autre guerre d'Algérie

mai 24, 2018

La Bleuite, l'autre guerre d'Algérie


Ce passionnant documentaire revient sur une opération sans précédent montée par les services secrets français lors de la guerre d'Algérie (1954-1962). Fomentée de toutes pièces par un seul homme, le capitaine Paul-Alain Léger, cette opération appelée "la Bleuite" a consisté à infiltrer, intoxiquer et manipuler l'armée algérienne. Elle a eu pour conséquence une grande purge dans les rangs de l'Armée de Libération nationale (ALN).

Un film truffé d'archives et de témoignages comme ceux d'Hamou Amirouche, ancien secrétaire du colonel Amirouche, de Salah Mekacher, ancien maquisard, de Rémy Madoui, officier de l'ALN, de l'historien Paul Villatoux et de Paul-Alain Léger. Ce dernier, devenu "maître de guerre" pendant la guerre d'Indochine, a appris "qu'on n'écrase pas une mouche avec un marteau". Fin psychologue, fervent de coups tordus, il y a perfectionné les techniques de guerre psychologique, faisant de lui un spécialiste dans le "retournement" des individus. En Algérie, il va utiliser sa méthode comme une arme subversive. Ses deux principaux objectifs ont été de s'attaquer au chef du FLN (Front de Libération nationale), Yacef Saâdi, dans la casbah d'Alger et au maquis du colonel Amirouche dans la wilaya III - région -en Kabylie.

'Ce film de Jean-Paul Mari éclaire un aspect méconnu de la guerre d'Algérie. La manipulation psychologique exercée contre les soldats du FLN.'

Puisque le FLN avait la mainmise sur Alger, Paul-Alain Léger veut l'infiltrer et le détruire de l'intérieur. Avec la contribution des "bleus", des jeunes Algériens "retournés" et vêtus de bleus de chauffe, il va prendre le contrôle de la ville et mettre à mal le FLN en arrêtant Yacef Saâdi. Léger va poursuivre son opération "machiavélique" en correspondant avec le colonel Amirouche - qui pensait s'adresser aux cadres de la casbah. Il se retrouvera même en possession d'un document faisant de lui le successeur de Saâdi. Coups tordus, bluff, tout est permis pour déstabiliser l'ennemi. La méthode consistait à faire croire qu'il y avait au sein de l'armée algérienne des agents doubles qui travaillaient pour la France. Des officiers seront arrêtés, torturés et tués, déclenchant, au plus fort de la paranoïa, une purge de milliers de cadres du Front. Ce fut un des plus grands "exploits" de l'armée française contre les maquis du FLN et un épouvantable désastre pour l'Algérie. Impossible encore aujourd'hui d'en connaître le nombre de victimes.

Plus de cinquante ans après la fin de la guerre, "la Bleuite" reste encore "un secret bien gardé, un tabou, un poison, une malédiction de l'histoire" entre les deux pays.

news amazigh

Les grottes berbères de Sned

mai 12, 2018

Tunisie: Les grottes berbères de Sned, un "musée à ciel ouvert"

Les grottes berbères dans la délégation de Sned, appelées aussi "Villages de Montagnes", témoignent des traces de civilisations humaines anciennes dans la région de Gafsa. Les richesses qu’elles recèlent retracent des centaines d’années d’histoires et de vie, mais la question se pose aujourd'hui quant au devenir et à la pérennité de ces œoeuvres ancestrales.
Les Amazighs, premiers habitants des grottes creusées par leurs ancêtres, ne tolèrent plus qu’elles soient délaissées et qu’on continue d’ignorer leur valeur historique.
Qualifié de "Musée à ciel ouvert" par le chercheur et directeur de la maison de la culture, Mostari Boukthir, le village de montagne à Sned, situé à quelques kilomètres de la ville, est l’un des endroits les plus anciens ayant accueilli les premiers habitants. La superficie des grottes qui faisaient office de demeure varie selon la grandeur des familles qui y habitaient.

grottes
Photo: Facebook/Toonsi Mag
L’Institut national du patrimoine a recensé pas moins de 70 grottes à Jebel Dhahra, dont neuf ont été réhabilitées par les services de l’Institut. Selon Mostari Boukthir, il n’y a pas que les grottes qui donnent la preuve que des hommes s’étaient installés à Jebel Sned depuis plus de 1200 ans. Les plateaux superposés dans la montagne témoignent également des activités agricoles.
Certains monts, lieux ou structures hydrauliques sont encore aujourd'hui appelés par leurs noms à consonance berbères, comme "Jebel Takranoucht", "Bir (puit) Taghlanet", "maraa (paturage) Temska" et "oued Tamdwin".
D’autres vestiges renseignent sur le mode de vie économique et social d'il y a 13 siècles. "El Ksar", situé au sommet de Jbel Dhahra, était par exemple le grenier des habitants où étaient stockés figues, abricots, olives, blé et orge.
Les ruines attestent aussi de l’existence de quatre huileries.
Aujourd'hui, vingt-cinq familles vivent au mont Sned après les vagues successives d’exode vers la ville, bravant toutes sortes de difficultés comme l’absence d’eau potable et la détérioration des pistes conduisant au village.
Photo: Facebook/Toonsi Mag
Les habitants du village de Sned, ont cependant formé l’espoir de voir leur village, connu pour son patrimoine historique et civilisationnel riche, devenir une destination privilégiée de tourisme culturel, permettant, ainsi de faire revivre certains métiers de l’artisanat connus dans cette région, dont la confection du "Margoum" et du "Klim".
grottesPour les membres de l’Association "Douroub pour la culture et les arts" œuvrant pour la sensibilisation à la valeur historique et civilisationnelle du village berbère, l’inscription des grottes sur la liste du patrimoine national et mondial constitue une priorité pour préserver ce site.
Le directeur régional de l’Institut National du patrimoine à Gafsa, Mondher Brahmi, a indiqué que l’élaboration d’un dossier pour garantir une protection juridique à ce site culturel est en cours.
Selon lui, l’emplacement stratégique des grottes berbères constitue une partie indissociable d’un circuit touristique qui s’étend du Mont Sned au Mont Ayeicha (de la délégation El Gtar), en passant par les villages des montagnes "Boussaad" et "Bou Omrane".
"La création d’un village artisanal au mont Sned permettera aux habitants de la région de créer leur propre projets", a-t-il souligné.

Culture Amazigh

Takourth , le sport national Amazigh

mai 09, 2018

Takourth , le sport national berbère 

  S’il y a un jeu traditionnel commun à toute l’Afrique du nord c’est bien : Takourth. Pratiquée au début du printemps et entourée de plusieurs rituels, Thakourth est censée assurer une végétation abondante. Pour Émile Laoust, il ne s’agit pas d’un simple sport puisque le jeu a toujours un caractère plus au moins religieux. Edmond Doutté à noté que dans plusieurs régions ce « jeu est réservé aux tolba et là où tout le monde y joue, les tolba y jouent à part ou d’une façon spéciale » (1). Pour Lucien Joseph Bertholon qui avait étudié Thakourth en Tunisie : «Il est infiniment probable que, dans la fête de Tanit, les filles libyennes pratiquaient un jeu rituel dont la koura (thakourth dans les zone arabophones) est un vestige. Le but de ce jeu était de demander la pluie à la déesse tritogène (2)

Thakourth chez les Chaouis Dans l’Aurès,

 les hommes jouent à Thakourth à partir du 15 Fourar, c’est-à-dire le 28 février du calendrier grégorien. Les enfants, quant à eux, peuvent y jouer n’importe quand : «parce que ça fait toujours du bien à l’herbe et au lait », d’après un vieux de Kebech, interrogé par Germaine Tillion lors de sa mission ethnographique dans la région. A Tagoust, la tradition imposait de mettre en lice deux moitiés du village. Chaque équipe portaient des noms traditionnelles, sans doute très anciens, parce que personne n’en connaissaient la signification. Germaine Tillion avait notée le mot « Chiche » qu’elle a soumis à André Basset. Ce dernier l’a rapproché de son homonyme français « chiche » (3). Il pensait que cela pouvait faire partie d’un lot de vocabulaire commun à tout le pourtour méditerranéen. Chez les Aïth Ferah se sont carrément les deux çoffs ennemis traditionnels qui vident ce jour là une querelle ancestrale. Tant dis qu’à Menaâ, le combat opposent les hommes du même arch : les mariés contre les célibataires. L’anthropologue chaoui, et assistant d’André Basset : Amor Nezzal avait décrit le déroulement d’une partie de Thakoureth : «C’est sur les aires que les gens jouent à Thakoureth …. On se partage en deux groupes ; lorsqu’on a fixé la limite où ‘’boira’’ la Thakoureth, l’un la prend, la met dans le petit trou qui est au milieu de l’aire et que l’on appelle terga ; il place sur elle trois ou quatre pierres. « Lorsqu’il a dit à ses camarades ’’que chacun prenne son côté ! Attention à vous ! ‘’ Il commence à la dégager avec sa crosse, peu à peu, avec l’un de ses adversaires : lorsque la Thakourth sort, celui qui est à côté d’elle la frappe avec sa crosse ; ceux qui la font parvenir à l’extrémité de l’aire disent ‘’nous lavons fait boire’’. La thakourth est un peu plus grosse que le poing : on la taille dans du bois vert ; elle est lourde ; c’est pourquoi elle siffle (en l’air) lorsqu’elle est envoyée par quelqu’un qui s’y connaît ; les garçons n’aiment pas celle qui est légères ; ce sont les femmes qui jouent avec elle. « Les bâtons avec lesquels on joue […..] Sont courbés, tu dirais une canne ; on les appelle Tiqabbalin ; ils sont en chêne ou en d’autres espèces de bois qui ne se brisent pas facilement […….]. Le jour du printemps il n’y a pas que les garçons qui, jouent à thakourth ; ce jour-là les hommes y jouent aussi, groupe contre groupe ; chez les Aïth Frah , les Aïth Atman jouent contre les Aïth Ouammas depuis que le ‘’d’hour’’ est passé jusqu’à ce qu’il fasse nuit ; ceux qui la font boire les derniers remontent [chez eux] en invectivant les vaincus . « Les femmes aussi jouent à la Thakourth le jour du printemps, mais dans leur quartier » …

Thakourth au Maroc 

En pays chleuh, écrit, Germaine Tillion les deux camps se recrutent comme à Menâa, c’est-à-dire hommes mariés contre célibataires, tandis que dans le Haut-Atlas (à Agoudal) on opposait (comme à Tagoust) deux moitiés du village n’ayant pas de conflit entre elles. On appelle le jeu : « awoujja » qui signifie « ma sœur ». Selon Emile Laoust le jeu de balle au Maroc ne se bornait pas à aider l’herbe à pousser, mais il avait également le don de faire pleuvoir : « Si la sécheresse menace les récoltes on organise une partie de Koura. Les hommes se groupent d’un côté, les femmes de l’autre et les deux camps … se renvoient la balle en la chassant avec le pied » ….. « A Tajgalt (houz de Marrakech) les femmes uniquement entre elles », tandis que chez les Aïth Warain quelques femmes seulement « se réunissaient dans un endroit où elles savent ne pas être vues par les hommes et là, entièrement nues, elles jouent à la pelote avec des bâtons. Chez les Tsoul, des femmes également nues, se livrent au même jeu, mais en lançant la balle avec une cuiller à pot. C’est surtout au printemps que l’on joue à la koura, quand l’orge est en herbe, agulas (Ntifa) ou en épis azembo (Mtougga) ».(4) 

 Thakourth chez les Touaregs

 Germaine Tillon avait noté que les Imakalkalen appellent le jeu takerikera (pl.tikerikerouan) et ils appellent la balle karey , à Djanet ils disent tkikara, André Chaventré a signalé karikari chez les Kel Tématay , et pour l’Ahaggar le père Foucauld a écrit takrika (pl.tikrîkraoun) . Chez les touaregs comme en Mauritanie, et pour les mêmes raisons climatiques, la renaissance de la végétation ne s’appelle pas le printemps mais l’hivernage. Les touaregs jouent taousit contre taousit , « la taousit touarègue ressemble au clan et , par conséquent , elle diffère un peu moins d’une ferqa ( tarfiketh) aurésienne (où l’on est parent ) que d’un ‘arch ( où l’on est concitoyen ) , car , dans la taousit , on est à la fois l’un et l’autre , … le ‘arch maghrébin est une mini-république et la taousit une monarchie » . La balle s’appelle karey , et elle est placée à peu près à égale distance des deux campements –toujours fort éloignés l’un de l’autre- . L’aire de jeu est donc pratiquement illimitée, car limitée par le désert. L’équipe qui renvoie la balle, dans son propre camp a gagné. Quand le jeu est fini et que les vainqueurs reviennent dans leur propre campement avec la balle, les femmes, pour marquer leur joie, font un claquement de langue appelé taghlilit. Germaine Tillion rapporte, que les vainqueurs, se livrent à une sorte de parade : « les gagnants font le tour de chaque tente en donnant des petits coups de crosse sur les piquets et en dansant. Les femmes leur fonts des cadeaux, par exemple du parfum ou une peau tannée et teinte … les vaincus vont se cacher » . Si les femmes targuis n’y jouent pas comme chez les autres berbères, elles tiennent cependant un rôle très important : « Les femmes de chaque taousit se regroupent aux deux extrémités de cette immense aire de jeu ….[ Elles] représentent en quelque sorte , les deux buts et les arbitres » . 

 Thakourth en Kabylie 

D’après Jean Servier (5) , en Kabylie, ce jeu porte trois noms ; « taghulalt » — en Grande Kabylie (région de Fort-National) —, « dabagh» — en Moyenne Kabylie (région d’Azazga) —, «asheffar » Kabylie Maritime (Iflissen). Comme chez les chaouis, le jeu de Thakourth opposent tantôt deux moitiés traditionnellement opposées d’un village, « moitié d’en haut » contre « moitié d’en bas », tantôt des hommes mariés contre des célibataire d’une même fraction. La confection de la balle varie d’une région à l’autre : elle est faite d’un morceau de la peau des bœufs du sacrifice d’automne, en Grande Kabylie, ou d’une rotule de bœuf en Kabylie Maritime, elle est en liège dans la région d’Azazga et porte alors le nom de « takhensht » note Jean Servier. « En Moyenne Kabylie, chez les Beni Ghobri, … comme dans l’Ouest algérien, un seul joueur essaie de faire tomber la balle dans le trou, tous les autres l’en empêchent. Si la balle tombe, le joueur heureux la retire et la jette devant lui le plus loin possible, les autres doivent alors lancer le bâton à tour de rôle, en essayant de l’atteindre ; lorsque l’un des joueurs lance ainsi sa crosse, les autres crient : « atand-yelli-k » —voilà ta fille I —.Celui dont le bâton est tombé le plus loin de la balle doit à son tour essayer de la faire entrer dans le trou » . 

 Thakourth chez ichenwyen 

Chez les Aïth Hawa (Beni Haoua ,95 km au nord est de Chlef ) un trou est creusé au centre du terrain, ses dimensions sont celles du foyer d’une maison. L’un des joueurs désigné par le tirage au sort, cherche à faire entrer la balle dans le trou, tous les joueurs l’en empêchent ; s’il réussit à atteindre de son bâton l’un quelconque de ses adversaires, celui-ci doit prendre sa place. Lorsque la balle tombe dans le trou, les joueurs marquent une pause et crient : « issessu-it !» — il l’a fait boire ! — puis ils ajoutent : « rebbi issessu-gh d-waman » — Dieu nous abreuvera d’eau. 

 Thakourth chez les Aïth Snus (Tlemcen) 

Pour le coup d’envoi, deux joueurs de chaque équipe se placent au milieu du terrain, un enfant prend la balle et dit : «Préfères-tu le ciel ou l’eau?», la balle est alors lancée en l’air ou en bas, suivant la première réponse qui a été donnée. Le jeu consiste à envoyer la balle dans les limites de l’adversaire, à travers ses lignes de défense. Lorsqu’un but a été ainsi marqué, les vainqueurs crient : «hmar ! » — âne ! —. Pendant la partie, des plaisanteries roulent entre les deux équipes : «Allez cueillir de l’herbe pour nourrir vos ânes I », etc. L’équipe victorieuse est celle qui, la première, a réussi à marquer douze «ânes » dans les buts de l’équipe adverse, c’est-à-dire à assurer la fécondité des douze mois de l’année. Thakourth dans l’Atlas Blidéen Dans la Mitidja on l’appelle également Thakourth , et comme dans les autres région , nous retrouvons les mêmes rituels . On joue à Thakourth au début du printemps afin de conjurer la sécheresse “taɣarit” et présager une bonne récolte. Sur l’aire de jeu, qui est souvent illimité, les deux équipes se renvoient « taqcuct» ; la balle, à l’aide des « imejɣaf » (sing. imejɣaf ) , une sorte de longue crosse ou canne en bois au bout recourbé . 

Thakourth en Mauritanie 

Les maures (arabophones) appellent « kora » un jeu annuel que leurs compatriotes berbérophones (Zenaga) nomment « tekourt ». Les uns et les autres jouent à la même période, celle de l’herbe nouvelle …. chacune des deux équipes se recrute dans une classe d’âge, ou plutôt embrigade toute une classe d’âge. En Mauritanie, les filles, comme les garçons, s’organisent vers l’âge de dix ans et se choisissent alors un nom, par exemple «les nobles » ou encore les je-m’en-foutistes » … Lorsque le temps est devenu de jouer à la kora, on choisit un terrain vallonné, et chaque équipe prend position sur une des hauteurs – ce qui permet de les appeler « nord » et « sud » ; ensuite, quelqu’un lance la balle au milieu de la dépression qui sépare les joueurs. Le jeu se termine quand le soleil se couche, et, si la balle est alors sur le terrain d’une équipe, elle a gagné. 

Thakourth en France

 Germaine Tillion qui l’avait étudié chez les chaouis et les touaregs, signale des similitudes frappante entre Thakourth et un autre jeu pratiqué en France et appelé selon les régions ; la soule, la choule, l’éteufe, la pelote, ou Bazig-kamm en breton : « comme la kora maghrébine, ils opposaient à date fixe (une date correspondant au renouveau de la végétation) deux communautés rurales ; comme la kora, cette compétition était considérée comme nécessaire à la pousse de l’herbe » conclue-t-elle . 

Thakourath aujourd’hui

 Déjà pendant les années 1960, Jean Servier avait noté que ce jeu tend à être remplacé par le football. Cependant, sous l’impulsion des associations culturelles, des parties de Thakourth sont organisés chaque année dans l’Aurès, à l’occasion de Yennar et surtout des célébrations de « Thifeswin n Menaâ ». 

Jugurtha Hanachi 

Note : (1)Edmond Doutté, « Religion et magie en Afrique du nord » (2)BERTHOLON Dr., Essai sur la religion des Libyens, Revue Tunisienne, 1909, p. 485. (3) Germaine Tillion , « il était une fois l’ethnographie » (4) Émile Laoust « mots et choses berbères » (5) Jean Servier «Les portes de l’année »
 Souece :inumiden

artiste amazigh

Lounis Aït Menguellet

mai 08, 2018


Lounis  Aït Menguellet  

Né le 19 janvier 1950, Lounis Abdendi Aït Menguellet est originaire d'Ighil Bouamas (le "coteau du milieu"), un petit village kabyle de la chaîne montagneuse de la Djurdjura. Il est le dernier né d’une famille de six enfants ( il a trois sœurs et deux frères )

« J’ai eu la chance de naître, et grandir dans une famille un peu particulière mais très enrichissante. En fait, j’ai eu le privilège d’avoir quatre grands-mères. Mon grand père que je n’ai pas connu s’est marié avec trois femmes qui ont toujours vécu ensemble jusqu’à leur disparition. Ce qui fait que j’ai plusieurs oncles issus des trois liaisons. Ma quatrième grand-mère est celle maternelle de ma propre mère ». (la dépêche de Kabylie, 25 avril 2005).
Ce grand-père est décédé en 1945, soit cinq ans avant la naissance de Lounis. Les hommes de la famille, dont son propre père, sont presque émigrés dans la région oranaise. « Ma famille avait pour tradition le commerce. On avait une sorte de ferme et des magasins dans l’Oranais, à Rahouia. Les hommes y allaient à tour de rôle pour faire marcher les commerces. Les femmes et les enfants restaient en Kabylie » .
Il fait à peine sa rentrée à l’école à Ighil Bouamas, en pleine guerre d'Algérie. « J’y été pendant une année, avant que l’école ne soit détruite, brûlée par les Moudjahiddine. Je me dis que je lui ai porté chance » (Ibid). «[la suite] a été un peu compliquée. J’ai tenté de reprendre les études au village, et j’ai fait quelques années encore avant l’indépendance. Puis, après 1962, je suis parti avec mes frères sur Alger ou j’ai repris le cursus primaire dans une école aux Champs de Manœuvres, et de là, j’ai atterri au collège d’enseignement technique ou j’ai fais trois ans ».
Il y reçoit un formation d'ébéniste. Durant sa dernière année s'étude, il doit tout abandonner : son grand frère qui l’avait à sa charge, et avait un travail, meurt dans un accident de circulation. Son autre frère étant parti de son côté, Lounis doit se retrousser les manches pour assumer son rôle de tuteur de ses soeurs, le père étant souvent absent après s’être remarié à Oran.
« Je me suis fait embaucher au ministère des Travaux publics comme secrétaire subdivisionnaire. J’étais là pour la réalisation de la première tranche du complexe du 5 Juillet. Après, j’ai été admis sur concours dans la dernière banque française qui était encore installée en Algérie. J’ai fait une année avant de me retirer pour rentrer au village, en 1970. » (ibid). Parallèlement, Lounis Aït Menguelet commence une carrière musicale. Son début dans le domaine remonte, en fait, à 1967 au sein du groupe "Imazighen" avec Lamara Boukhalfa, El Hachemi N’Aït Kaci, Djaffar Fettouchi de Souamâa, Malik, et son frère M’hena. Dalil Omar se joint par la suite à la troupe.
« On était des débutants, on a beaucoup bourlingué, fait des galas, des fêtes un peu partout en Kabylie. Je me rappelle bien de ce gala qu’on avait fait à la salle des fêtes de Tassaft. Elle était archicomble, j’en garde un très bon souvenir. C’était là notre premier gala réussi, ça nous a vraiment galvanisé. Les gens nous avaient bien accueillis et encouragés. Ce jour là, il y avait avec nous Ramdane Metref qui jouait du violon, Ahcène de Souamâa à la mandoline que j’ai d’ailleurs retrouvés, il y’a deux ans à Souamâa. Ça m’a fait vraiment plaisir de les revoir avec les anciens copains ».

De cette période, Lounis se rappelle aussi de ce jour où son cousin Ouahab l’a pris presque de force pour l’emmener subir l’incontournable et très redouté passage à l’émission « Nouva Ihafadhen » (« Chanteurs de demain ») sur la chaîne 2 en langue kabyle de la radio télévision algérienne animée par Cherif Kheddam. Il y arrive la guitare à la main et interprète un morceau de sa composition "Ma trud" ("Si tu pleures") qui le fait connaître.
Lorsque qu'il évoque Cherif Kheddam, il dit : « C’est lui qui m’avait vraiment poussé à y aller. Dans le temps, il était au groupe comme un manager, il nous débrouillait des galas, le transport. Il était très actif avec nous jusqu’en 1970. Moi, je suis rentré au village, les autres se sont dispersés, et le groupe a fini par disparaître. Mine de rien l’expérience a quand même durée près de 3 ans ». De retour chez lui à Ighil Bouamas, Lounis se fait recruter comme secrétaire à la Kasma de la région, et se marie. Mais il a doit quitter son poste après seulement quelques mois d’exercice, pour aller sous les drapeaux. Sa première fille vient au monde alors qu’il accomplit l’instruction à Blida avant d’aller faire dix huit mois de service militaire à Constantine.
C’est aussi à cette période qu’il s’élance véritablement dans la chanson sous l'égide d'un autre grand nom de la chanson algérienne : Kamel Hamadi. « Kamel Hamadi m’avait, en faite, beaucoup aidé à foncer. Je venais en permission week-end, et Kamel me réservait à l’avance le studio de Mahbou Bati à Alger pour enregistrer. A l’époque, c’était des 45 tours. Je laissais alors la bande à Kamel pour chercher un éditeur, s’en occuper, et moi je reprenais le train pour Constantine dimanche en soirée ».
C’est ainsi qu’il ne s’en rendra compte du succès qu’a son second tube « A Louiza » que plusieurs mois plus tard. « Je n’en savais absolument rien. Moi j’étais loin, à Constantine enfermé dans une caserne... » Qualifié au début d'artiste de variété et sévèrement critiqué à ce titre, il trouve vite un important public, notamment chez les jeunes. Dès le départ, il se situe en rupture avec les orchestrations luxuriantes (et souvent inutiles à son avis) de la musique "berbère" de cette époque. Son langage est à la fois poétique et revendicatif. Il est devenu un symbole de la musique amazighe, à tel point qu'on l'a souvent qualifié de Brassens kabyle, comparaison qu'il mérite.
Bien qu'il s'en défende, Lounis Ait Menguellet est un grand mélodiste, un grand chanteur et un excellent guitariste. Si l'orchestration est le plus souvent limitée à la guitare acoustique, aux percussions traditionnelles et la flûte, elle est d'une très grande efficacité et d'une technique impeccable servant de superbes mélodies. Musicalement, son talent est énorme. Interrogez cependant l'artiste sur ce point et il vous répondra que sa musique n'est que de la musique traditionnelle de Kabylie, qu'il joue depuis son enfance.
En privé, il est d'une modestie désarmante, presque timide, et d'une grande gentillesse. A ses yeux, le plus important sont ses textes. Ils sont d'une très grande poésie. Ils pointent les problèmes de la société actuelle à la lumière de la sagesse ancienne, avec une lucidité qui dépasse de loin la culture amazighe dont il est un des ardents défenseurs. Il dit de lui : "Je suis avant tout un regard porté sur l'espace et le monde qui m'entourent " (Algérie Actualités, juillet 1984).

C'est un héritier des grands poètes kabyles, comme Si Mohand, dont il connaît bien l'œuvre. Le grand écrivain algérien Kateb Yacine a dit de lui : "Il est incontestablement notre plus grand poète". Le 11 février 1978, il fait pour la première fois l'olympia. Son succès va alors montant. Le 26 mars 1985, il chante au Zénith à Paris devant six mille personnes. Le 25 octobre 1985 intervient une décision absurde de la part de la justice algérienne : il est condamné à trois ans de prison pour détention illégale d'arme de chasse et de guerre.

En fait d'armes, le chanteur ne possédait qu'un vieux fusil de chasse, ce qui est courant en Kabylie. Ce procès apparaît comme politique, puisqu'il avait apporté son soutien peu de temps auparavant au chanteur Fehrat Méhenni, incarcéré pour son appartenance à la nouvelle ligue des droits de l'homme en Algérie. Suite à de nombreuses protestations, il retrouve la liberté quelques mois plus tard.

Humaniste, Aït Menguellet s'est lancé dans un projet de collecte d'insuline pour les Algériens diabétiques, et pour la prise en charge de 400 malades durant une année. Lunis Aït Menguellet est un homme libre, dont la conduite est parfois déroutante, mais marquée par une profonde cohérence. Il refuse l'exil, estimant que son bonheur est parmi les siens : "(...)ne pas tomber dans le panneau de la célébrité, de l'argent et des villes est une chose bien difficile. Tout chanteur de chez nous rêve de Paris, moi j'ai toujours souhaité avoir les moyens moraux et matériels de rester dans mon patelin, j'y suis arrivé "(Algérie Actualités, juillet 1984).

Il vit toujours dans son village de Kabylie, qu'il ne quitte que pour les tournées et les séances de studio. Il s'est toujours revendiqué apolitique. Il estime ses textes comme poétiques, et n'a jamais été membre d'un quelconque parti : en 1992, il déclare : "(...)D'abord comme simple citoyen, je ne peux pas rester neutre, je le dis tout net. L'intégrisme, je n'en veux pas.. En janvier dernier après le premier tour des législatives, il y avait urgence et il y avait danger, il fallait absolument stopper l'intégrisme.

Et je suis d'accord avec la façon dont cela a été fait. Tout en disant cela, je reste fidèle à mes convictions démocratiques, à mes convictions sur les droits de l'Homme et les libertés. Nous devons naturellement rester vigilants sur ces questions et refuser tout arbitraire, même quand ses victimes peuvent être intégristes" "Je ne me suis jamais détourné de ceux qui cherchent à apporter leur pierre au bien-être de ce pays où qu'ils se trouvent.

Si je n'ai pas été embrigadé politiquement dans les années difficiles, ce n'est pas aujourd'hui que cela commencera. Je continuerai à être ce que j'ai toujours été.." Sa parole sert énormément pour la culture amazighe parce qu'elle est l'expression de la sagesse ancestrale. Il se rend à un meeting du Président de la République algérienne, Abdelaziz Bouthéfika, à Tizi Ouzou, peu après l'élection de celui-ci. Il l'applaudit et accepte même de lui serrer la main. Il s'ensuit une polémique, certains l'accusant d'être un traître.

Il répond à ces accusations avec sa simplicité et sa franchise coutumière. D'abord, ce n'était qu'une geste de politesse envers le Président, qui n'implique aucunement son adhésion à la politique de celui-ci. Il rappelle qu'à ce moment, bien des Algériens attendaient beaucoup du nouveau Président. Ensuite, il espérait obtenir un rendez-vous pour réellement discuter avec le Président de la situation de la culture amazighe, ce qui n'était pas possible dans ce meeting.

L'attitude de Lounis Aït Menguellet concernant l'année de l'Algérie 2003 en France montre à nouveau son indépendance. Alors que s'engage une campagne de boycott, il la refuse. Il revendique une participation critique, pour faire entendre la voix des Imazighen. Il revendique sa liberté. Il insiste sur le fait qu'il est membre de l'Arch de son village d'Iboudraren(1), et que cette question y a été discutée : il tourne en France. Certains détracteurs s'enflamment à nouveau contre lui.

Pourtant l'artiste n'est pas présent au concert lançant l'année de l'Algérie à Alger, ce qui est significatif. Il tourne en France, et sa parole libre se fait à nouveau entendre. Convergences l'accueille à Roubaix en juin pour un magnifique concert. En 2004, il se produit au festival de Timgad, dans les Aurès. Cette participation a été vivement critiquée par certains. Ce festival s'est en effet déroulé peu après une violente répression dans le village de Tkout

. L'affaire est partie de la mort d'un jeune homme dans des conditions suspectes qui entraîne des manifestations de la populations. L'attitude des autorités algériennes est une fois de plus disproportionnée, marqué par des arrestations de jeunes et des violences inadmissibles sur leurs personnes. Les forces de l'ordre en profite pour jeter en prison des militants des Arouch des Aurès.

Le festival de Timgad a été considéré comme une provocation organisée par le pouvoir algérien, et la participation d'Aït Menguellet très critiquée. En 2005, il nous revient avec un nouveau CD "Yenna-d umgar" (le sage a dit). Afin de se faire comprendre de tous, Lounis fait figurer dans le livret des traductions de ces textes en français, en anglais et en arabe. Comme il le dit lui même, il n'a pas changé : il interroge toujours sa culture amazighe ancestrale. Il répond aussi à ses détracteurs.

Musique Amazigh

Musique de Chenoua

mai 08, 2018

Tipaza :Le chenoui ou chenoua est un dialecte berbère parlé essentiellement dans le Dahra, allant de Fouka à Ténès. Il a été baptisé ainsi en référence au mont Chenoua culminant à Tipaza.

histoire amazigh

Thala, la ville Berbère de Tunisie

mai 06, 2018

Thala, la ville Berbère de Tunisie qui a résisté a tous les envahisseurs dont les arabes !

 Thala est une petite ville de l’ouest juchée sur la dorsale tunisienne tel un aigle royal  perché sur un rocher de la haute montagne.Le nom de Thala tire son origine du mot berbère qui signifie source. Thala est source d’eau, de vie et de lutte. La petite ville de par sa superficie est grande, très grande par son histoire de lutte contre les  dictats des Romains, des Arabes et des Beys. Thala est une place forte sur laquelle s’est appuyée l’Armée Alliée pour stopper l’avancée de la Panzer division de Rommel durant la seconde guerre mondiale.
Durant la révolution tunisienne de janvier 2011, la ville a été la pierre tombale du régime dictatorial de Ben Ali. Le 8 janvier 2011, Thala toute entière se souleva contre le régime et mena le combat le plus meurtrier de la révolution tunisienne. Les forces de l’ordre sont tellement débordées que l’on fit appel à l’armée à partir du 9 janvier pour assurer la sécurité des citoyens et du pays.
Le 8 janvier 2011 est pour la Tunisie une date très douloureuse. Elle est aussi la plus douloureuse car elle a vu tomber le plus grand nombre de martyrs en un temps très court. Elle évoque un sentiment pénible et une souffrance morale intense pour  les familles. Et même pour certains qui l’ont vécue de loin, la nuit du 8 au 9 janvier reste gravée pour longtemps dans leur mémoire. Elle est aussi l’histoire pénible d’une noble dame de Thala qui mérite d’être racontée.

Le 8 janvier 2011, au début de la nuit, le commandant de la garnison militaire de Jendouba travaille encore dans son bureau quand soudain le téléphone retentit. Le standardiste l’informe qu’une femme de Thala, mère d’un soldat du régiment, voulait lui parler. Comment pourrais-je vous servir madame? Une voix féminine impassible comme le marbre de Thala sollicitait le commandant de ne pas donner une permission à son fils. Elle devait ajouter que son fils ainé est tué par balles il y a quelques heures et qu’elle a peur que son frère ne rejoigne le soulèvement et périsse à son tour.
Ce qui marquait l’esprit c’est le comportement de cette grande dame. Lorsque tous les proches sont en pleurs et en colère, cette noble mère a gardé tout son calme et a pensé à préserver l’autre fils. Elle devait occulter tout son chagrin et dissiper toute sa souffrance pour rester royale comme l’aigle de Thala.
Près d’une année plus tard, au mois de décembre 2011, le Tribunal militaire du Kef entamait l’examen de l’affaire des martyrs de Kasserine et Thala. Des membres de leurs familles et des proches ainsi que des responsables de la société civile régionale étaient présents. Je m’attendais à ce que cette dame soit présente à la première rangée tenant à la main la photo du martyr. Elle n’était pas là. Les sessions au Tribunal devaient se succéder chaque quinzaine et à chaque fois je m’empressais de chercher cette dame mais ni elle ni ses enfants ne vinrent. Je déduis ensuite que cette dame aimait beaucoup son enfant mais ne montra point son chagrin. Cette noble dame se dissipa à tous les regards et à tous les médias et préféra avec son âme partir rejoindre son fils dans l’autre monde tellement le chagrin est sans limites.
A cette noble mère, à cette grande dame de Thala, à cette Aigle Royale martyre et mère de martyr tous les hommages. Il est difficile d’oublier ce 8 janvier 2011 à Thala.

L'origine du mot thala est berbère et signifie « source ». En effet, le noyau urbain ancien était parsemé de sources réputées telles Aïn Thala d'où elle tire son nom, Aïn Arara, Aïn Ahmed, Aïn Mariem, Aïn Echar et Aïn Oum Ethaaleb située en amont de la cité.

Culture Amazigh

Nna Nouara la rebelle

mai 03, 2018

Nna Nouara

Ces terres étaient couvertes de fruits et de potagers, aujourd’hui il n’y a plus que des ronces. Ses propriétaires sont tous morts, décimés par la Guerre.
Seule survivante de la famille, je l’ai travaillée, bêchée, entretenue tant que j’avais la force de la faire, aujourd’hui je ne peux que la regarder, mon cœur saigne chaque fois que mon regard l’embrasse. Notre gouvernement a achevé le peu qui restait. Ils paradent dans les villas, avec des voitures, des cravates et des costumes, les commerces, et nous nous n’avons même pas accès au gaz de ville. À 73 ans, je dois encore porter sur le dos les bouteilles de gaz et les fagots de bois.Cet État mériterait qu’on y mette le feu d’Est en Ouest.En Algérie, quand arrive le 1er novembre ou le 5 juillet ils accrochent les drapeaux pour se fichent de nous : « Nous sommes indépendants » alors que nos villages demeurent tels qu’ils furent du temps de la France : nos routes sont défoncées et personne pour les réparer, les ordures s’amoncellent en bordures des villages, autour de nous tout est pourri.
Refugiés aux sommets de nos montagnes, vers lesquels nous avons fuis, eux profitent, exploitent et construisent, avec l’appuie de « Boutefrika », sur nos plaines, nos terrains accessibles, pendant ce temps nous nous demeurons démunis, miséreux.
Nous sommes dans la misère dans ce pays, nous n’avons tiré aucun profit. Nos parents ont donné leur vie durant la guerre et l’indépendance venue c’est ceux qui n’ont pas combattu qui en profitent, ils ont récupéré la mise et investissent ici, et à l’étranger, pour leurs enfants. Aujourd’hui ils nous disent : Algérie, Algérie, Algérie. Moi, cette Algérie où je ne suis pas indépendante, je n’en veux pas !

Ils incendient nos villages et montagnes où nous sous sommes réfugiés, ils incendient nos vergers, nos potagers et nos maquis, rien n’est épargné ni nos oliviers, ni nos fruitiers, ni nos maquis, ils envoient les militaires qui nous incendient.
Nous ne voulons pas de leurs discours à la radio, à la télévisons, nous ne sommes pas dupes, nous ne sommes pas endormis. Si on parle de cela à ces dictateurs, ils nous sortent leurs CRS et autres tueurs.
Moi, je ne veux soutenir personne dans ce pays. Je ne soutiens ni ceux qui gouvernent ce pays ni ceux qui leurs font allégeance. Ils puent, ils sont faisandés, eux qui font que je porte encore les bouteilles de gaz et les fagots de bois, comme je le fais depuis que je suis née.
Nos terres sont à l’abandon, ceux qui auraient pu les travailler, les défraichir ont combattu, ils sont morts, ils sont enterrés, nos foyers ont été décimés, nos maisons incendiées, même nos animaux n’ont pas été épargnés. Aujourd’hui, on nous dit : l’Algérie. Qu’est-ce que cette Algérie ? L’Algérie, c’est la leur, celle dont ils profitent avec des étrangers. Ils ont fait alliance avec ceux qui nous avons délogés et d’autres. L’Algérie est spoliée par ceux qui se sont visés à leurs fauteuils. À 88 ans, à 100 ans, ils s’accrochent à leurs sièges et veulent nous commander jusqu’à notre mort, notre totale disparition. Qu’ils disparaissent eux, nous n’avons nullement besoin d’eux. Nous, nous sommes des gens de morale et de valeur, Ce pays est un pays d’Imazighen, hommes d’honneur et d’éthique. Nous sommes prêts à mourir pour notre honneur, notre langue, notre terre.
Nous survivrons à leur incendie, à l’incendie de nos terres, nous survivrons et contrarions leurs desseins.
Voilà ce que j’ai à dire, mon fils. Ce que je constate dans ce pays m’étouffe, m’enrage, me révolte. Le pire étant l’état d’hygiène et le pourrissement de nos villages, nos femmes charrient encore sur leur dos les ordures vers les ravins où ne survivent même plus les bêtes. Les figues et les fruits des vergers et des champs qui jouxtent les ravins sont toxiques. Dès que l’on s’approche des ravins ont se fait bouffer par les moustiques, et si l’on s’avise de manger les fruits de nos arbres proches, on récolte les maladies, le choléra, et les puanteurs. De tout cela, ceux qui candidatent aux élections ils n’en parlent pas, cela ne les préoccupe pas, ils ne savent rien de ce qui se passe dans nos villages. Ils ne nous apportent ni hygiène, ni liberté, ils ne se battent ni pour leur honneur, ni pour leur dignité, ni pour leur langue, ni pour leur culture. À chaque échéance électorale, ils accourent pour convaincre et soudoyer leurs descendants, enfants et petits-enfants puis ils les spolient.
Tu voulais m’enregistrer, je te raconte ce que je voie et qui inspire mon cogito. Du matin au soir, ma tête ressasse ce que voient mes yeux.
Durant la guerre, de fuite en fuite, nous avons fait le tour des villages sous les balles des Français, qui nous tiraient dessus où que nous soyons, nous avons perdu nos familles, nos parents, nos maisons ont été décimées.
Cette terre n’a plus ses propriétaires, ils ont tous été massacrés, même leur chien a été brûlé dans la maison incendiée. Cette terre, mon fils, la guerre a emporté ses propriétaires. La guerre, mon fils, a décimés les enfants de cette terre, l’un des fils est décédé, aspirant en Tunisie, un autre a été tué, après avoir été torturé, avec Belaïd Imakhoukène, pendant 15 jours. Au bout de quinze jours de tortures, ils leurs ont donné des pioches et des pelles pour creuser un trou où ils ont été jetés et mitraillés faute d’avoir parlé, avoué, dénoncé. Ils ont choisi de mourir sans trahir. Leur combat n’était pour cette Algérie dont nous sommes exclus, eux ils ont combattu pour leur dignité, leur honneur, leur terre, leur liberté.
Nous avons fait sortir la France, il nous reste le colonialisme. Ils se chamaillent entre eux et ils nous inventent de nouveaux partis et ils attisent la compétition à qui la spoliera en premier. 99 partis, va savoir si l’Algérie leur suffira, pour nous il ne reste rien.
Voilà, que te dire de plus, mon fils ? Tu voulais que je te parle, je te dis ce qu’il y a, car j’étouffe. J’étouffe, j’étouffe. J’étouffe de ce que voient mes yeux.
Dès qu’il y a un vote municipal ils accourent, les candidats au vol. À chaque vote de l’APN, ils se jouent de nos et nous inventent de nouveaux partis, des candidats achetés. Ils mettent sur le marché des candidats sans dignité ni honneur. Ils les étalent telles des pommes de terre au marché le jour du vote. Ils les étalent tels des cageots de pommes de terre. Ils instrumentalisent même des femmes, qu’ils payent, pour nous convaincre de voter pour eux.
Cette terre, qui hier produisait des richesses, de l’or, et dont les propriétaires sont mort durant la guerre, l’un à Tunis, et mon valeureux père ainsi que mon valeureux frère ne sont plus, ces lions qui ont redonné vie à l’Algérie. L’Algérie d’aujourd’hui pue, je n’en veux pas.
Ô mon cœur ! Ô terre des ancêtres ! On s’est retiré des plaines et ils nous poursuivent jusqu’ici pour incendier nos maquis et nos vergers.

Popular Posts

Like us on Facebook

Flickr Images