histoire amazigh

La légende de la robe kabyle d’Ahl El Ksar

août 27, 2018

la robe kabyle d’Ahl El Ksar

 L’ histoire et les raison de l’utilisation des couleurs noir et rouge dans la confection de la robe kabyle d’Ahl El Ksar, se déroule dans le passé reculé, approximativement au moyen age. A cette époque il est dit qu’une princesse « lala Mlaoua », dont deux collines portent à ce jour le nom « les deux pics de lala Mlaoua », s’est suicidée à la suite du refus de son père de la marier à un prince « Mastenbal » afin d’exprimer à ce dernier son amour et sa passion.
La légende dit, que pour désapprouver le refus de son père, cette princesse a fugué vers la montagne en compagnie de son homme préféré, où ils se son mariés et vécus quelques jours, avant qu’elle ne soit rattrapée par son père qui était fermement opposé à cette union.
Ce dernier voulait ramener sa fille à la maison afin de laver l’affront qui a été engendré par cette fugue. Se rendant compte d’avoir commis l’infâme et ne voulant pas quitter son prince, la dite princesse a mis fin à ses jours. Cet acte irréparable est allé ensuite susciter de la compassion et du chagrin auprès des habitants de la région.
La légende dit que, la reine Lala Mlaoua était modeste, compatissante et très proche de ses sujets, ce qui fait que sa disparition s’est transformée en deuil pour l’ensemble des habitants. Depuis, et pour manifester leur tristesse, les habitant se sont vêtu en noir, les femmes de la région ont porté cette couleur même à l’occasion des fêtes en guise d’hommage à la reine.

M’laoua la fugitive
La deuxième version, la plus tangible et toujours aussi malheureuse, raconte qu’au début du XVIe siècle dans la région d’Ath-Leqsar, il y avait un notable kabyle qui avait une très belle fille, très convoitée, nommée M’laoua. Un militaire de l’armée ottomane, présent sur ces lieux, épris probablement d’elle, ne cessait de demander sa main. Le père, attaché aux traditions, opposa un refus irréversible. En effet, lassé sans doute par une situation embarrassante et pour parer à d’éventuels «scandales», le père se déplaça en compagnie de sa fille et de sa famille à quelques kilomètres et prendra refuge entre les deux pics. Ce dernier a aussi construit un château et s’y installa en compagnie de sa famille. Quelques années plus tard, le militaire turc avait fini par retrouver les traces de la dulcinée et se rendait de temps à autre dans la région. Parfois, il organisait des expéditions punitives et dépouiller la famille de tous ses biens. Selon la légende, ce militaire turc a même essayé de convaincre les oncles de M’laoua pour se marier avec elle, après le décès de son père, mais en vain. Les trois oncles de la jeune fille n’ont pas voulu bafoué le testament de leur frère aîné, chose qui avait provoqué la colère du militaire turc qui a menacé de raser le château et d’exterminer entièrement les membres de cette famille. L’assaillant turc n’a pas tardé à appliquer sa menace et il est revenu quelques mois plus tard avec un imposant bataillon pour exterminer la famille de M’laoua, dont les membres ont affiché une fervente résistance avant de succomber face à la force des turcs. Selon cette légende, M’laoua a été épargnée et capturée par les militaires et placée dans la forteresse militaire turque de Tiliwa, à quelques kilomètres plus au sud. La malheureusement jeune fille qui s’est toujours opposée à ce mariage, a réussi dans un premier temps à prendre la fuite avant de se suicider sur les ruines de son ancienne demeure, par peur que les soldats turcs ne la rattrapent. En apprenant cette triste nouvelle, les villageois d’Ath-Leqsar se sont vite soulevés et ont réussi, grâce à une parfaite organisation chapeautée par thajmâath, à chasser les soldats turcs de tout le territoire des Ath-Leqsar et beaucoup d'entre eux furent prisonniers. D’autres se sont sauvés en suivant une route jusqu’à M’Chedallah, cette route porte même aujourd’hui le nom de «Avrid U Turki» (la route du turc). On raconte aussi que les Ath-Leqsar se sont divisés, juste après ces évènements, en trois tribus qui se sont partagées un vaste territoire allant de la vallée d’El-Esnam jusqu’aux portes de fer plus à l’Est, (actuellement Ahnif et Ath-Mensour). Ces trois tribus existent toujours. Il s’agit des Ath Ali-Oumer, Ath Abdellah Ouali et Ath Rached.

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La mentalité kabyle

août 25, 2018

"La mentalité kabyle",  par Mohamed SAÏL 

Pour l’indigène algérien, la discipline est une soumission dégra­dante si elle n’est pas librement consentie. Cependant, le Berbère est très sensible à l’organisation, à l’entraide, à la camaraderie mais, fédéraliste, il n’acceptera d’ordre que s’il est l’expression des désirs du commun, de la base. Lorsqu’un délégué de village est désigné par l’Administration, l’Algérie le considère comme un en­nemi.
La religion qui, jadis, le pliait au bon vouloir du marabout, est en décadence, au point qu’il est commun de voir le représentant d’Allah rejoindre l’infidèle dans la même abjection. Tout le monde parle encore de Dieu, par habitude, mais. en réalité plus personne n’y croit. Allah est en déroute grâce au contact permanent du tra­vailleur algérien avec son frère de misère de la métropole, et quel­ques camarades algériens sont aussi pour beaucoup dans cette lutte contre l’obscurantisme.
Quand au nationalisme que j’entends souvent reprocher aux Algériens, il ne faut pas oublier qu’il est le triste fruit de l’occupation française. Un rapprochement des peuples le fera disparaître, comme il fera disparaître les religions. Et, plus que tout autre, le peuple algérien est accessible à l’internationalisme, parce qu’il en a le goût ou que sa vie errante lui ouvre inévitablement les yeux. On trouve des Kabyles aux quatre coins du monde ; ils se plaisent par­tout, fraternisent avec tout le monde, et leur rêve est toujours le sa­voir, le bien-être et la liberté.
Aussi, je me refuse à croire que des guignols nationalistes puis­sent devenir un jour ministres ou sultans dans le dessein de soumet­tre ce peuple, rebelle par tempérament.
Jusqu’à l’arrivée des Français, jamais les Kabyles n’ont accepté de payer des impôts à un gouvernement, y compris celui des Ara­bes et des Turcs dont ils n’avaient embrassé la religion que par la force des armes. J’insiste particulièrement sur le Kabyle, non pas parce que je suis moi-même Kabyle, mais parce qu’il est réellement l’élément dominant à tout point de vue et parce qu’il est capable d’entraîner le reste du peuple algérien dans la révolte contre toute forme de centralisme autoritaire.
Le plus amusant de l’histoire, c’est que la bande des quarante voleurs ou charlatans politiciens nous représente le nationalisme d’outre-mer sous la forme d’une union arabe avec l’emblème mu­sulman et avec des chefs politiques, militaires et spirituels à l’image des pays du Levant. J’avoue que le dieu arabe de nos sinistres pan­tins d’Algérie a bien fait les choses, puisque la guerre judéo-arabe nous révéla que les chefs de l’islamisme intégral ne sont rien d’autre que de vulgaires vendus aux Américains, aux Anglais, et aux Juifs eux-mêmes, leurs prétendus ennemis. Un coup en traître pour nos derviches algériens, mais salutaire pour le peuple qui commence à voir clair.
Pensez donc, un bon petit gouvernement algérien dont ils se­raient les caids, gouvernement bien plus arrogant que celui des roumis, pour la simple raison qu’un arriviste est toujours plus dur et impitoyable qu’un "arrivé" ! Rien à faire, les Algériens ne veulent ni de la peste, ni du choléra, ni d’un gouvernement de roumi, ni de celui d’un caid. D’ailleurs, la grande masse des tra­vailleurs kabyles sait qu’un gouvernement musulman, à la fois re­ligieux et politique, ne peut revêtir qu’un caractère féodal, donc primitif. Tous les gouvernements musulmans l’ont jusqu’ici prouvé.
Les Algériens se gouverneront eux-mêmes à la mode du Village, du douar, sans députés ni ministres qui s’engraissent à leurs dé­pens, car le peuple algérien libéré d’un joug ne voudra jamais s’en donner un autre, et son tempérament fédéraliste et libertaire en est le sûr garant. C’est dans la masse des travailleurs manuels que l’on trouve l’intelligence robuste et la noblesse d’esprit, alors que la horde des "intellectuels" est, dans son immense majorité, dénuée de tout sentiment généreux.
Quant aux staliniens, ils ne représentent pas de force, leurs membres se recrutent uniquement parmi les crétins ou déchet du peuple. Car l’indigène n’a guère d’enthousiasme pour se coller une étiquette, qu’elle soit mensongère ou superfasciste.
Pour les collaborateurs, policiers, magistrats, caïds et autres né­griers du fromage algérien, leur sort est réglé d’avance : la corde, qu’ils valent à peine.
Pour toutes ces raisons, mes compatriotes doivent-ils être consi­dérés comme d’authentiques révolutionnaires frisant l’anarchie ? Non, car s’ils ont le tempérament indiscutablement fédéraliste et libertaire, l’éducation et la culture leur manquent, et notre propa­gande, qui est cependant indispensable à ces esprits rebelles, leur fait défaut
C’est ce pourquoi oeuvrent nos compagnons anarchistes de la fé­dération nord-africaine.
Il faut voir l’indigène algérien, le Kabyle surtout, dans son mi­lieu, dans son village natal et non le juger sur son comportement dans un meeting, manifestant contre son ennemi mortel : le colo­nialisme.
A maintes occasions, j’ai parlé dans ces colonnes du tempéra­ment libertaire et individualiste caractérisé de mes compatriotes berbères d’Algérie . Mais aujourd’hui, alors que la caverne d’Ali Baba d’outre-mer craque et croule, je crois utile d’affirmer, contre tous les pessimistes professionnels ou les rêveurs en rupture de places lucratives que l’Algérie libérée du joug colonialiste serait ingouvernable au sens religieux, politique et bourgeois du mot. Et je mets au défi toutes les canailles prétendant à la couronne d’apporter la moindre raison valable et honnête à leurs aspirations malsaines, car je leur oppose des précisions palpables et contrôlables, sans nier cependant que leur politique a quelque succès quand il s’agit d’action contre le tyran colonialiste.

 Paru dans Le Libertaire n° 257, 16 février 1951. 

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Sail Mohamed, anarchiste Algérien, anticolonialiste.

août 25, 2018

Sail Mohamed, anarchiste Algérien, anticolonialiste.


Sail Mohamed Ameriane ben Amerzaine est né le 14 octobre 1894 à Tarbeit-Beni-Ouglis, en Kabylie.
Comme beaucoup d’Algériens d’alors il fut très peu scolarisé. Chauffeur-mécanicien par nécessité, toute sa vie il fut assoiffé de culture et fit beaucoup d’effort pour s’auto-éduquer. D’une famille berbère musulmane il devint un athée convaincu. Pendant le Première guerre mondiale il fut interné pour insubordination et désertion de l’armée française. Ses sympathies pour l’anarchisme se développaient déjà.
A la fin de la guerre, avec la reconstruction du mouvement anarchiste, il rejoignit l’organisation Union anarchiste (UA). En 1923, avec son ami Sliman Kiouane, un chanteur, il fonda le Comité de Défense des Indigènes Algériens. Dans ses premiers articles il dénonça la pauvreté de la population colonisée et l’exploitation coloniale. Il devint un expert de la situation nord-africaine. Il organisait des réunions en langues Arabe et Française avec les groupes anarchistes du 17ème arrondissement de Paris sur le thème de l’exploitation des nord-africains. Sail créa un groupe anarchiste à Aulnay-sous-Bois et devint un de ses militants les plus impliqués.
En 1929, il devint secrétaire d’un nouveau comité : le Comité de Défense des Algériens contre le Centenaire de la Provocation (la France se préparait à célébrer le centenaire de la conquête de l’Algérie du 5 juillet 1830). Toutes les tendances du mouvement anarchiste, l’UA, les anarcho-syndicalistes de la CGT-Syndicaliste-Révolutionnaire et le Fédéralistes dénoncèrent le « colonialisme meurtrier, la mascarade sanguinaire ». Ils mirent en avant le mot d’ordre : « Civilisation ? Progrès ? Nous disons meurtre ! ». En conséquence Sail rejoignit les anarcho-syndicalistes de la CGT-SR au sein de laquelle il créa la Section des Algériens indigènes. L’année suivante, avec l’Exposition Coloniale de Paris, le mouvement anarchiste redémarra sa campagne contre le colonialisme. Sail était au premier plan de cette lutte.

L’Eveil Social

En 1934, l’ « Affaire Sail Mohamed » éclata. La manifestation des Ligues antisémites et fascistes du 6 février 1934 provoqua une réaction en chaine à travers le mouvement ouvrier. Said récolta des armes et les cacha. Le 3 mars il fut arrêté pour « port d’armes prohibées ». Le mouvement ouvrier lui apporta alors tout son soutien, à l’exclusion du Parti Communiste, qui le dénonça comme agent provocateur. Condamné à un mois de prison, puis un autre mois de plus pour « détention d’armes de guerre », il finit par rester quatre mois en prison. Libéré, il reprit la lutte.
L’Eveil Social fusionna avec Terre Libre (le mensuel de l’Alliance Libre des Anarchistes du Midi de Paul Roussenq). Sail avait la charge de la version nord-africaine de Terre Libre. Il tenta d’établir un Groupe Anarchiste des Indigènes Algériens, sous différentes appellations dans la presse anarchiste. En même temps il continua à être actif au sein de l’Union anarchiste.

L’Espagne

Après que sa blessure fut guérie, il prit part à de nombreuses mobilisations concernant la situation espagnole avec l’Union anarchiste. Immédiatement après cette série de mobilisations il participa à un meeting par des organisations révolutionnaires à Paris pour protester contre la censure de l’Etoile Nord-Africaine, édité par Messali Hadj, et contre la répression des manifestations en Tunisie qui firent en tout au moins 16 morts. Encore une fois il fut arrêté pour « provocation de l’armée » et fut condamné à 18mois de prison en décembre 1938.
Au début de la Seconde Guerre mondiale il fut de nouveau arrêté et envoyé au camp de concentration de Riom. Sa grande bibliothèque fut détruite après un raid policier. Il s’échappa alors, s’établit de faux papiers et entra dans la clandestinité pendant tout el temps de l’Occupation.
A partir de 1944 il oeuvra, avec d’autres, à la reconstruction du mouvement anarchiste. A la Libération il créa de nouveau le groupe d’Aulnay-sous-Bois, et essaya de reformer le Comité des Anarchistes Algériens. Dans Le Libertaire il écrivit un éditorial sur la situation en Algérie. Il publia également une série d’articles sur la « Cavalerie des Indigènes Algériens ».
Il décéda en avril 1953. Le communiste libertaire George Fontenis lui rendit hommage au nom du mouvement anarchiste lors de ses funérailles le 30 avril 1953.

Traduction Contre Capital d’un article du journal anarchiste Organise! 
En janvier 1932, il devint le responsable légal de l’Eveil Social. A la suite d’un article anti-militariste il fut traduit en justice pour « provocation à la désobéissance militaire ». Le Secours Rouge International, une organisation satellite du Parti communiste, lui apporta son soutien, soutien qu’il rejeta au nom de victimes du stalinisme.
A la suite du coup d’Etat franquiste en Espagne, Sail rejoignit le groupe Sébastien Faure, section francophone de la milice anarchiste « Colonne Durruti » en septembre 1936 et finit par en être le commandant. Blessé à la main en novembre 1936, il retourna en France après avoir diffusé de nombreuses lettres décrivant la situation du mouvement anarchiste espagnol.

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TACHELHIT

août 22, 2018

LE TACHELHIT OU CHLEUH (Maroc)

Le dialecte berbère chleuh (tacelḥit, tašelḥit, tašelḥiyt en berbère) est le plus important du Maroc par sa population et, sans doute même de tout le monde berbère. Il s'étend sur la plus grand partie de l’Atlas : Haut-Atlas (dans sa partie Sud-Ouest), Anti-Atlas et Sous (voir carte ci-dessous).
Au Maroc, on peut estimer le nombre de locuteurs du tachelhit à 8 millions de personnes environ. Les Chleuh, depuis longtemps, émigrent vers les grandes villes du Maroc, notamment Casablanca. Depuis 1945, ils viennent aussi vers la France et l’Europe. Ils sont particulièrement nombreux en France (en région parisienne et dans le Nord) et en Belgique. En France ils représentent sans doute une bonne moitié de l’ensemble des Marocains et personnes d’origine marocaine (400.000 sur 800.000).
Le chleuh couvre une aire géographique importante, au relief et aux conditions écologiques variés; il connaît bien sûr des variations linguistiques selon les parlers, mais, il présente une indiscutable unité par contraste avec les autres dialectes du Maroc (rifain et tamazight) qui sont nettement plus diversifiés.
Quelques traits marquants du tachelhit
Le chleuh est un dialecte qui appartient au type "occlusif" : les consonnes berbères /b, d, d, t, g, k/ restent occlusives, contrairement à ce qui se passe dans les autres aires dialectales berbères marocaines, Rif et Moyen Atlas ou en kabyle, où la spirantisation des occlusives est un phénomènes très largement attesté, sinon généralisé.
On note dans ce dialecte une très forte tendance à la labio-vélarisation des consonnes palato-vélaires (/k°, g°, kk°, gg°.../) ; certains parlers du Haut-Atlas tendent à généraliser ce trait à toutes les occurrences palato-vélaires et même aux labiales ([b°, f°].
Le vocalisme est, lui aussi, extrêmement simple puisqu'il se réduit au triangle vocalique élémentaire /a, i, u/. La voyelle neutre, non phonologique ("e" muet, schwa) y est particulièrement ténue ; elle semble même absente dans la plupart des prononciations, ce qui amène de nombreux auteurs à ne pas la noter, d’où les graphies avec de fréquentes suites de consonnes sans aucune voyelle.

Etudes sur la langue et développements récents

Le chleuh a été l'un des dialectes les plus étudiés par les spécialistes occidentaux ; à la fin des années 1920, on disposait déjà de travaux descriptifs et de recueils de textes importants (Stumme, Destaing, Laoust, Justinard…). Il a connu un très vif regain d'intérêt depuis le milieu des années 1970 du fait de la formation rapide d'une nouvelle génération de berbérisants marocains, qui sont, dans une large proportion, originaires du domaine chleuh.
Le développement vigoureux de la recherche sur la langue et la littérature chleuh est dans une certaine mesure relayé par le dynamisme de la société civile chleuh, notamment dans le Sous (Agadir) : la majorité des publications berbères, scientifiques ou culturelles, parues au Maroc depuis 30 ans sont l'oeuvre de Chleuhs ; de même, les associations culturelles les plus actives et les plus efficaces sont presque toutes chleuh.

Littérature

Comme toutes les grandes régions berbérophones, le domaine chleuh connaît une très riche production littéraire orale : poésie et chants, contes, proverbes… De nombreux recueils sont disponibles. Le vecteur traditionnel des formes "nobles" étaient des chanteurs-poètes itinérants (rrays/rrways), maintenant largement relayés par les supports modernes : le disque d'abord, puis la radio, la cassette et le CD.
Une des particularités marquantes de cette région est l'existence d'une tradition littéraire écrite en caractères arabes, vieille de plusieurs siècles. Les textes sont presque tous d'inspiration religieuse : textes doctrinaux ou poésie d'édification. Ces manuscrits, dont les plus célèbres sont ceux d'Awzal (vers 1700), circulent dans le milieu des lettrés traditionnels chleuhs ; ils semblent être ce qui reste des pratiques plus larges de l'époque médiévale (notamment almohade). On notera d'ailleurs que les oeuvres littéraires contemporaines écrite par des Chleuhs sont le plus souvent notées au moyen de l'alphabet arabe (Moustaoui, Idbelkacem, As-safi…).

Orientation bibliographique pour le chleuh :

L'essentiel des références anciennes sera à rechercher sous les noms de :
  • Pour la langue : ASPINION, A. BASSET, R. BASSET, BIARNAY, BOULIFA, CID-KAOUI, COLIN, DESTAING, GALAND, JUSTINARD, LAOUST, MARCY, STUMME…
  • Pour la littérature (études et textes) : H. BASSET, R. BASSET, DESTAING, GALAND-PERNET, JOHNSTONE, JORDAN, JUSTINARD, LUCIANI, NEWMANN, ROUX, STRICKER, STUMME.
  • BOUMALK A. et A. BOUNFOUR A. : Vocabulaire usuel du tachelhit (tachelhit-français), Centre Tarik Ibn Ziyad, Imprimerie Najah Al Jadida, 2001, 257. p.
  • BOUMALK A. : Manuel de conjugaison du tachelhit (langue berbère du Maroc), L’Harmattan (Coll. "Tira – Langues, littératures et civilisations berbères"), 2004, 264 p.
  • ELMOUNTASSIR A. : Dictionnaire des verbes tachelhit - français (berbère du sud du Maroc), 2003, l'Harmattan, Paris, 240 pages.
  • ELMOUNTASSIR A. : Initiation au tachelhit, Langue berbère du sud du Maroc, 2004, Casablanca, Afrique-Orient [2e éd. ; 1ère éd. : Paris, L’Asiathèque].

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Ammar ben Saïd ben Ammar Boulifa

août 21, 2018

 Ammar ben Saïd ben Ammar Boulifa


Ammar ben Saïd ben Ammar Boulifa, homme de lettres algérien et élève de Belkacem Ben Sedira , est considéré comme le « précurseur berbériste », vraisemblablement né en 1863 au village d’Adeni dans l’actuelle commune d’Irdjen, près de Tizi Ouzou, en Algérie, et mort en 1931 à Alger. 

Biographie

Sa date de naissance précise est inconnue, on présume qu'il avait 28 ans en 1891, enregistré à l'état civil de la mairie d'Irjen sous le n° 142, Observation Néant.

Orphelin très jeune, son oncle le fait scolariser à Tamazirt, la toute première école ouverte en Kabylie (1875). Un établissement qui formera de nombreuses générations au savoir moderne. Instituteur formé à l’école normale de Bouzareah dans les années 1890, il devient par la suite linguiste, sociologue et historien (notamment à la Faculté des Lettres d'Alger). Il s’insurge contre les conclusions intentionnées du généralrien">ank" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alger"> anthropologue Adolphe Hanoteau faites sur la href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kabyles">société kabyle à travers son ouvrage d’analyse poétique intitulé : Les chants populaires du Djurdjura. Pour rappel, le général faisait partie de la vaste conquête de la région engagée par les forces d’occupation françaises à partir de 1857.

Il prit sa retraite en 1929 et mourut 1931 à Alger ou il fut inhumé.

Œuvres

Linguistique berbère :

· Textes berbères en dialectes de l'Atlas marocain, Paris 1908, 388 pp.

· Une première année de langue kabyle (dialecte Zouaoua). A l'usage des candidats à la prime et au brevet de kabyle, Alger 1897 (2. éd. 1910), 228 pp.

· Méthode de langue kabyle (cours de deuxième année), Alger 1913, 544 pp.

Littérature berbère :

· Recueil de poésies kabyles. Texte Zouaoua traduit, annoté et précédé d'une étude sur la femme kabyle et d'une notice sur le chant kabyle (airs de musique), Alger 1904, 555 pp. (rééd. Awal, Paris, 1990)

· Manuscrits berbères du Maroc, in Journal Asiatique 10/6 (1905), p. 333-362

Archéologie :

· L’Inscription d'Ifigha, in Revue archéologique juillet-décembre 1909 (4e sér., t. XIV), Paris, E. Leroux, p. 387-415

· Nouveaux documents archéologiques découverts dans le Haut-Sébaou in Revue africaine n° 55, 1911.

· Nouvelle mission archéologique en Kabylie in Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 1912.

Histoire :

· Mémoire sur l’enseignement des indigènes de l’Algérie, in Bulletin de l’enseignement des indigènes, Alger, Jourdan, 1897.

· Le kanoun de la zaouia de Sidi Mansour des Ait Djennad, Mélange René Basset, Tome I, Paris, Leroux, 1923 [repris dans le Djurdjura à travers l’histoire].

· Le kanoun d'Adni, texte et traduction avec une notice historique, in Recueil de Mémoires et de textes, XIVe Congrès International des Orientalistes, Alger 1905, p. 15-27.

· Le Djurdjura à travers l'histoire depuis l'Antiquité jusqu'en 1830 : organisation et indépendance des Zouaoua (Grande Kabylie), Alger 1925, 409 pp. (rééd. Alger s.d., .

Annexes

Bibliographie

· Mbarek Awadi, « Un écrivain d’expression kabyle: Ammar ben Said Ben Ammar Boulifa » Si 3mmar U Said U 3mmar Bulifa, Tisuraf, nº 3, 1979, pp.

· Salem Chaker, « Boulifa (Ammar Ben Saïd Ben Ammar) »Si 3mmar U Said U 3mmar Bulifa, Encyclopédie berbère n° 10, 1991, p. 1592-1594.

· Salem Chaker, article Boulifa dans Hommes et femmes kabyles, p. 119-123.

· Salem Chaker, « Le grand précurseur berbérisant: Ammar Ben Said Ben Ammar Boulifa (1863-1931) », Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n° 44, 2etrim. 1987, p. 102-113.

· Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Éditions Karthala, 1984, p. 80-81 (ISBN 2865370852).

· Ouahmi Ould-Braham, « Le voyage de Boulifa au Maroc d’après son Journal de route (Bled-es-Siba, 1904-1905) », Études et Documents Berbères, n° 12, 1994,p. 35-105.

· Ouahmi Ould-Braham, « Voyages scientifiques de Boulifa (Maroc 1905 ; Kabylie 1909-1912) », Études et Documents Berbères, n° 13, 1995, p. 27-78.

· M'Barek Redjala, « Un prosateur kabyle : Boulifa », Littérature orale arabo-berbère, n° 4, 1970, p. 79-84.

· Tassadit Yacine, « Relire Boulifa » in Les voleurs de feu. Éléments d’anthropologie sociale et culturelle, p. 17-47, Paris, La Découverte/Awal, 1993 [version légèrement retouchée de la présentation de la réédition du Recueil de poésie kabyle de Saïd Boulifa, Alger, Awal, 1990].

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BENI IZNASEN (Maroc)

août 20, 2018

LE DIALECTE BERBERE DES BENI IZNASEN (Maroc)

(en berbère : At Iznasn)

 Confédération de tribus berbérophones, située à l'Est de la zone dite "rifaine" (entre la frontière algérienne et le reste du bloc rifain) ; comprise dans un triangle délimité à l'Est par l'Oued Kiss et à l'Ouest par la Moulouya. Selon Renisio (1932), les sous-groupes constitutifs de la confédération sont les :
  • At Khaled
  • At Menqus
  • At Ahtiq
  • At Urimmes
Au plan linguistique, les B.I. appartiennent clairement à l'ensemble rifain, avec cependant un caractère nettement moins accusé des évolutions phonétiques propres au reste de ce domaine dialectal ; ce qui amène de nombreux auteurs (anciens) à les en distinguer (Renisio notamment) ; la tendance à la confusion /l/-/r/, à la vocalisation de /r/ et à la palatalisation (/ll/ > /g/), typiques du rifain "standard", n'y sont pas attestées. A ce point de vue, le parler des B.I. est donc plus proche de ses voisins du Sud/Sud-Est, extérieurs à la zone rifaine : Beni Snous (en Algérie), Ayt Warayn, Ayt Seghrouchen. La chute de la voyelle initiale des noms masculins y est également plus rare. La spirantisation par contre y est très avancée et touche :
  • les dentales : /t/, normalement réalisé [t], évolue parfois même jusqu'au souffle laryngal [h] (nihnin < nitnin "eux") ; /d/ est normalement réalisé [d] (zdem "ramasser le bois");
  • les palato-vélaires : /k/ est régulièrement traité en [k] (aksum < aksum) ; /g/ > y > i (sans doute long [i:]) (isegres > isi:res "mangeoire", asegnu > asi:nu "grosse aiguille"...
  • à l'inverse, /y/, surtout en position implosive, évolue souvent vers /š/ (ayt > ašt).
Une étude spécifique a été consacrée au phénomène de spirantisation dans ce parler (Elkirat, 1987).
Traditionnellement classé avec le rifain dans la catégorie des dialectes "zénètes", le berbère des B.I. présente, comme tous les parlers de cet hypothétique ensemble, un thème verbal spécifique d'aoriste intensif négatif dont l'extension a bien été mise en évidence par Kossman (1989).

Etymologie de l'ethnonyme :

Le second élément du nom des B.I. s'intègre parfaitement dans le modèle onomastique général que j'ai proposé il y quelques années (Chaker 1983) : segment verbal ou nominal + affixe personnel (en l'occurence -sn, 3ème personne du masculin pluriel = "leur, à eux"). L'initiale i- du premier segment peut être analysée soit comme l'indice de 3e personne du masculin singulier d'un verbe, soit comme marque initiale de pluriel nominal ; il est donc difficile de décider de l'identité syntaxique de ce premier élément izna qui peut être aussi bien un verbe (au thème de prétérit ; radical *ZN (?) ; d'où : izna-sn = "il leur a ..."), qu'un nom masculin pluriel (d'où izna-sn = leur ...").
Outre les quelques références spécifiques aux B.I. (voir c-dessous), on se reportera à l'ensemble de la bibliographie linguistique consacrée au Rif.
S. CHAKER

Bibliographie

  • BASSET R. : 1898 - Notice sur le dialecte berbère des Beni Iznacen, Giornale della societa asiatica italiana, 11, p. 1-14.
  • BASSET R; : 1890 - Loqman berbère, Paris (un texte B.I.).
  • CHAKER S. : 1983 - Onomastique berbère ancienne (Antiquité-Moyen Age) : rupture et continuité, BCTH, 19 (B), 483-497. repris dans : Textes en linguistique berbère..., Paris, Editions du CNRS, 1984 (chap. 14).
  • DESTAING E. : 1914 - Dictionnaire français-berbère (dialecte des Beni Snous). [1308 notations B.I.].
  • ELKIRAT Y. : 1987 : Spirantization in the Beni Iznassen Dialect. Diachrony and Synchrony, DES linguistique, Faculté des Lettres de Rabat.
  • KOSSMAN M. : 1989- L'inaccompli négatif en berbère, Etudes et documents berbères, 6, p. 19-29.
  • RENISIO A. : 1932 - Etude sur les dialectes berbères des Beni Iznassen, du Rif et des Senhaja de Sraïr..., Paris, Leroux, 465 p. (référence la plus importante sur les B.I. : phonétique, grammaire, textes et lexique).

Extrait de : [Encyclopédie berbère, fascicule X, 1991 : p. 1469-1470]

Culture Amazigh

TARIFIT ⵝⴰⵔⵉⴼⵉⵝ (Maroc)

août 19, 2018

LE RIFAIN OU TARIFIT (Maroc)

 Le rifain (tarifit ou tamazight) est parlé au Nord-Est du Maroc, le long de la côte méditerranéenne (voir carte). La population de langue rifaine peut être estimée à 3 millions de personnes. Comme de nombreux autres berbérophones (Kabyles, Chleuhs…), les Rifains habitent une région montagneuse déshéritée ; en conséquence, depuis longtemps, ils émigrent pour assurer leur subsistance. Jusqu’aux années 1960, les Rifains allaient en Algérie voisine, surtout en Oranie, pour y chercher du travail. Depuis le milieu des années 1960, ils sont venus en masse dans les grandes régions industrielles de Belgique, des Pays-Bas et d’Allemagne. Ils constituent même une nette majorité des populations d’origine marocaine en Belgique et aux Pays-Bas. En France, ils sont surtout présents dans le Nord et en Picardie (Amiens).

Le rifain : un dialecte berbère très particulier au plan phonétique

Le rifain présente de nombreuses et importantes particularités de prononciation qui le distinguent fortement des autres dialectes berbères, même ses voisins marocains. Certaines de ces particularités, comme la spirantisation des consonnes occlusives berbères, peuvent se retrouver dans d’autres dialectes notamment le kabyle, d’autres sont très spécifiques au rifain.
1. A côté des trois voyelles berbères de base /i, u, a/, de nombreux parlers rifains possèdent des voyelles longues. Ces voyelles longues proviennent de la disparition de /r/ après voyelle, selon le schéma d’évolution suivant :
voyelle + /r/ > voyelle longue : /v + r/ > [vv] :
/a + r/ > [aa] : amɣar "vieux" > amɣaa ; argaz "homme" > aagaz
/i + r/ > [yar > yaa] : ir > yar > yaa "mauvais" ; tasirt > tasyaat "moulin"
/u + r/ > [war < waa] : ur/wer > war > waa "ne" (négation) ; tamurt > tamwaat "pays".
A la finale, ce /r/ peut réapparaître si le mot est suivi d’un suffixe grammatical ou en cas de liaison phonétique avec le mot suivant :
amɣaa " vieux, beau-père" (< amɣar)
Mais : amɣaa + démonstratif -a "ce/-ci" > amɣar-a "ce vieux"
amɣaa + immuten "le vieux qui est décédé" > amɣar immuten
2. Dans la majorité des parlers rifains, le /l/ berbère est réalisé [r] :
ilem > irem "peau"
adfel > adfer "neige"
3. Le /ll/ tendu (ou redoublé) berbère est très souvent réalisé en affriquée [g] ("dj"):
alli > agi "cerveau"
agellid > azegid, "roi"
4. La suite de consonnes /lt/ (API [lθ]) évolue souvent vers l’affriquée [c] ("tch"):
ultma > ucma "sœur"
5. La spirantisation (affaiblissement ; voir "Introduction grammaticale") des consonnes occlusives berbères est assez générale ; dans le cas de /g/ et /k/ (palato-vélaires) les évolutions sont assez diversifiées:
/k/ > [y] ou [š] (ch) : tfukt > tfuyt ou tfušt "soleil"
/g/ > [y] ou [ž] (j) : yugur > yuyur ou yužur "il est parti" ; agem > ayem "puiser".
La grande majorité des parlers rifains, notamment ceux de la zone centrale du Rif, connaissent ces évolutions phonétiques, mais elles ne sont pas généralisées à toute la région et sont souvent fluctuantes ; elle sont notamment ignorées dans les parlers de l’Est du Rif (Ikebdanen, Iznassen…) qui sont donc beaucoup plus proches de la prononciation des autres dialectes berbère, notamment le kabyle.
Depuis une dizaine d’années, il y a des débats réguliers dans les milieux universitaires et associatifs rifains, aussi bien au Maroc qu’en Europe, pour essayer de fixer une orthographe unifiée et stabilisée du rifain. Actuellement, les pratiques restent très diverses et largement déterminées par les prononciations locales. Le problème du rifain est en fait assez compliqué car cette variété de berbère est à la fois diversifiée en elle même et fortement divergente par rapport au reste du berbère.

Orientation bibliographique pour le rifain

L'essentiel des références anciennes sera à rechercher sous les noms de :
BIARNAY, COLIN, DESTAING, JUSTINARD, RENISIO, IBAÑEZ, SARRIONANDIA.
  • CADI K. : Système verbal rifain. Forme et sens, Paris/Louvain, Peeters, 1987.
  • EL AYOUBI M. : Les merveilles du Rif, Contes berbères, édition bilingue berbère-français, , Utrecht, M. Th. Houtsma Stiching, 2000
  • KOSSMANN M. : Esquisse grammaticale du rifain oriental, Paris/Louvain, Peeters, 2000.
Pour les problèmes de la notation la notation ususuelle du Rifain, voir:
  • Actes de la table ronde internationale "Vers une standardisation de l’écriture berbère (tarifit) : implications théoriques et solutions pratiques - Université d’Utrecht, novembre 1996", Propositions pour la notation usuelle à base latine du rifain, Synthèse des travaux et conclusions élaborée par M. Lafkioui, multigraphié, 1997.
  • Lafkioui M., 1999, "Propositions pour la notation usuelle à base latine du berbère etapplication sur le rifain" - dans les Actes du 5e colloque de l’Université d’été d’Agadir L’enseignement / Apprentissage de l’Amazighe : expériences, problématiques et perspectives (juillet 1996), Agadir, Association de l’Université d’été d’Agadir.
  • Lafkioui M., 2000, « Propositions pour la notation usuelle à base latine du rifain », dans les Comptes rendus du G.L.E.C.S. (du 30 janvier 1997), tome XXXIII, Paris, Publications Langues’O.
  • Lafkioui M., 2002, « Le rifain et son orthographe : entre variation et uniformisation », Codification des langues de France (Actes du Colloque "Les langues de France et leur codification : écrits divers, écrits ouverts", mai 2000, Inalco/Dglflf), Paris, L’Harmattan, 2002, p. 341-354.

Culture Amazigh

LE DIALECTE BERBERE DES BENI SNOUS (Algérie)

août 18, 2018

LE DIALECTE BERBERE DES BENI SNOUS (Algérie)

(en berbère : At Snus)


Petit îlot berbérophone de l'ouest algérien, situé entre Tlemcen et la frontière marocaine. Au plan linguistique, les B.S. peuvent être rattachés à l'ensemble rifain et plus particulièrement aux Beni Iznassen , dont ils partagent la plupart des particularités. Alfred Willms, dans son essai de classification des dialectes berbères (1980 ; 97), le situe dans le groupe 2 (Maroc-Nord et Algérie-Ouest) où il constitue avec le parler des Beni Iznassen et celui des Sanhaja de Sraïr le premier sous-groupe (distinct du Rif proprement dit).
Comme dans toute cette zone, la spirantisation des anciennes occlusives simples est très avancée et touche;
  • les dentales ; /t/, normalement réalisé [t] ; tiššert "ail", taẓult "antimoine", tmart "barbe". La spirante évolue parfois même jusqu'au souffle laryngal [h] ; nihnin < nitnin "eux" ; /d/ est normalement réalisé [d] ; aydi "chien";
  • les palato-vélaires ; /k/ est régulièrement traité en [š] ; šal < (a)kal "terre", ziš < zik "autrefois", išerri < ikerri "bélier" ; en position implosive ou inter-vocalique, /k/ et /g/ évoluent vers la semi-voyelle ; tiyẓẓelt < tigẓẓelt "rein"; aysum < aksum "viande" ; la tendance peut atteindre la vocalisation complète (sans doute avec longueur); tissineft < tissgneft "aiguille", ayursel < agursel "champignon".
On y relève également la chute fréquente de la voyelle initiale a- des noms masculins singulier, surtout (mais pas uniquement) sur les thèmes mono-syllabiques ; fus < afus "main", lum < alum "paille", tmart < tamart "barbe"...
Le parler berbère des B.S. a très tôt bénéficié d'une exploration approfondie grâce aux travaux de Destaing, dont plusieurs sont en outre d'un grand intérêt ethnographique (1905/a). Malheureusement, depuis ces publications anciennes, le parler ne semble avoir fait l'objet d'aucune étude. On ne dispose donc actuellement pas données publiées récentes sur ses évolutions éventuelles et surtout sur sa vitalité.

Bibliographie

  • DESTAING E ; 1905 - L'Ennayer chez les Beni Snous, Revue Africaine, p. 51-70 (texte).
  • DESTAING E ; 1905/a - Le fils et la fille du roi, Recueil de mémoires et de textes publié en l'honneur du XIV° Congrès International des Orientalistes, Alger, Fontana, p. 179-195 (texte).
  • DESTAING E ; 1905/b - Quelques particularités sur le dialecte berbère des Beni Snous, Actes du XIV° Congrès International des Orientalistes, Alger (4° section), p. 93-99.
  • DESTAING E ; 1907 - Fêtes et coutumes saisonnières chez les Beni Snous, Revue Africaine, p. 24-284.
  • DESTAING E. ; 1907/1911 - Etude sur le dialecte des Beni Snous, Paris, Leroux, 2 vol., 377 + 332 p.
  • DESTAING E. ; 1914 - Dictionnaire français-berbère (dialecte des Beni Snous), Paris, Leroux.
  • KOSSMAN M. ; 1989- L'inaccompli négatif en berbère, Etudes et documents berbères, 6, p. 19-29.
  • WILLMS A. ; 1980 - Die dialektale Differenzierung des Berberischen, Berlin, Reimer.
S. CHAKER

Article paru dans [Encyclopédie berbère, fascicule X, 1991 ; p. 1471-1472]

artistes amazighs

Malika Domrane mémoire

août 17, 2018

Malika Domrane : L’engagement sans faille

D’un zoum arrière, je visite hier pour me relire dans mes souvenirs. Je me souviens de ce 20 avril 1980. Après l’annulation de la conférence de Monsieur Mouloud Mammeri, les gens mécontents sortaient dans la rue dire leur colère. Très rapidement la ville de Tizi-Ouzou s’animait.
Des groupes se formaient chacun vaquait pour le mieux. De nombreux rassemblements se produisaient.
J’y étais. J’avais pris part à l’organisation des manifestations, intégrant dans un premier temps le comité de vigilance de l’université et quelques jours après celui de l’hôpital de Tizi-Ouzou où j’exerçais comme infirmière.
Les bottes des militaires claquaient. Ils venaient déranger le calme habituel de la ville, cherchant à disperser les foules par l’usage de bombes lacrymogènes et de canons à eau bouillante.
Je me souviens de ce 20 avril 1980.
J’avais participé à la genèse et à la réalisation de la grève des hôpitaux de Tizi-Ouzou et d’Azaga.
J’activais pour convaincre les hospitaliers de l’intérêt de cette grève pour dénoncer l’injustice subie par le peuple Kabyle.
Je me souviens de ce 20 avril 1980.
Après plusieurs jours de manifestations, de grèves, de revendications, pour éviter l’essoufflement du mouvement, j’encourageais tout le monde à poursuivre nos actions et à montrer aux gouvernants de ce pays notre détermination.
Je relayais les discours, j’animais les conversations, je boostais les camarades. Entre temps, je portais et distribuais les tracts bravant toutes les peurs, en particulier la peur du gendarme.
Sur la demande de certains, souvent de ma propre initiative, je me mettais à chanter pour entretenir la forme et la force des militants que j’entraînais dans mon élan.
De retour du lycée polyvalent où j’avais chanté, j’étais poursuivie par les agents de la SM à bord d’un véhicule passat beige banalisé. Il avait fallu usé comme d’autres fois d’un subterfuge pour échapper à leur vigilance, déguisée en patiente à mon arrivée à l’hôpital. Pour celà je remercie encore et toujours, ce courageux lycéen qui m’avait raccompagnée à 2h du matin avec la voiture de son père, la malle pleine de tracts. Il avait plus peur pour moi que pour lui.
De même je n’oublie ce monsieur de Tamda qui, à mon retour à Tizi après l’arrestation d’Alger m’avait ramenée chez moi, dans sa voiture coursée par une autre voiture banalisée.Celle-ci, suspecte, cherchait à provoquer un accident sur le pont de Oued Aissi.Qu’ils trouvent tous les deux dans ce témoignage toute ma gratitude.
Dans cette même nuit- là, à quatre heures du matin, les CRS avaient pris d’assaut l’université pour agresser les étudiants, les violenter et arrêter les meneurs.
Quelques jours après, je m’étais rendue à Alger, invitée à une émission de grande écoute de la chaîne kabyle de la RTA. Les étudiants m’avaient confié un camarade porteur d’un paquet de tracts, fils de martyrs de la Guerre de libération, venu d’une autre région berbèrophone. A l’antenne, surveillée et censurée par le malicieux animateur, j’avais pu coder des messages à l’adresse des étudiants pour les rassurer de la mission accomplie.
Peu après, sur dénonciation, les services de sécurité militaire recherchaient des personnes dont le nom figurait sur leur liste. Je fus arrêté à l’aéroport d’Alger, amenée au commissariat central pour un interrogatoire musclé.

 Fille de bonne famille, militante pour la liberté et les droits, je me retrouvais enfermée dans la cellule n°1 comme une vulgaire coupable.
Plus tard, par hasard, un jour, à peine arrivée à l’aéroport de maison blanche, je rencontrais quelqu’un qui m’informait de l’arrestation de Matoub, au passage de la PAF lui aussi en partance pour Paris sur le vol précédant le mien. Je m’approchais de lui pour le saluer et lui exprimer mon soutien, il m’avait répondu: « Ce sont eux ! Eloigne -toi! »
Rapidement, les policiers s’approchaient de moi pour m’arrêter à mon tour. Ils croyaient que nous étions complices d’un départ à l’étranger, attisant leur suspicion.
Nous avions passé 48h au commissariat central d’Alger, interrogés sur nos activités et nos projets pour la cause berbère.
Malgré toutes leurs techniques d’investigations, les plus poussées, les plus pernicieuses et les plus intimidantes, ils n’avaient rien obtenu. Ils étaient restés sur leur faim. Quant à nous Matoub et moi, nous étions de marbre dans notre attitude digne.
Par la suite, dans un rituel inébranlable, je me faisais arrêter et interroger par la police à chaque passage à l’aéroport ou par la gendarmerie dans les galas et sur les différentes routes de Kabylie. Arrestation sur arrestation, pression sur pression, persécution sur persécution, rien n’y faisait, rien n’atteignait la blanche colombe, toujours libre comme l’air.
A toi Matoub, je te dis aujourd’hui ce que tu savais hier. Je suis persuadée, que, de là où tu es, tu m’entends: » Ceux qui servaient Tamazight, la servent encore et ceux qui s’en servaient s’en servent encore ».
A vous, femmes et hommes célèbres et-ou anonymes, qui aviez milité avant le 20 avril et qui aviez contribué dans un mouvement populaire à la naissance du Printemps Berbère dans son identité sociale et culturelle: Je vous rends hommage.
Pour ma part, je ne regrette rien. Je le referai. D’ailleurs, je n’ai pas arrêté de militer, je n’ai pas arrêté de chanter, de chanter engagé.
Ma voix portera, bien au loin, les messages de bonheur à ces jeunes générations.
Par ma voix, je chanterai encore dans ma langue, ma langue maternelle, cette langue pour laquelle j’accepterai de mourir.
Paix et gloire à tous les camarades de lutte.
Et le combat continue…

Paris Avril 2008  Malika Domrane

femmes amazighs

La rousse du Pays Chaoui

août 16, 2018

la rousse des Aurès

Fatma Tazoughert « la Reine Rousse » est une souveraine chaoui, qui aurait régné sur la rive nord des Aurès sous la domination ottomane. Mystique, guerrière, et guérisseuse, le personnage de Fatma Tazoughert (rousse ou rouge en amazigh) est porté à notre connaissance, à travers une légende, relatée principalement par des conteurs et poètes de tradition orale. Il existe peu d’écrits sur elle; et ce manque de sources lui fait défaut. D’ailleurs, certains estiment qu’elle n’a jamais existé, et qu’il s’agirait simplement d’une allégorie fantasmée, des orateurs des Aurès.
Fatma Tazoughert est une grande absente de l’Histoire. Alors est-elle honnie, ou « accidentellement » oubliée ?
Récits historiques et légendes
Née à Tamerwent prés de Batna, en l’an 1544, sa beauté est chantée et célébrée à travers la tradition orale aurésienne. Elle serait connue pour avoir instauré le matriarcat sous la bannière de l’islam, ce qui constitue un fait singulier au Maghreb musulman. à propos de la reine rousse, l’écrivain Mohamed Nadir Sebaa, dit ceci : « Que savons-nous de cette reine légendaire, qui récitait le Coran par cœur, entretenait des relations commerciales avec chrétiens et juifs, montait « les tapis, les burnous – ajridi » et les chevaux avec habileté, grâce et adresse ? Unique femme dit-on des siècles après la Kahéna », il fit également traduire du chaoui, des vers de la poétesse chaouie Lalla Khoukha Boudjenit qui s’exprime à son sujet, comme suit :

« Hommage à vous Fatma Tazoughert
Nous avons complété vos trésors en choses merveilleuses, rempli
vos réserves d’orge, d’huile d’olives, de miel et de blé »
Dans nos cœurs, avons gravé votre nom magique pour l’éternité»

La tradition orale la rattache à une prestigieuse lignée de chefs guerriers, selon Sebaa; et plus précisément à Imouren, un général de Tarik Ibn Zyad qui prit part dans la conquête de la Péninsule Ibérique en 711. Elle aurait fait exécuté son frère et fit exilé son neveu pour s’emparer de l’antique ksar Belzma, de la région de Tamrwent, fondé durant l’époque romaine. Cette guerrière redoutable instaura le matriarcat oligarchique, et créa un conseil de sages féminin. En 1566, elle conquit les villes marocaines de Fez, Meknès et Marrakech , alors sous domination Zianide, faits contestés par les historiens en raison du manque de manuscrits et chroniques à ce sujet. La conquête fut, néanmoins, relatée par le poète marocain Sidi Abderrahmane El Mejdoub (XVI siècle).

La reine rousse est auréolée de mythes et légendes, qui versent dans l’emphase quant à ses prouesses et sa bravoure. La tribu chaouie de la rive nord, les Ath Fatma,  se réclame de sa descendance et œuvre à perpétuer sa mémoire. Elle demeure à l’instar de la reine des touaregs, Tin Hinane, un personnage à cheval entre le récit historique et la légende.

  Leila Assas

Bibliographie:
Mohamed Nadhir SEBÂA – L’histoire, les Aurès et les hommes, CRASC
Salem Chaker, Encyclopédie Berbère «  Aures »
Abderrahmane Lounes, Anthologie de la littérature algérienne d’expression amazigh ANEP 2002
Ounissi Mohamed Salah, Amawal, Tcawit-Tafransist-Taârbt ENAG Alger ( 2003)
Joly, A. «  le chaouiya des Ouled Sellem » Revue Africaine, Alger ( 1912)

Culture Amazigh

Découvrez Zraoua ville Amazigh de Tunisie

août 15, 2018

En photos : Découvrez Zraoua Ancienne, le royaume perdu au Sud de la Tunisie

Le nom de la ville est déformée de Aẓrou à Ẓraoua  .Emporté par le charme de Zraoua Ancienne, cette ville berbère au Sud tunisien, le talentueux photographe Mehdi Belhadj vient de partager ces photos qui vous emporteront en escapade dans ce rayaume perdu.
Zraoua Ancienne est l'un des villages berbères dont l'édification remonte à des centaines d'années. Le village a été érigé par ses habitants fondateurs sur un haut plateau dans les monts de Matmata, pas loin des deux villages berbères de Taoujout et de Tamazerat.
L'ancienne localité comprend des habitations à étages dont les murs ont été construits en pierres locales et en plâtre, alors qu'ils avaient utilisé les branches de palmiers et les troncs d'arbres pour les plafonds, ce qui leur a permis de résister jusqu'à aujourd'hui.
Le visiteur peut circuler et se déplacer dans les recoins de Zraoua ancienne, à travers des pistes étroites d'où il est possible d'accéder aux maisons composées le plus souvent de plusieurs pièces et de lieux aménagés pour la cuisine, l'emmagasinage des provisions et l'élevage du bétail qui est une activité primordiale pour les habitants.
Le village a attiré l'attention de nombreux réalisateurs et producteurs de cinéma et il constitue pour eux un lieu privilégié pour le tournage de scènes de plusieurs films, notamment "La vierge Marie" et "La soif noire".
Certains parmi ces producteurs pensent qu'avec un peu plus d'intérêt, Zraoua peut devenir un village cinématographique de prédilection, surtout que la zone est restée vierge et fournit un produit riche qui ne nécessite pas beaucoup de décor.


artistes amazighs

Moḥend Uɛmar Anefzawi

août 14, 2018

Moḥend Uɛmar Anefzawi

Cheikh Nefzaoui, de son vrai nom Abou Abdallah Mohammed Ben Omar Nefzaoui (arabe :  محمد ابن عمر النفزاوي), est un écrivain érotique arabophone. Il serait né dans la tribu berbère des Nefzaouas, dans le sud de l'actuelle Tunisie.
Aux alentours de l'année 1420, il rédige, à la demande du souverain hafside de Tunis, Abû Fâris `Abd al-`Azîz al-Mutawakkil, La Prairie parfumée où s'ébattent les plaisirs (الروض العاطر في نزهة الخاطر) plus communément appelé La Prairie parfumée. Ce livre est un manuel d'érotisme où tout ce qui concerne l'acte sexuel est répertorié. Cet ouvrage jouit d'une réputation établie dans le monde arabe semblable à celle qui fait la notoriété des Mille et une nuits. Nefzaoui dit n'éprouver aucune honte lorsqu'il s'agit de transmettre aux jeunes générations une éducation sexuelle fiable.
Le jardin parfumé, c'est le corps féminin, sorte de paradis terrestre où des voluptés inouïes sont possibles. Encore faut-il être initié à ses mystères et c'est semble-t-il la vocation didactique de ce livre du cheikh Nefzaoui dont les origines sont obscures mais le succès universel. Il s'agit d'un manuel d'érotologie arabe où tout ce qui concerne l'acte sexuel est répertorié : diversité des postures et des plaisirs, traité de physionomie, préceptes d'hygiène, préparations aromatiques, recettes aphrodisiaques, remèdes contre toutes les déficiences... Le tout enrichi d'anecdotes singulières et réjouissantes. Un certain nombre de gravures et de lithographies particulièrement licencieuses accompagnent les textes ; celles-ci ont vivement intéressé Guy de Maupassant qui les a commentées lors de la première traduction française à la fin du XIXe siècle. À la lecture de cet ouvrage, on pénètre donc dans un univers orientaliste où le désir est évoqué sans pudeur, de façon à la fois technique et poétique et n'offrant aucune limite à la sensualité.

Culture Amazigh

La femme touareg l’égale de l’homme

août 13, 2018

La femme touareg l’égale de l’homme? les 5 raisons qui le prouvent 

Les touaregs sont un peuple nomade vivant dans le désert du Sahara central et sur les bordures du Sahel. Connu pour son mode de vie traditionnel, le peuple touareg n’a pas attendu la « civilisation » pour appliquer des règles progressistes concernant les droits de la femme. Ces dernières se situent bien au-delà de celles en vigueur en Occident. Voici donc les 5 raisons pour lesquels le statut de la femme touareg est un des plus avancé en ce monde.

1- La femme est le pilier de la civilisation touareg

C’est une société matriarcale où seules les origines de la mère confèrent le statut de l’enfant dans le campement . En outre, elle est la seule responsable de l’éducation des enfants. Au cœur de l’art oral, musical et poétique touareg, elle est idolâtrée pour sa beauté, sa vivacité d’esprit et sa grâce. C’est le cas de la très estimée reine Tin Hinan, « celle qui vient de loin », décrite comme une femme excessivement belle et autoritaire, qui n’a pas hésité à prendre les armes pour défendre son peuple et sa culture.

2- Sa voix équivaut de celle de l’homme

La femme touareg est autonome et libre. Elle a le droit, même mariée, d’avoir des amis de sexe masculin. En cas d’absence de l’homme, c’est elle qui gère la vie du campement. Aussi, son avis est toujours sollicité et pris en compte dans les grandes décisions qui régentent la société touareg.

3- Elle est préservée par « l’asshak »

Il s’agit d’une éthique morale qui est enseignée à l’homme dès le plus jeune âge. Celui-ci a l’obligation de respecter la femme touareg, sa liberté d’expression, son accès à la propriété. Ce code moral la préserve également de tout abus physique et moral. Lever la main sur une femme ou l’insulter chez les touaregs demeure un sacrilège qui peut valoir une exclusion du campement.

4- Le mariage est une union visionnaire

La jeune femme touareg choisi elle-même son époux. La virginité de la jeune mariée n’est jamais évoquée, considérée comme relevant de la vie privée du couple. Bien que majoritairement musulmans, la polygamie est proscrite chez les touareg. En effet, l’islam évoque la possibilité, et non l’obligation, pour un homme d’avoir jusqu’à quatre épouses.

5- Le divorce n’est pas tabou

Lors de mésentente dans le couple la femme peut librement demander le divorce. Lorsque celui-ci lui est accordé, l’homme lui laisse la tente ainsi que tout ce qu’elle contient. En effet, la coutume touareg veut que la femme soit la seule propriétaire des lieux. Celle-ci acquiert une plus value en tant que femme divorcée. Ce qui lui vaut d’avoir deux fois plus de prétendants et de voir sa dot augmentée.

Par Auzouhat Gnaoré

Culture Amazigh

Takouka, une parade amoureuse

août 13, 2018

Takouka, une parade amoureuse des tribusAmazigh de Ouargla

Le mariage est un fait social des plus répandus parmi les hommes et les sociétés. Sa fonction, sa ritualisation et son aura ne cessent d’évoluer. Dans  le Ouargla d’antan, il est précédé par les danses de Takouka, une parade amoureuse des célibataires en vue sceller de futures unions.

Les rituels prénuptiaux  

 Les fêtes des mariages d’Ouargla et ses ksour sont célébrés durant la période comprise entre l’automne et l’été. Elles sont précédées par les danses de Takouka, qui se présente telle une manifestation ritualisée pour former des époux. Il est à noter qu’il s’agit d’une fête nobiliaire des tribus d’ath Brahim, Ath  Sissine et Ath Ouagguni où les rivalités tribales, et les pactes patriciaux priment et se redéfinissent. Ainsi, lorsqu’un jeune homme choisit sa future épouse parmi les danseuses, plusieurs paramètres sont à prendre en considération; tels que son rang et sa richesse.  
Les célébrations de la Takouka se déroulent dans la joie. Les jeunes filles sont parées pour la parade. La tenue d’apparat est toujours de couleurs vives et chatoyantes, un penchant pour le rouge écarlate ou le vert  sont typique des tenues des femmes ouargli. Chouchoutées par leurs parentes et leurs aînées, elles sont vêtues d’un haik ou une malhfa (deux variantes de la même étoffe à la manière d’une tauge, qui laisse entrevoir des bijoux finement ciselés d’argent massif); elles rejoignent  ainsi le cortège rythmé au son de la gheita* et tbal*. 
 « Ces longs cortèges aux rangs, successifs de fillettes et de vierges s’avançant ondulant d’un mouvement tellement lent et tellement harmonieux [  ] les danseuses par taille et par âge, se serrent étroitement formant de longues chaînes qui se succèdent [ ] ou de grands mannequins de chiffons bariolés destinés à éloigner les démons et à préserver du mauvais oeil»  rend compte J. Delheure dans son ouvrage sur les fêtes de Ouargla. 
 La danse s’exécute coudes serrés, mains jointes. Les filles se balancent chavirent et se courbent. La tradition veut que  le prétendant  lance un mouchoir de soie sur celle qui a retenu son attention. Ce geste, symbolise un voile qui la dérobe aux regards des autres hommes. C’est ainsi que la danse se poursuit durant des jours, les jeunes femmes choisies continuent  de danser, gratifiées de  youyou. Cet acte  tacite  induira une démarche plus officielle, les fiançailles sont annoncées. La  famille de l’époux envoie de l’huile, deux ou trois mesures d’orge ou de blé ainsi que des étoffes et des tapis de Ghardaïa pour les plus nantis. 
Les fiancés effectueront des visites aux mosquées et marabouts de la région pour le bon augure. 
 Les danses de Takouka tendent à disparaître  dans le paysage urbain et contemporain, il en résulte une déconstruction du tissu social et une réinterprétation de la notion de couple.  « L’évolution se traduit par la libération des anciennes classes pauvres ou asservies et la régression des familles nobles ou privilégiées d’autrefois, un début d’émancipation des enfants à l’égard de leurs parents et des traditions » souligne  Madeleine ROUVILLOIS-BRIGOL.  

Leila Assas  

Bibliographie :  
  1. J. Delheure  Tameddurt T-Tmetamt Wargen, Volume 7 de Etudes ethno-linguistiques Maghreb-Sahara, Ed, Peeter 1987 
  2. Madeleine ROUVILLOIS-BRIGOL, Le pays de Ouargla (Sahara algérien). Variations et organisation d’un espace rural en milieu désertique. Publication du Département de Géographie de l’Université de Paris-Sorbonne, n° 2, Paris, 1975, 390 p. 
  3. L.  GOGNALONS,  Fêtes principales des sédentaires de Ouargla, in Rev. Afr., 1909. 
  4. Image: CARTE POSTALE ILLUSTRATEUR ROGER IRRIERA FANTAISIE ALGERIE DANSEUSES A OUARGLA

histoire amazigh

Culte donatist

août 12, 2018

Culte donatist  Un passé méconnu en Algérie


Excommunié en 313 après J.-C. par le pape Miltiade et par le concile de Rome puis au concile d’Arles (314 après J.-C.), Donat déclencha une guerre civile qui désola l’Afrique sous les règnes de Constantin. Les chefs donatistes se sont toujours opposés à l’autorité romaine, alliée de l’église officielle.
Ni Rome ni les Berbères romanisés alliés de l’empire de l’évêque saint Augustin n’ont pu éteindre la «flamme innée et anticolonialiste des donatistes», dont Robba fut le symbole. Après son assassinat, le 25 mars 434, les donatistes l’élevèrent à la dignité de Martyre. La basilique de Robba symbolise la grandeur de cette combattante. Après l’an 630, les Berbères chrétiens donatistes embrassèrent dans leur majorité la religion musulmane.               
 Le christianisme est introduit en Algérie au cours de l’époque romaine. Son influence connait un certain déclin durant les invasions vandales et se renforce durant la période byzantine, puis tend à disparaître progressivement avec l’arrivée des arabes au 7ème  siècle.
Certains sites archéologiques en Algérie, véritables lieux de mémoire, sont toujours méconnus, à l’image de la petite agglomération rurale de Benian, dans la plaine de Ghriss, à 35 km du chef-lieu de la wilaya de Mascara.
Cette localité renferme l’un des sites archéologiques les moins connus d’Afrique du Nord, couvrant la période allant du 2ème au 5ème siècles après J.-C. Plus exactement, c’est sur les terres du douar Chouaref que se trouvent les vestiges de la fameuse basilique de Robba, tel que relaté par l’historien français Charles André Julien (Histoire de l’Afrique du Nord. Des origines à la conquête arabe). Basilique érigée à la gloire de dignitaires donatistes, dont la religieuse Robba qui a marqué son temps par un discours «rassembleur et foncièrement anti-romain». L’antique Alamilliria, aujourd’hui Benian, fait référence à un régiment de cavalerie de mille hommes envoyé de Césarée (Cherchell) au début du 3ème siècle. Il était chargé de lutter contre l’insécurité sévissant dans le sud de la Maurétanie césarienne, est-il largement admis chez les historiens. C’était la plus importante place forte de la frontière militaire qui longeait le sud, c’est-à-dire de Lalla Maghnia à Berrouaghia, en passant par Tlemcen (Pomaria), Ouled Mimoun (Altava), Tenira (Kaput Tassacora) et Sig. Une ville bérbéro-romaine enfouie à plus de 2,50 m sous terre. Aux alentours de cette cité antique existent, à ce jour, des cimetières anciens ; l’un d’entre eux est appelé encore «cimetière des Rouabas» par les autochtones.

Le donatisme (donatisumus), mouvement religieux et sociopolitique qui fit de nombreux adeptes dans la partie occidentale de l’Afrique du Nord, fut sévèrement réprimé par l’Empire romain. Le donatisme fait référence à Donatus Magnus (ou Donat le Grand), évêque de Cellae Nigrae en Numidie, décédé vers 355 après J.-C. Donat, qui s’opposa à la nomination de l’évêque de Carthage en 307 après J.-C., est à l’origine du schisme qui porte son nom, le donatisme, et qui divisa les chrétiens africains pendant le 4ème siècle.

Robba la rebelle
Les fouilles menées en 1898 par l’archéologue Stephan Gsell à Benian ont mis en évidence, dit-il, la basilique érigée à la mémoire de Robba, assassinée le 25 mars 434 après J.-C. par les traditeurs, à l’âge de 51 ans. «Les dernières fouilles engagées à la hâte et avec peu de précaution par l’APC de Benian ont mis au jour, un siècle après celles de Gsell, l’entrée des caveaux à l’est et des silos à l’ouest», ajoute-t-il. Dans les écrits consacrés à ces vestiges, Gsell avait conclu que «ce sont des monuments africains qui forment la meilleure part du musée chrétien du Louvre (France). Nous y avons envoyé l’inscription de notre martyr donatiste (Robba), les épitaphes de l’évêque Donatus et un des chapiteaux de la colonne de l’abside».
Dans la région de Sfisef, près de M’cid, ( près de Sidi Bel Abbes) existe un monticule de 80 m de hauteur au milieu d’une des plus fertiles plaines de l’Oranie. Depuis des années, cette élévation naturelle est appelée Djebel lalla Robba par les autochtones. Un monticule qui attire, par les formes de ses pierres, la curiosité des visiteurs de la région. De forme parallélépipédique, de gros blocs de différentes tailles atteignant jusqu’à 5 m de hauteur distinguent les quatre versants de ce monticule.
Sur le versant est, moins abrupt, sont difficilement visibles des dalles circulaires délimitées par des pierres à configuration identique. Le monticule est depuis fort longtemps entouré de légendes. Légendes rapportées de génération en génération. Une relation avec la basilique d’Alamilliria (Benian) ? C’est ce que n’écartent pas certains férus d’histoire. D’autant que plusieurs vestiges et cimetières romains existent dans la région et nécessitent des travaux de recherches archéologiques.
Selon le docteur Driss, ce site reste énigmatique et mérite une attention particulière de la part des archéologues et historiens. Plus concrètement et en consultant l’état civil, l’on s’aperçoit que le prénom de Robba est très répandu dans la région de Sfisef.      

Azzedine. B

  Bibliographie:
Deeb, Mary Jane. « Religious minorities » Algeria (Country Study). Federal Research Division, Library of Congress; Helen Chapan Metz, ed. December 1993.
The Disappearance of Christianity from North Africa in the Wake of the Rise of Islam C. J. Speel, II Church History, Vol. 29, No. 4 (Dec., 1960)
Illustration: Épitaphe de la martyre donatiste Robba, photographiée sur le site en 1899 – Photo de stéphane Gsell

histoire amazigh

Siga ⵙⵉⴳⴰ

août 10, 2018

Siga ⵙⵉⴳⴰ

Siga ⵙⵉⴳⴰ est le nom d'une cité antique, ancienne capitale numide du roi Syphax, dont les ruines sont situées au lieu-dit Takembrit, sur la rive gauche et à faible distance de l'embouchure du fleuve Tafna, commune d'Oulhaça El Gheraba, en Algérie occidentale.

Le mausolée masæsyle de l’aguelid Syphax
Le mausolée masæsyle de l’aguelid Syphax

Site, situation, histoire

En dehors de quelques sources anciennes dominées par les résultats de fouilles archéologiques et de rares publications, on sait peu de choses sur Siga. Doté du toponyme néopunique, SYG’N, puis romain, SIGA, l’établissement antique s’élève au lieu-dit Takembrit (daïra d'Oulhaça El Gheraba, wilaya d'Aïn Témouchent, Algérie) sur la rive gauche de la Tafna, à quelques kilomètres de son embouchure, recouvrant de ses ruines les berges de l’oued et les 2 collines de l’ouest et de Ras Dchour.
Face à un oppidum berbère très ancien à l’intérieur des terres, les navigateurs phéniciens ou puniques ont installé un port d’abord sur l’îlot d’Acra puis dans l’estuaire. Au IIIe s. av. J.-C., dans une boucle du fleuve, l’agglomération est attestée comme capitale de Syphax, roi des Masæsyles. Un atelier monétaire y est attesté sous Bocchus le Jeune. Après une décadence passagère, la ville reprend une certaine importance à l’époque romaine, en particulier avec les empereurs africains, Septime Sévère et Caracalla.

Nombre de monuments visibles ou encore enfouis s’étendent sur les deux rives de l'oued parmi lesquels le célèbre mausolée numide, l’acropole fortifiée ou les aménagements hydrauliques et thermaux romains, tandis que le musée d’Oran abrite une intéressante collection d’objets provenant des fouilles qui ont été menées sur le site.
Un gros effort est demandé, par certains archéologues et des associations de la région, aux autorités locales, régionales et nationales en matière de recherche, de préservation et de mise en valeur pour donner à Siga la place due à son passé prestigieux et à son riche patrimoine archéologique.

artiste amazigh

FaToum

août 09, 2018

FATOUM


  Née dans un village des montagnes rifaines du nord du Maroc, Fatoum passe ses cinq premières années dans sa communauté berbère – on dit amazighe – où les gens expriment un profond attachement aux rythmes de leur terre. Au début des années 80 viennent les chemins de l'exil, elle émigre avec sa famille à Bruxelles. Dès lors – histoires de déracinement ? questions d'identité ? –, la passion pour la musique et le goût des arts du spectacle ne la quitteront plus. Depuis 1997, après des études de théâtre, elle rassemble des fragments de sa mémoire rifaine pour composer des chansons dans sa langue maternelle, mais aussi en français. Et tente, avec sa musique d'inspiration hybride, de rapprocher ces deux rives culturelles. Son répertoire réinvente, comme un miroir tendu à nos sociétés désormais métissées, les mélodies féminines qui mettent en valeur le souffle et le chant transmis par tradition orale depuis des millénaires dans sa communauté natale. Entre deux rives et deux langues, telle est Fatoum, tout en résonances et en poésie. Tout en rencontres, aussi. Voilà à quoi elle vous convie.




 Paul Hermant

Culture Amazigh

Chokri une icone Amazigh

août 06, 2018

 Mohamed Choukri

Mohamed Choukri, écrivain Amazigh marocain autodidacte originaire du Rif, n'apprit à lire qu'à l'âge de vingt et un ans. Il ignorait l'arabe et ne parlait que le berbère quand il arriva à Tanger à l'âge de six ans – époque où démarre le livre – chassé par la terrible famine qui sévissait dans sa région natale au début des années 1940.
Le livres est traduit dans au moins une cinquantaine de langues et porté au cinéma .
Le pain nu est désormais considéré comme un classique de la littérature arabe, même s'il y occupe une place un peu à part.
Ce récit autobiographique de Mohamed Choukri fut d'abord adapté par l'écrivain américain Paul Bowles (1) et publié pour la première fois en anglais en 1973. Le manuscrit arabe fut traduit et publié en français par Tahar Ben Jelloun en 1980, puis édité en arabe en 1982 mais il fut très vite interdit au Maroc où la censure ne fut levée qu'en novembre 2000. La crudité des descriptions des expériences sexuelles du héros, la désacralisation du père et les insultes proférées par ce dernier envers la mère heurtaient en effet les tabous, sans compter que la peinture d'une société marocaine aux injustices révoltantes s'avérait encore difficilement acceptable.

1) Le livre de Paul Bowles, intitulé For bread alone serait , selon T. Ben Jelloun , parti du seul récit oral de l'auteur enregistré sur magnétophone. A l'époque, il n'aurait pas encore existé à ses dires - contestés par le romancier et critique littéraire Mohamed Berrada 

Le pain nu raconte une enfance et une adolescence marquées par la faim, la violence et la peur, ainsi que par la haine envers le père, un ivrogne d'une brutalité monstrueuse ayant assassiné un de ses propres enfants sous les yeux des siens. C'est le récit d'une errance, celle d'un gamin des rues contraint très tôt à travailler ou à voler pour survivre qui découvre la drogue et l'alcool et surtout la sexualité de manière précoce. Fascination pour le corps des femmes, masturbation, zoophilie, homosexualité et prostitution : le sexe occupe chez le jeune héros une place primordiale, seul apaisement, seule source de plaisir dans une vie de souffrance et de misère extrême se résumant à un combat pour le pain. Un combat au jour le jour qui ne laisse aucune place aux nourritures spirituelles.
Ce livre met des mots sur une réalité rarement dite et ce témoignage s'avère capital. "Un texte nu. Dans la vérité du vécu, dans la simplicité des premières émotions", nous annonce Tahar Ben Jelloun dans sa préface. Et pourtant cette émotion n'arrive pas toujours à sourdre. Malgré sa sincérité, l'authenticité de ce récit a parfois du mal à "passer" et ceci uniquement en raison du style, d'une certaine absence de simplicité justement. Cette histoire paraît alors étrangement lointaine, comme un film mal doublé dans lequel on n'arrive pas à rentrer.
Cela tient sans doute à ce que ce récit a été rédigé bien longtemps après les faits par un homme ayant entre temps appris à parler, à lire et à écrire l'arabe, et ayant lu - et même fréquenté - des écrivains. Un homme sans doute influencé par ses lectures qui a eu du mal à retrouver le langage fruste d'un enfant privé d'éducation, traumatisé par la violence de la faim et des coups. On ne demandait pas bien sûr à cet écrivain de reprendre ces mots-mêmes mais de savoir traduire le ressenti de son héros et la violence des situations grâce à un style juste.
Ce texte qui mêle - paraît-il - arabe littéraire et dialectal a peut-être aussi souffert de sa traduction. La narration au passé simple qui y est notamment adoptée introduit en effet une distance certaine dans ce récit autobiographique à la première personne, décalage d'autant plus grand que le héros narrateur est un jeune illettré (2) évoluant dans un monde démuni.
2) Ainsi, par exemple, l'entendre au milieu d'un dialogue assez simple avec un gamin du même âge, commenter - en tant que narrateur - sa première cigarette en disant «j'eus du plaisir» (p. 81) ne peut-il que surprendre !

Mohamed Choukri trouve certes une certaine justesse de ton au début du livre lorsqu'il nous conte les événements les plus marquants de son enfance, justesse qu'il n'arrive à retrouver par la suite que dans les passages ayant trait à sa découverte, capitale, de la sexualité sous toutes ses formes. Des phrases courtes, une narration passant brièvement au présent dans quelques moments forts, un vocabulaire simple, parfois cru mais aussi poétique, qui réussissent à émouvoir (3) .
Il échoue par contre à relater les autres événements, certes durs mais sans doute moins marquants, les dialogues sonnant souvent eux aussi étrangement faux, notamment du fait de l'utilisation de tournures propres à l'écrit. L'auteur n'y omet ainsi aucune négation et emploie des formules interrogatives avec inversion du sujet ou des exclamations plutôt recherchées (4). De même, il y utilise des temps inhabituels et des termes qui semblent incongrus et tranchent au milieu d'un vocabulaire dans l'ensemble assez pauvre (5). Le texte perd alors de sa force, devenant incapable de traduire la brutalité des faits dont il rend compte. Aussi, ai-je personnellement souvent décroché de ce récit, n'en continuant la lecture que parce que le livre était court.
Un livre intéressant pour son témoignage mais qui, du strict point de vue littéraire, est à mes yeux un demi-échec.
3) cf les 2 extraits en fin d'article
4) «Que veux-tu dire ? », «Et que m'importe, moi ! » interrogent ou s'exclament, par exemple, les compagnons de misère du héros, tandis qu'un contrebandier s'exprime lui aussi dans une langue très châtiée : «Si tu penses qu'il y a le moindre danger à ce que tu ramènes la barque au port, on peut très bien la garder ici.» (p.111)
5) «S'ils se jetaient dans un puits devrions-nous faire de même ? » surprend vraiment dans la bouche d'un jeune voleur des rues, tout comme entendre notre héros parler, au cours d'une bagarre, de ses «organes génitaux» !
Et que dire de ce cafetier qui s'écrie (p. 94) : «Arrêtez ces spéculations. Je ne veux pas de discussions politiques dans mon café.» ?


Le pain nu, Mohamed Choukri, Maspero 1980, traduction de Tahar Ben Jelloun, collection Points 1997, 161 p. dont une préface du traducteur

Biographie et bibiographie de l'auteur:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mohamed_Choukri


EXTRAITS :

p. 13/14(...) Nous habitions une seule pièce. Mon père, quand il rentrait le soir, était toujours de mauvaise humeur. Mon père, c'était un monstre. Pas un geste, pas une parole. Tout à son ordre et à son image, un peu comme Dieu, ou du moins c'est ce que j'entendais... Mon père, un monstre. Il battait ma mère sans aucune raison. Plusieurs fois, je l'ai entendu la menacer :

- Je vais t'abandonner, fille de pute ! Je vais te laisser seule et tu n'auras qu'à te débrouiller avec ces deux chiots.
Il prisait du tabac, parlait tout seul et crachait sur des passants invisibles. Il nous insultait et disait à ma mère :
- Tu es une putain et une fille de putain.
Il injuriait le monde entier, maudissait Dieu et ensuite se repentait.
Abdelkader pleure de douleur et de faim. Je pleure avec lui. Je vois le monstre s'approcher de lui, les yeux pleins de fureur, les bras lourds de haine. Je m'accroche à mon ombre et je crie au secours : "Un monstre nous menace, un fou furieux est lâché, arrêtez-le !" Il se précipite sur mon frère et lui tord le cou comme on essore un linge. Du sang sort de la bouche. Effrayé, je sors de la pièce pendant qu'il essaie de faire taire ma mère en la battant et en l'étouffant. Je me suis caché. Seul, les voix de cette nuit me sont proches et lointaines. Je regarde le ciel. Les étoiles viennent d'être témoin d'un crime. Un profond sommeil règne sur la ville. Je vois la silhouette de ma mère. Sa voix très basse. Elle me cherche dans les ténèbres. Pourquoi n'est-elle pas assez robuste et plus forte que le monstre ? Les hommes battent les femmes. Les femmes pleurent et crient.(...) p. 31/33
(...) Je sentais de plus en plus le désir sexuel s'éveiller en moi. Il m'habitait avec force et insistance. Mes femelles n'étaient autres que les poules, les chèvres, les chiennes, les génisses... La gueule de la chienne, je la retenais d'une main avec un tamis. La génisse, je la ligotais. Quant à la chèvre et à la poule, qui en a peur ? ...

Ma poitrine était comme endolorie. Les adultes à qui j'en parlais me répondaient : "C'est la puberté". J'avais mal aux seins surtout au moment de l'érection. Je découvrais la masturbation de manière naturelle. Alors je ne me gênais pas. Je me masturbais sur toutes les images et les corps interdits ou tolérés. Quand j'éjaculais, je sentais comme une blessure à l'intérieur de ma verge.

Un matin, je montai sur le figuier et je vis Assia à travers les branches. Assia, ce devait être la fille du propriétaire de ce jardin. Elle marchait lentement vers le bassin. Elle va peut être me voir et prévenir son père, un homme qui ne souriait jamais, tel mon père qui, par sa violence, devait ressembler à bien d'autres hommes. La fille se retourna comme pour observer quelque chose ou quelqu'un, ou pour entendre des voix. J'aperçus ses yeux. Noirs et immenses. Très vifs. Elle faisait presque peur. Si je ne la connaissais pas, j'aurais dit une diablesse. Elle s'approchait avec délicatesse du bassin en se retournant. Avait-elle peur ? Pourquoi ce tâtonnement et ces hésitations ? Pourquoi marchait-elle ainsi ? Debout sur la marche qui mène vers le bassin, elle se regardait comme si elle était seule au monde. Elle retira sa ceinture. Son corps m'apparut dans toute son innocence. Sa robe s'ouvrit telle les ailes d'un oiseau qui tente en vain de s'envoler . Elle glissa sur ses épaules et je découvris son buste d'une blancheur éblouissante. Ele se retourna de nouveau. J'eus comme un vertige tant le plaisir était fort. J'étais ravi et stupéfait. Jamais auparavant mon corps n'avait connu un tel bouleversement. Je tremblai. Une figue tomba. J'en avalai une autre. Mon panier perdait ses figues. Le soleil se leva. Il était d'un rouge vif : un oeuf renversé dans un plat bleu. Les animaux saluaient cet éveil. Certains chantaient et roucoulaient. Au loin brayait un âne que je ne voyais pas. En fait , je ne voyais que celle qui ... se dévêtait. Assia nue. Je m'imaginais toute la planète dans sa nudité : les arbres perdant leurs feuilles, les animaux quittant leur chevelure. Nu. Tout l'univers se mettait nu. La robe glissa sur le corps d'Assia. Toute nue. Assia complètement nue. La fille du propriétaire du jardin était nue ! (...)

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