Culture Amazigh

Si Mohand Ou Mhand, l’amour voyageur : ouvrir la cité à la poésie interdite

mars 31, 2018

Si Mohand Ou Mhand, l’amour voyageur : ouvrir la cité à la poésie interdite

La poésie avait ses espaces dans la société Kabyle construite sur l’utilité extrême! La terre ingrate ne donnant pas assez de nourriture, aucune activité pouvant distraire l’homme et la femme n’était tolérée, du moins en apparence. La sexualité – le plaisir de la chair- et tout ce qui y conduisait comme la poésie paillarde, les rituels de magie … ne servant pas la reproduction et la cohésion du groupe, était banni
La poésie amoureuse, le texte érotique, avait la montagne et ses immenses pacages comme espace d’expression et les bergers gardiens du cheptel villageois collectif "Ajemmaɛ" ou des troupeaux en transhumance "Aqwḍaṛ" comme adeptes experts et transmetteurs ! La poésie épique, le récit religieux, la narration prosaïque proche du conte étaient permis dans les moments de répit et les haltes festives paradoxalement nombreuses. Les poètes organiques chargés traditionnellement de la diffusion de cette littérature orale du genre toléré étaient nombreux, chaque village en comptait au moins un ou deux.

Si Mohand Ou Mhand se chargea de révolutionner cette société demeurée immobile durant des siècles, de faire éclater les ultimes serrures pudibondes de la cité kabyle déjà en ruines sous les coups de boutoir de l’occupation française ! Cette société fermée devait s’ouvrir ! La culture et précisément la poésie, en sera le trousseau de clés pour toutes ces portes verrouillées de l’intérieur ! La colonisation lui en donnera l’occasion tragique mais féconde. Sans famille, sans bien, sans repères, Si Mohand ira chercher un protecteur dans les croyances ataviques profondes : il adoptera un Esprit totémique, un ange tutélaire qui portera la responsabilité de ses dires ! Si Mohand parlera et l’ange fera les vers et les rimes ! Quelle invention magique !
Depuis la rencontre de Si Mohand avec l’ange devant une source, le poète et son ange gardien pouvaient dire tout ce qui leur passait par la tête et spécialement ce qui était jusqu’alors interdit : la poésie amoureuse, le verbe paillard mur et suggestif, l’érotisme jusqu’alors cantonné dans l’imagination. L’ange ouvrait au poète tous les espaces interdits. Si Mohand ne se privera plus alors de s’attaquer aux tabous les plus tenaces, aux archaïsmes les plus rétrogrades et au passage il démolira par un verbe incisif et tranchant les nouveaux serviteurs de la colonisation.

Le discours amoureux de Si Mohand
La société tenaillée par l’étau colonial était en besoin de rêves, en besoin de vie, en besoin d’amour ! Si Mohand assisté de l’ange qui lui faisait les vers et les rimes, déplaça la poésie paillarde et son dire érotique des pâturages où la déclamaient les bergers, vers l’intérieur des villages où elle était interdite Là où il passait on lui demandait des poèmes érotiques ! Ce qui était interdit pour les autres aèdes et troubadours de passage, était toléré dans la bouche de Si Mohand
Surprenante la génération
qui prend la relève des anciens
elle n’aime le poète que pour le plaisir
Dès que j’entame un poème
Non ! me dit-on
chante nous les filles !
Wehmeɣ acu d lǧil a
Id ikkren tura
I tteqṣaaṛ i y i ttḥibbin
Mi kker annebdu lqeṣṣa
Inin mačč’akka
Awi y aɣ d af teḥdayin
Le poète ne se privait jamais de faire sauter les verrous de la timidité et de la fausse retenue qui selon ses dires castraient les adolescents et réduisaient leur virilité ! Il fallait leur donner au moins les clés du rêve et du fantasme !
El ǧuhaṛ et Fatima
avec Dehbia
ont formé le clan de l’amour
Tatouages et sourcils tracés
ces nymphes désirables
excellent dans le raffinement
Devant tant de beauté
et de présence
je dépéris comme un oiseau migrateur
Lǧuhaṛ d Fatima
Rrnu Dehbiya
Aken ay jebdent ṣsef
Sut tecṛaḍ timmi teɣma
Lexyaṛ n tidma
Kulci nsent idda s lḥeṛf
Ay atma aken d ṣsifa
Rnant lhiba
Rrant aɣ am ẓeṛẓur s taɛf
Les jeunes aiment l’allusion au sexe, à l’aventure à risques, au défi amoureux. Si Mohand en avait fait son registre :
Mon remède c’est Dehbia
quand elle se donne à moi
je retrouve ma jeunesse
Asfel iw d Dehbiya
Ma rrwiɣ tt s tullfa
Ad ḥluɣ am zik naɣ xiṛṛ
Le dire de l’amour commence toujours par une description minutieuse des atours de la belle, continue par l’allusion aux avances refusées et se termine par la grande déception et le chagrin de l’acte manqué.
Mon poème prélude en M
sur celle qui porte une fibule
et des tatouages sous l’aisselle
Du temps de nos amours
tu étais tendre comme pour un fils
tu m’aimais d’amour et d’amitié
Maintenant tu détournes la face
tu baisses les yeux
Est-ce la fin de ta passion
Lqul iw idda f lmim
Af lal n webzim
M tecṛaḍ s daw zzenda
Asm’ay lliɣ d aḥbib im
Tḥesbeḍ ‘am mmi m
Laɛceq tzad lemḥibba
Tura t sɛawjeḍ udem im
Tebriḍ i wallen im
Aɛn’ ur am hwiɣ ara
Si Mohand narguait les jeunes auxquels il lançait des défis de nature à enfreindre la coutume ! Ainsi s’en était-il pris aux jeunes de Michelet en constatant que la belle Zineb, une serveuse de bar, avait dormi seule durant deux nuits ! Aucun homme n’avait osé forcer sa porte et passer la nuit avec elle !
J’ai vu la belle Zineb
qui s’en allait tranquillement
Vers le bar de Karantini
Œil de paon
ceinture de fil doré
peau fine couleur de cuir fauve
Elle a dormi deux nuits seule
sans aucun compagnon
Il n’y a plus d’hommes à Michelet
Ṭtehr i Zineb treyyes
D abdid a lkayes
Ar ttberna n Karantini
Laɛyun d afrux n Tawes
Ssfifa tebges
Taksumt is d afilali
Yumayen i tensa weḥd s
Ḥed ur tt iwunes
Kfan lefḥul d Micli
Toujours sur le départ, le poète souffre les affres de la séparation. A peine a-t-il fait une touche, que la belle lui sourit et semble consentante, que la route l’appelle, et l’avale dans une marche vers un pays perdu, l’éden de son enfance englouti par la destruction coloniale, un jardin idéalisé souillé par les vautours. Les jeunes adorent les mots qui cisellent la douleur du poète et donnent consistance à leurs rêves d’amour et de liberté. Le poème porte l’énigme d’un hypothétique retour et des retrouvailles plus qu’improbables sous la douleur de l’absence !
Voilà mon cœur en révolte
j’en connais la cause
l’objet de ses désirs est loin
De la fille que j’ai tant aimé
l’absence m’est insupportable
mes larmes coulent sur son souvenir
Si je vis encore quelques années
nous nous reverrons
Sinon montagnes enterrez moi !
Ataya wul iw yekwfeṛ
Fehmeɣ acuɣeṛ
Ibaɛd wayen d ittmenni
F teqcict nḥub n ɛuceṛ
Neggumm’ annesbeṛ
Nettru mi tt id nettmekti
Ma nedder ɣwezzif laɛmeṛ
A neqwel annemẓeṛ
Neɣ ɣlid ay adrar felli.

Rachid Oulebsir

Culture Amazigh

Si Mohand Ou Mhand, le père du printemps berbère

mars 31, 2018

"Si Moh U Mhand wi k id yerran/Att waliḍ zzman/ Ma k ɣiḍen widak yettrun" Slimane Azem (Ah Si Moh Ou Mhend, si on pouvait te ressusciter/Tu verrais notre sale époque !/ Aurais-tu pitié de ceux qui pleurent ?
Si Mohand-Ou-Mhand a toujours été présenté comme un poète errant, un troubadour marginal, un noceur invétéré, plus souvent dans les vapeurs d’absinthe et les nuages dégagés par sa fameuse pipe de kif que dans un univers dynamique de résistance à l’amère réalité coloniale. Nous nous inscrivons par cet article contre cette image dévalorisante entretenue par les intellectuels algériens, à la suite de l’élite coloniale qui voyait dans la culture orale des peuples conquis un danger pour l’ordre jacobin de “la civilisation judéo-chrétienne” et dans ses propagateurs des adversaires à réduire voire des ennemis à éliminer!

La poésie de Si Mohand a constitué en son temps un aiguillon tenace et un puissant ferment pour la pensée libertaire qui déverrouilla les serrures les plus rouillées de la société kabyle archaïque et pudibonde, un aliment spirituel pour tous les révoltés contre l’ordre colonial
esclavagiste, un refuge affectif et un baume au cœur à toutes les victimes de la colonisation. Elle constitue de nos jours un précieux capital littéraire, un socle intellectuel solide, une source de lumière pour tous les épris de justice, de liberté, et d’humanisme.
Les poèmes de Si Mohand dits et relayés dans les villages,transmis dans les souks et les chaumières depuis plus d'un siècle, ont nourri la muse des plus grands poètes kabyles contemporains de Meziane Rachid à Ben Mohamed, passant par Ferhat Mehenni. Ils ont été chantés par les plus grands interprètes de la chanson kabyle de l'émigration, Slimane Azem, Hnifa, Allaoua Zerrouki, Chrifa, Cheikh El Hasnaoui, Taos Amrouche. La symbolique et l’esprit de Si Mohand, figurant l’univers montagnard kabyle sont repris de nos jours par d’illustres artistes du terroir comme Lounis Ait Menguellet et universalistes comme Idir, Akli D, Takfarinas et Ali Amrane entre autres...

La pensée de Si Mohand ou Mhand, hymne fécond pour la liberté et la lutte contre l'oppression, représente l’expression - esprit et image - la plus répandue des valeurs kabyles les mieux partagées avec le reste de l’humanité : l'autonomie personnelle, la résistance contre le mal, le partage du bien, le sens de l’honneur et la lutte contre l’humiliation et l’indignité.
Le poète fut le propagateur et défenseur génial de la Kabylité dans ce qu’elle a de plus universel et de plus immortel. Notre travail vise à réhabiliter la dimension révolutionnaire oubliée voire volontairement niée du poète résistant, victime du déni jacobin des héritiers illégitimes de l’une des plus grandes révolutions que l’humanité ait connues
A l’origine de l’esprit indépendantiste
De nombreux travaux ont été consacrés à l’œuvre et la vie de Si Mohand-Ou-Mhand, depuis les premiers textes en Kabyle de Belkacem Bensedira, suivie de la sauvegarde salvatrice d’Amar-ou-Said Boulifa en l’an 1900, jusqu’à l’effort méritoire de Mohand Zine Arab en 2010, en passant par l’œuvre des Pères Blancs et des ethnologues et ethnographes militaires dans le contexte colonial, le recueil méticuleux de Mouloud Feraoun avec les précieux témoignages de Si Youcef Oulefki, l’ami et camarade de jeux du poète, l’encyclopédique recherche de Mouloud Mammeri, les essais plus thématiques de Younès Adli, de Rachid Kahar, de Mohand Ouramdhane Larab, d’Abdenour Abdeslam, et les travaux comparatifs de Rachid Mokhtari, sans oublier les apports féconds de Tassadit Yacine.Tous ces précieux ouvrages ajoutés à ceux de l’ethnologue allemand Léo Frobenius parus en allemand dés 1914 et des dizaines de contributions analytiques parues dans diverses revues et journaux ont sauvé de l’oubli et contribué à préserver un pan essentiel de la culture orale qui sédimente une dimension fondamentale du patrimoine culturel immatériel et donne du sens à toute approche scientifique de la société Kabyle.
Les œuvres pionnières à caractère strictement culturel entamées au début du XXe siècle autour de la poésie de Si Mohand Ou Mhand ont ravivé l’esprit de la quête identitaire berbère et la nécessité de déterrer, d’identifier et sauvegarder une mémoire fragile guettée par l’oubli et le reniement dans le contexte colonial. Les œuvres qui ont suivi, complété et analysé les premières depuis l’indépendance de l’Algérie, ont revêtu d’emblée un cachet revendicatif. Elles ont constitué la matrice intellectuelle du combat citoyen d’expression politique pour le recouvrement de l’identité amazighe dans le cadre institutionnel de dictature de la pensée unique arabo-islamique.
Après que le corpus des Isefra de Si Mohand Ou Mhand, à quelques variantes près, ait été récupéré et définitivement assis, de nombreuses études ont été consacrées aux thématiques récurrentes de sa poétique. L’enfance traumatisée, l’exil, l’errance, l’amour, la marginalité, furent les thèmes étudiés par de nombreux auteurs dans leur quête de décryptage de la culture orale kabyle dans le contexte colonial que l’œuvre de Si Mohand a décrit dans ses cotés les plus avilissants et les plus dégradants pour la personne humaine.
Si Mohand, le premier reporter anticolonial
A côté de ces thématiques privilégiées de la vie et de l’œuvre de Si Mohand, nous empruntons une voie inexplorée de son rôle historique : le nourrissement de l’esprit anticolonial indépendantiste, son combat d’éveil des consciences contre la déculturation coloniale par la poésie, par la force du verbe, l’éloquence du mot. Cet affrontement du pot de terre et du pot de fer caractérisera l’œuvre de Si Mohand marquée par la recherche de son pays perdu, de son village anéanti, de son enfance violée, de sa famille disloquée, d’une impossible recomposition au quotidien d’une identité déchirée !
En suivant le poète dans son fabuleux voyage à pied d’Alger à Tunis sur l’itinéraire de sa résilience, sa résistance culturelle au choc colonial, nous montrerons la force de la culture orale à travers le génie du poète, irriguant sur son chemin verruqueux le jardin des valeurs ancestrales, le lien à la terre, le sentiment de l’honneur repère central de la Kabylité. Revêtant dans son cheminement tantôt l’habit du reporter, tantôt celui du sociologue et de l’ethnologue, il sème ses poèmes comme autant de grains que la terre enfouissait et que la pluie ferait germer pour un futur printemps, analysant avec des mots simples d’une grande précision la déconstruction de sa société, le démantèlement de l’ordre tribal ancien par la puissance coloniale. Donnant l’exemple par sa propre personne, il stigmatise toute inscription dans le nouvel ordre colonial, toute collaboration avec l’administration et l’armée française. Plutôt être broyé que plier et mettre le genou à terre face à la force des maquereaux ! "Anerreẓ wala neknu, axir daɛwessu anda ttqewiden ccifan !"
La kabylie, une société de poètes
Les Kabyles, femmes et hommes, jeunes et vieux, sont tous un peu des poètes ! La poésie fait partie de leur vie quotidienne ! Ils expriment les moments forts de leur vie, les déconvenues de leur banal quotidien, l’état de leur culture, par le poème, l’Assefrou, une poignée de vers, aliment spirituel de l’espérance, porteurs des clés aux problèmes, des remèdes aux malheurs ! Si le conte permet de tromper la faim et le froid autour du feu nocturne, le poème, exercice raffiné de dépassement de la rigueur de la tradition, exprime la victoire du jour sur la nuit, de la lumière sur l’obscurité, la suprématie de l’esprit sur le corps, de la vie sur la mort, du courage sur la lâcheté, de l’exception sur la règle, de la détermination sur la démission, de l’amour sur le chagrin, du bon cœur contre la mauvaise fortune !
Aussi déclament-ils des poèmes partout et tout le temps ! Au travail, derrière les charrues en saison de labours, la faucille à la main au temps des moissons, derrière les trames translucides des métiers à tisser dans les basses maisons de pierre et de terre, sous les opulents oliviers ramassant le précieux fruit dans les froidures ankylosantes de la cueillette, sur les berges fleuries des rivières lavant les laines de printemps, sur les margelles pierreuses des fontaines où rivalisent par l’allusion verbale de graciles créatures avec leurs cruches d’argile, mouvances de spectres féminins ruisselant au crépuscule ! Les rares moments de repos paysan dans les agoras villageoises sont habillés d’Issefra ! Dans les souks bigarrés, leurs espaces commerciaux hebdomadaires, retentissent les voix enrouées des aèdes et des troubadours maîtres du verbe champêtre et de l’allusion amoureuse !
Tout le monde rime ! Le fin mot spontané distingue le créateur de celui qui ne fait que reprendre les tournures anonymes ! La poésie répétée est le fait du commun des villageois qui remplace les mots caducs par d’autres plus idoines, plus actuels, mais la création est attribuée à des figures mythiques, de légendaires maitres du verbe rangés dans la catégorie des saints, relevant du génie, du monde de l’ invisible, de l’inaccessible avec une aura mystique plus ou moins étendue !
Adada ou lefsih est la poètesse de la tribu des At Kana, Youcef ou Kaci l’aède des At Djennad, Mohand Said Amlikeche le chantre des Melikeche, Smail Azikiw rimait chez les At Ziki, Lbachir Amellah régnait de son verbe lourd dans les tribus des Babors et la basse Soummam, Kaci U difellah était le hérault des At Sidi Braham dans les contreforts du Hodna autour des Portes de fer, Mohand Ameziane Oubouheddi des At Abbas berçait de son verbe de miel les tribus des Bibans, Maamer Ahesnaw rimait chez les Hasnawen, Messaad Himmi animait les fêtes de son verbe féminin caustique à Tazmalt dans la haute vallée de la Soummam !
Tous ces Imusnawen, ces maitres du verbe, tisserands des lauriers aux symboles, aux valeurs et aux repères perdus de la Kabylité, engloutis par le capitalisme colonial, sont élevés au rang de saints vénérés auxquels sont dus respect et révérence chacun dans sa contrée ! Si certains de ces illustres bardes et aèdes ont connu un rayonnement indéniable sur deux ou trois tribus, un large versant de montagne, une ville ou une longue vallée, Si Mohand Ou Mhand est le seul que tous les villages et toutes les tribus reconnaissent et vénèrent et dont la poésie est partagée comme un bien commun de la Kabylie et bien au delà. De Blida à Tunis, partout il était chez lui ! Symbole de l’âme de la montagne meurtrie, chantre de la résistance par le verbe à la colonisation française, il était le poète-noyau de la mémoire collective Kabyle. Si Mohand, de par son œuvre orale immergée dans sa vie singulière, sa connaissance profonde des ressorts de sa société, son lien ombilical à son peuple, traça seul son parcours de résistant à la déculturation coloniale. Sa poétique moderne et son style expressif unique, constitue de nos jours un patrimoine culturel immatériel identifiant la Kabylie moderne perpétuelle !
Si Mohand, l’allumeur de la conscience anticoloniale
Dans son errance, décrivant le détail inhumain du désespoir populaire créé par la sauvage oppression coloniale Si Mohand fut souvent le messager de l’espoir, l’allumeur de la conscience anticoloniale ! Le nourrisseur des ardeurs révolutionnaires ! Son nom incarnait le refus de l’abdication et l’esprit de révolte qui nourrissait la résistance populaire sous toutes ses formes ! Son verbe majestueux apportait une substance quotidienne à l’engagement des premiers bandits d’honneur, insufflant la dose de courage nécessaire à ces Robins des bois défenseurs de la veuve et de l’orphelin, qui semèrent à leur tour sur la montagne du Djurdjura et de l’Aurès la culture indépendantiste. Sa poésie alimenta les animateurs du mouvement national indépendantiste du début du 20ème siècle illustré par ce fameux chant d’Idir Ait Amrane «Ekker a mmis U Mazigh». C’était également la principale littérature orale des moudjahidine de la guerre de libération dans leurs abris de fortune. Son fameux poème où il jura de ne jamais se soumettre à un pouvoir quelconque sur le territoire kabyle fut l’hymne des bandits d’honneur et des jeunesses révoltées de son époque à nos jours ! Ce fut surtout le serment de la jeunesse qui déverrouilla le système dictatorial du régime militaire lors du printemps berbère d’Avril 1980.
L’insurrection populaire de 1871 qui s’étendit d’Alger à Constantine avait vu le colonialisme français, après son écrasante victoire, imposer violemment sur tout le territoire algérien le capitalisme agraire et semer ses valeurs et ses repères sur les ruines du monde berbère. Si Mohand Ou Mhand avait près de 20 ans. Le poète vécut alors la fin du monde, de son monde ! Dans son village rasé, son père fut décapité devant ses yeux, sa mère recluse dans un village lointain finit sa fuite en Tunisie, son oncle Arezki déporté en Nouvelle Calédonie ; son frère ayant pu fuir avec la petite fortune familiale vers la Tunisie. Il ne dut lui-même la vie qu’à sa bonne étoile qui brilla dans l’amour que lui vouait la fille d’un capitaine de l’armée coloniale ! Il perdit en quelques mois sa patrie, son environnement socioculturel villageois, son école, sa famille et ses repères spatiotemporels. Autour de lui tout s’écroula, tout s’évanouit comme dans un cauchemar ! Il se retrouva seul dessaisi de son monde, sans nom, sans identité, sans lien au passé, sans issue à venir ! Il prendra la route et se créera alors un univers mouvant par le voyage à la recherche de son être perdu, du jardin luxuriant de son enfance, de son pays englouti ! Au bord de sa folie, entre le rêve et la réalité, un ange se présenta à l’orée de sa conscience, lui proposant : "Parle et je fais la rime, ou bien fais la rime et je parlerai" ! Mohand avait choisi de parler laissant le soin à l'ange de faire les vers et les rimes ! Depuis ce jour Mohand parle en vers et en rimes, jurant de ne jamais répéter un poème.
La poésie de ce géant de la littérature orale d'Afrique du nord est indispensable à la connaissance de la culture des peuples de la région et indissociable du destin collectif de cette partie du monde. Si Mohand ou Mhand était un intellectuel au sens moderne du terme ! Il vivait ce qu’il disait et clamait ce qu’il vivait ! Il était à sa manière dans son époque difficile, le premier journaliste rapportant la misère coloniale à travers les mots féconds de la résilience locale. En cela il était un véritable révolutionnaire ! Avec comme seule arme la poésie, il démystifia l’entreprise coloniale et mit au jour dans la conscience populaire ce qu’elle avait de plus agressif, inhumain et esclavagiste ! Dans le même effort, il donna une lecture révolutionnaire des tares flagrantes et des faiblesses de sa propre société qui perdit ses ressorts vitaux dans ses affrontements avec le colonisateur.
Avec un nouvel éclairage sur Si Mohand Ou Mhand, la mémoire collective prendra sa revanche sur la culture de l’oubli et l’amnésie organisée
Rachid Oulebsir
Renvois
1) Voir la bibliographie en fin de l’ouvrage
2) Voir Yvonne Turin : Les affrontements culturels dans l’Algérie coloniale éditions Maspéro
3) La fille du Capitaine Ravès était amoureuse du beau Mohand, elle persuada son père de laisser la vie sauve au jeune poète ! Il parle de cet amour impossible dans un très beau poème. Voir Younès Adli in «Si Mohand ou Mhand, Errance et révolte» page 117

Culture Amazigh

L’ahidous ⴰⵃⵉⴷⵓⵙ

mars 30, 2018

L’ahidous (en alphabet tifinagh "ⴰⵃⵉⴷⵓⵙ"), parfois appelé selon les régions hidous tahidoust, hidoussi ou ahidous, désigne un art d’expression musicale berbère tant bien masculin que féminin. C'est une danse traditionnelle pratiquée par les berbères du Moyen Atlas et du Haut-Atlas au Maroc, dans laquelle hommes et femmes, coude à coude, forment des rondes souples et ondulantes, accompagnées de chants (en berbère izli, izlan) rythmés par le bendir.
L'ahidous est connu pour être le divertissement préféré des berbères du Maroc central il est leur moyen d'expression le plus complet et le plus vivant. On le danse à l'occasion des moindres fêtes et même, l'été, après la moisson, presque tous les soirs dans les villages.

Origine de l'ahidous
L’origine de l'ahidous demeure encore peu connue faute de recherches secondaires approfondies cependant bien qu’implanté dans l’ouest de l'Algérie et au Maroc, l'ahidous trouverait son origine dans la tribu berbère Zénète originaire des Aurès en Algérie, venue s’établir au XIe siècle lorsque la tribu arabe des Banu Hilal fut envoyée par les Fatimides. Cette thèse se rapproche des recherches de Ali Nabti spécialiste des arts folkloriques et de la culture locale de la wilaya de Naâma qui apparente la danse de l'ahidous à celle de la rahaba pratiquée par les Chaouis des Aurès voir aux danses traditionnelles des Zénètes de Kabylie se trouvant au sud de la région.
 Diversité de la technique chorégraphique
Au Maroc

Les danseurs se mettent en cercle, en demi-cercle, ou sur deux rangs se faisant face, hommes seuls, femmes seules, ou, hommes et femmes alternés, étroitement serrés, épaule contre épaule, ils forment bloc. La danse est rythmée au tambourin et par des battements de mains. Les mouvements sont collectifs ; c'est un piétinement, un tremblement qui se propage, entrecoupé d'ondulations larges, coups de vent sur les blés. Par leur aisance et leur ensemble, ils témoignent d'un sens du rythme remarquable. Toutefois, tous faisant presque toujours le même geste en même temps, c'est surtout un ensemble de juxtaposition que l'ahidous présente. En ce sens, il est très caractéristique de la mentalité des berbères. L'ahwach dansé par les Chleuhs de l'Atlas occidental est déjà fort différent.
L'ahidous est en règle générale accompagné par des chants en langue berbère. Cependant les tribus du couloir de Taza (Ghiata, Tsoul et Branès) chante en langue arabe du fait d'une arabisation de ces tribus.

L’Ahidous est une forme d'art de spectacle du Maroc très répandu notamment au Maroc central et dans le sud-est. L’Ahidous présente plusieurs variantes du Tafilalet (sud-est) jusqu’à Tifelt (nord-ouest). Il accompagne tous les événements festifs de ces régions qu'ils soient communautaires ou familiaux. Dans l'Ahidous, la femme occupe souvent un rôle central. Il est constitué de trois éléments essentiels : le chant lui-même dit izlan (pluriel de izli) se rapportant à la poésie locale ou d'une improvisation, le rythme musical principalement réalisé par des tambourins et les battements des mains, et les danse rassemblant hommes et femmes.  On y distingue un  "ahidous askwat"  où participe un grand nombre de personnes et qui se déploie dans les grandes occasions de la tribu, et "ahidous amezian" qui est plutôt familial. Le rythme de la musique est accompagnée par Les mouvements corporels des participants qui constituent un cercle ou un demi cercle, épaule contre épaule, balançant les bustes d’avant en arrière et en battant les pieds aux rythmes du tambourin dit tallunt





Culture Amazigh

Tatouage de femme berbère

mars 29, 2018


Le tatouage est l’un des plus anciens rites de la culture berbère, dont les origines remontent à la période pré-islamique. Ces ethnies berbères, dont l’on retrouve des traces datant de l’antiquité pharaonique, tribus nomades et groupes berbérophones, ont historiquement une présence dans plus d’une dizaine de pays africains, du Maghreb méditerranéen à l’Afrique sub-saharienne en passant par l’Égypte et le Niger, de l’océan Atlantique au rivages du Nil.

Le tatouage berbère est lié à un ensemble de rites païens de sorcellerie et de magie. Ces croyances sont toujours l’objet de coutumes dans les campagnes, où l’Islam n’a que partiellement intégré ces anciennes pratiques et croyances. Le tatouage appelé « el-âyacha » (« celui qui fait vivre »), est parfois encore pratiqué en milieu rural, où les femmes, depuis toujours, protègent leurs enfant du mauvais sort et de la malchance en leur dessinant sur le front avec du noir de fumée par exemple. On retrouve cette coutume lorsque le jour de la naissance d’un enfant coïncide avec un événement néfaste. Le tatouage a ici une fonction de communication entre le corps humain et le monde des esprits. Aujourd’hui, au Maghreb, le tatouage au henné fait encore partie des traditions berbères, le côté ornemental ayant de longue date pris le dessus depuis longtemps sur le sens magique primitif.
De tout temps, le tatouage a été une coutume chez les femmes berbères, que ce soit à titre ornemental, pour se parer comme avec des bijoux et se rendre plus belles et désirables, avec une subtile touche d’érotisme tout en suggestion, ou pour exprimer un sentiment, symboliser un statut social (mort du mari et veuvage par exemple, la femme berbère pouvant porter un tatouage sur le menton reliant chaque oreille, symbolisant la barbe du mari mort). Remontant au Néolithique en Afrique du nord, le tatouage des tribus nomades berbères servait également à dissocier et à identifier les membres des différentes tribus Amazigh par des dessins, souvent sur le visage, aux caractéristiques très géométriques et aux vertus prétendument magiques : le tatouage était notamment censé conjurer le mauvais sort (éloigner le mauvais œil) et apportait bonne fortune et réussite. Aujourd’hui encore, les femmes sont les dépositaires des coutumes d’une civilisation très ancienne, qui va à l’encontre de l’islam actuel, tel qu’il est interprété dans de nombreux pays. Le tatouage s’est partiellement adaptée à cette interdiction coranique, notamment en ne représentant jamais l’image de l’homme.
Pour les musulmans, la plupart du temps, le tatouage est proscrit par l’Islam, symbole de péché et de mutilation, de modification de l’œuvre divine, malgré son statut de coutume immémoriale, les imams continuant de condamner tout lien à d’anciennes croyances en des éléments surnaturels. C’est pourquoi les femmes, principales utilisatrices des dessins esthétiques sur la peau, utilisent aujourd’hui plus couramment, pour des raisons religieuses, le tatouage au henné, provisoire et non mutilant. Il existe de nombreux rites associés au Henné, lors desquels il reste très présent, même aujourd’hui : le rite du mariage (rituel de la « nuit du henné », de la naissance, du baptême, de la circoncision.
Les Imazighen, (hommes libres ) ou Berbères, se tatouaient le front, le menton, les joues, le dos des mains et les tempes à l’aide pigments issus de substances d’origine végétale, du charbon, mélangés à de l’eau ou du sang, des motifs et symboles qui leur étaient propres et avaient un sens bien particulier. Le tatouage d’alors était plus social qu’ornemental, contrairement à aujourd’hui, où cette notion de tatouage symbolique a disparu dans les nouvelles générations de Berbères, même si il peut parfois conserver une notion d’attachement à une communauté, permettant aux berbères et notamment aux Kabyles de se démarquer culturellement des arabes.
La fonction du tatouage est donc historiquement multiple chez les Amazigh : il peut être protecteur et ornemental, mais également identitaire ou médical : dans le Sahel, en intervenant à mi-chemin entre l’extérieur et l’intérieur du corps, on lui prêtait des vertus guérissantes : mal à la tête, arthrite…
Chaque détail, chaque motif a sa propre symbolique dans le tatouage berbère
  • Le point symbolise le foyer, qui est au centre centre de la maison
  • Le croissant de lune la matière qui naît, grandit et meurt.
  • La spirale symbolise l’harmonie éternelle
  • Le cercle représente l’absolu.
  • Les palmiers tatoués sur le front des femmes berbères invoquent la déesse mère
  • Le premier trait vertical symbolise dieu et la vie, ainsi que le premier outil planté en terre par l’homme
  • Les deux traits symbolisent la dualité entre le bien et le mal qui sommeillent en chacun
  • Le carré est la représentation de la maison
  • Deux carrés superposés symbolisent le combat de dieu contre la malédiction et les ténèbres
  • La rosace, composée de triangles : celui qui a la pointe vers le haut symbolise le feu et la virilité, tandis que le triangle avec la pointe en bas représente l’eau et la féminité
  • Le plus (signe +) symbolise l’oeil de Dieu, l’étoile dont la lumière guide l’homme dans la nuit
  • La croix symbolise les deux jambes ou les deux bras de l’homme.
  • Autres symboles : la palme du palmier, les chevrons, les pectines de sapins, les lignes de vie
Les vieilles femmes berbères sont encore aujourd’hui capables de donner la région d’origine de leurs congénères en fonction du nombre de traits sur leurs tatouages. Sur le front ou la tempe, il peut être identitaire et lié à une tribu donnée, comme les tribus des Drids ou des Beni-Douala qui l’utilisaient comme signe de reconnaissance. Le tatouage rituel est encore courant au Yémen, dans le désert et au Maghreb,chez les nomades principalement. Les motifs peuvent avoir des sens variés en fonction des origines de la personne

news amazigh

La 14-ème édition du Festival international de la culture amazighe

mars 29, 2018

La 14-ème édition du Festival international de la culture amazighe aura lieu du 11 au 13 mai prochain à Fès, à l’initiative conjointe de l’Association Fès-Saïs et du Centre Sud-Nord.
Organisée en partenariat avec la Région Fès-Meknès et la Fondation BMCE, cette manifestation culturelle s’inscrit dans le cadre de la promotion de la culture amazighe et populaire.
Cette édition, à laquelle prendra part une pléiade de chercheurs marocains et étrangers, abordera la signification historique, sociale et civilisationnelle du rôle de la culture dans le processus de démocratisation, comme il examinera les moyens à même de permettre de consolider le dialogue interculturel, la cohésion sociale et la culture démocratique en Afrique du Nord.
Le festival comprend deux volets. Le premier est consacré au forum international sur ‘’la Culture amazighe et l’avenir de la démocratie en Afrique du Nord’’, tandis que le second porte sur la chanson et la poésie amazighe et populaire.
D’après les organisateurs, cet évènement est une occasion pour mettre en valeur l’impact positif que le multiculturalisme peut avoir sur la démocratie, le développement durable et la sauvegarde du patrimoine.
Le forum débattra cette année des questions relatives à la diversité culturelle et son rôle dans la consolidation de la démocratie et du développement dans les pays de l’Afrique du Nord.
Au menu, figurent également une cérémonie d’hommage à l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun et des activités artistiques animées par des troupes représentant les différentes régions du Maroc.
Plusieurs artistes marocains étrangers devront être de la partie, dont Fatima Tachtoukt, Aicha Maya, Sami Ray, le groupe italien Carishto, l’artiste espagnole Marea Flamenca, Dounia Batma, l’artiste Faisal et le chanteur Houssa 46 et bien d’autres stars de la chanson amazighe.


Article19.ma

Culture Amazigh

Lamia Ait Amara célèbre ses "origines" dans un concert à Alger

mars 28, 2018

"Mes origines", une fusion musicale inédite des genres andalou et kabyle visant la mise en valeur du patrimoine culturel algérien, a été présentée vendredi à Alger par la chanteuse Lamia Ait Amara, devant un public nombreux.
Accueilli durant une heure et demie de temps au Théâtre national Mahieddine-Bachtarzi (Tna), le spectacle "traduit la fierté" de l’artiste d’"appartenir à l'Algérie, pays riche par sa pluri-culturalité", a lancé Lamia Ait Amara au public, dès l’entame de sa prestation, déroulée en une vingtaine de chansons.
Soutenue par huit musiciens virtuoses, la chanteuse à la voix suave a interprété quelques chansons célèbres du répertoire andalou, alternées avec d’autres pièces reprises, écrites et composées par de grands noms de la chanson algérienne, à l’instar de Slimane Azem (1918-1983), Chérif Kheddam (1927-2012), Maatoub Lounès (1956-1998), Akli Yahiaten, Idir, ou encore Mohammed Lamari.


Faisant son entrée par le fond de la salle, au milieu du public, Lamia Ait Amara a donné le ton à son spectacle avec "Algérie, mon beau pays" de Slimane Azem, une complainte sans rythme pleine de nostalgie et d’émotions, chantée uniquement sur un fond harmonique, invitant l’assistance à méditer la beauté et l’amour de l’Algérie.
Elégante dans sa tenue verdâtre frappée d’un signe amazigh, la cantatrice a ensuite embarqué l’assistance dans une randonnée onirique, interprétant entre autres grands titres de la chanson andalouse, "Ladda li chourbou el aâchiya", "Ya el werchane", "Harramtou bik nouaâssi"et "Aâchiyatoun", suivis de courts programmes dans les modes "Sika", "Djarka" et "Sehli".
Dans des atmosphères de convivialité, la chanteuse a beaucoup échangé avec le public qui a interagi avec elle, reprenant ses refrains dans la délectation, avant de lui lancer une salve d’applaudissements et de youyous nourris.
Parmi les chansons algériennes d’expression kabyle brillamment reprises par l’artiste en alternance avec les pièces andalouses, "El Dzair inch’Allah atehlou" de Chérif Kheddam, "Jahegh vezzaf da méziane" de Akli Yahiaten, "Ch’figh" d’Idir et "Yetseggikh wuliw" de Lounès Matoub.
S’excusant auprès de son public de ne pouvoir interpréter quelques titres de Lounis Ait Menguellet qu’elle a pourtant programmé, faute de présence d’"idebbalen" (troupe folklorique kabyle) qu’elle avait conviée pour l’accompagner, Lamia Ait Amara a conclu son spectacle avec "Djazaïria" de Mohamed Lamari suivi d’un "Achwiq" (chant féminin berbère libre).

Les huit musiciens, parmi lesquels le nayati Mokhtar Choumane, le guitariste Arslène, le contrebassiste Najib Guemmoura, le percussionniste Sofiane Frendi et le clarinettiste Younès Guemmat, ont fait montre de toute l’étendue de leurs talents respectifs, à travers un accompagnement libre, basé sur des arrangements ouverts sur la musique méditerranéenne.
A travers la chanson andalouse et kabyle, d’où elle "puise son algérianité", Lamia Ait Amara a voulu apporter un "témoignage", a-t-elle déclaré, sur la "richesse du patrimoine musical algérien".
Lamia Ait Amara avait fait ses classes à l’association "Anadil El Djazaîr" (les Rossignoles d’Alger), où elle s’est exercée sur différents instruments avant de se démarquer par sa voix et devenir plus tard la soliste principale de l’association "El Inchirah", dirigée alors, par le maître Smaïl Hini.
Investie depuis 2014 dans une carrière solo, Lamia Ait Amara a sorti, "Cham’s", son unique album jusqu’à présent.Organisé en collaboration avec le Tna, sous l’égide du ministère de la Culture, le concert "Mes origines" de Lamia Ait Amara, "attend d’être programmé dans d’autres villes d’Algérie", a confié la chanteuse.

Culture Amazigh

Mohamed Iguerbouchene 1er compositeur de musique de films au Maghreb et au Moyen orient

mars 27, 2018



TIZI-OUZOU - Le musicien algérien Mohamed Iguerbouchene (1907/1966) est "le premier compositeur de musique de films au Maghreb et au Moyen orient", a indiqué lundi à Tizi-Ouzou, le musicologue Mouloud Ounoughene.
Ce spécialiste qui a animé une conférence intitulée "Mohamed Iguerbouchene: un compositeur algérien de musiques de films de renommée mondiale", a rappelé, dans le cadre des activités de la 16ème édition du Festival du film amazigh (du 24 au 28 février courant), que la carrière d’’Iguerbouchene dans la musique de films a débuté dans les années 1930 avec quelques documentaires dont "Aziza" et un court métrage "Dzaïr".
"Par la suite le réalisateur français Julien Duvivier lui proposa de collaborer à la bande son de "Pépé le Moko", un film dont le rôle principal est joué par Jean Gabin. Il cosigna avec Vincent Scotto la bande son de ce film qui est vraiment le détonateur de la carrière d’Iguerbouchène en tant que compositeur pour le cinéma", a souligné M. Ounoughene.

Ce compositeur exceptionnel a gravé sa partition dans les studios américains de la Walter Ranger/United Artists pour le compte du film "Algiers", réalisé par Jean Cromwell. Il a aussi illustré musicalement "Bim, le petit âne" dont le commentaire est écrit et narré par Jacques Prévert, comme il avait collaboré aussi avec Tahar Hennache dans le film documentaire "Ghatassine essahra" , a-t-il rappelé.
Mohamed Iguerbouchene a, en outre, travaillé avec Georgette le Tourneur de Marçay dans "Vision Saharienne" et signé la musique du film "Minaret dans le soleil", dont le thème s’articule autour de la ville de Tlemcen, ce film a obtenu un prix au festival de Venise de 1949, a ajouté le conférencier.
Sur un autre volet, M. Ounoughene a observé que Iguerbouchene a aidé de nombreux chanteurs algériens en collaborant avec, entre autres, Chikh Nourreddine, Farid Ali et Ahcene Mezani. Il a composé, par ailleurs, une cinquantaine de musiques pour Salim Hellali sans que l’opinion publique sache qu’il est l’auteur de ces mélodies, a déploré le conférencier.
"De la riche carrière musicale d’Iguerbouchene se sont ses compositions de musiques de films qui l’ont révélé au monde occidental, car il a le don de capter l’architecture d’un film et d’en faire rapidement une musique.
Malheureusement ce grand compositeur de musiques de films et de concerto qui était très en avance sur son temps en s’intéressant à un genre musical (des rapsodies, des quatuors et des symphonies) qu’il n’était pas évident de comprendre dans les années 1940."
"Aujourd’hui, il faut absolument réhabiliter ce monument de la musique, par des colloques sur son œuvre et en intégrant dans l’enseignement musical au sein des établissements scolaires, car son catalogue éclectique est un cas unique d’école", a insisté Mouloud Ounoughene, qui a ajouté qu’Iguerbouchene doit retrouver sa place dans le paysage artistique algérien.

Culture Amazigh

Tinhinane Benkoussa, chanteuse

mars 27, 2018

«Un autre album pour l’été et beaucoup de scènes»
Native d’Ifri Awzellaguen dans la wilaya de Béjaïa, cette nouvelle voix de la chanson kabyle est en train de se frayer un chemin dans le monde artistique. Ayant accompagné de nombreux chanteurs, dont Lounis Aït Menguellet, la jeune Tinhinane revient avec un nouvel album intitulé Lxir-inu.
La Dépêche de Kabylie : Qui est Tinhinane Benkoussa ?
Tinhinane Benkoussa : Je suis née à Akbou, au village Ifri-Awzellaguen dans la wilaya de Béjaïa. J’ai fait des études de droit. Aujourd’hui, j’habite à Akfadou avec mon mari M. Tamazouzt. Le destin m’a emmené du Congrès de la Soummam au PC de la wilaya 3. Cela dit, je remercie mon père de m’avoir donné ce nom berbère (Tinhinane) à l’instar de ceux donnés à mes sept frères et sœurs.

Parlez-nous de vos débuts dans la chanson ?
J’ai commencé tôt dès l’âge de 9 ans dans une chorale dénommée Tinhinane à Akbou avec M. Souci Toufik. Puis, à Ighzer Amokrane où j’ai intégré un groupe dont j’étais la vocaliste. J’ai aussi participé à plusieurs concours avec l’aide de Bakhouche Arezki et Chila Hafid. En 2004, j’ai enregistré mon premier duo dans l’album de Nadir Halfaoui, et un autre avec Mokrane Chila. J’ai également participé en tant que choriste dans l’album «Tawriqt Tacevhant» (2010) de Lounis Ait Menguellet. Durant l’année 2010, j’ai intégré l’émission Alhan wa Chabab, qui fut une bonne expérience pour moi.
Combien d’albums avez-vous sur le marché ?
Avant cela, j’ai accompagné de nombreux chanteurs avec qui j’ai appris beaucoup de choses. En tout, j’ai deux albums sur le marché. Le premier intitulé «Asalu» est sorti en 2017 et le second, «Lxir-inu» sorti le 22 mars 2018. Ma famille et ma belle famille m’ont beaucoup aidée. Il y a aussi, Younes Belaid, Hocham Mouloud Karbache, avec l’aide de mon mari, qui ont réalisé un clip de mon album. Et cela sans oublier aussi l’aide précieux de mon public qui m’a toujours encouragé.
Dites-nous un peu plus sur ce nouvel album ?
Mon nouvel album s’intitule «lxir-inu», c'est-à-dire mon trésor. S’agissant des thèmes abordés, on y trouve des chansons sur la liberté, Taqvaylith, mon mari, la paix dans le monde, les parents et une berceuse. C’est un travail de longue haleine avec une touche moderne, j’espère qu’il sera à la hauteur des attentes, notamment de mes fans et du grand public en général.
Quels sont vos perspectives d’avenir et vos projets ?
Mon souhait est de faire beaucoup de galas et de scènes afin d’apporter de la joie et du bonheur à mon public. Je vais également essayer de finaliser un album qui sera, j’espère, une belle surprise pour cet été. D’ici là, j’ai plusieurs galas à faire notamment à Béjaïa, Tizi-Ouzou, Bouira et Alger.
Êtes-vous sollicitée par des organismes pour d’éventuels galas ?
J’ai travaillé beaucoup avec l’ONCI et c’est grâce à eux que j’ai pu chanter pour la première fois à Tizi-Ouzou en 2017. Néanmoins, du côté des directions de la culture, il n’y a rien pour l’instant. Cela dit, je remercie mon entourage et mes fans qui ne cessent de m’encourager à aller de l’avant. Entretien réalisé par R. Z.

Culture Amazigh

Apprendre à parler Tamazight par la chanson

mars 27, 2018

Il s’appelle Omar Sahli mais dans son domaine professionnel, son nom est Ayred Anazur. Omar vient d’enrichir l’enseignement de tamazight d’un nouveau concept appelé : Enseigner tamazight par la chanson. Un projet conçu en deux volets explique-t-il. Le premier est artistique et le second, pédagogique. Son objectif est de rendre tamazight accessible aux enfants algériens, amazighophones et arabophones. Le projet vise aussi à attirer les enfants de tous les pays à devenir des locuteurs de tamazight comme les amazighs parlent toutes les langues du monde. Ayred Anazur a choisi de ne pas composer des chansons bien qu’il soit un compositeur et possédant une voix Soprano exceptionnelle. Son concept est l’adaptation des chansons du patrimoine universel. Trois chansons sont déjà sur Youtube et attirent de plus en plus d’enfants de toutes les langues. La première est tirée du patrimoine breton intitulée Santiano. Chantée par le grand Hugues Aufrey, elle est adaptée à tamazight par Omar Sahli sous le titre Agraw. Le jeune artiste a également tiré du patrimoine russe la célèbre chanson «Katyusha». Chantées par l’admirable voix de Gaya Chabane, les chansons sont donc destinées aux enfants des maternelles et de l’école primaire. Ayred Anazur espère l’aide et l’accompagnement des organismes concernés par la promotion de la langue amazighe. Dans son élan pour vulgariser son concept, somme toute partagé par les spécialistes du monde entier et reconnu comme instrument efficace d’apprentissage des langues, Ayred Anazur, alias Omar Sahli, a fait un tour des crèches mais sans succès. Sa déception, il nous l’a bien décrite par le manque de volonté de faire apprendre aux enfants leur langue maternelle par souci, manifestement, financier. Il lance même un appel du coté du ministère de l’éducation pour trouver des espaces d’insertion de sa méthode dans les activités culturelles. Le Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA) fait partie, selon Omar, des organismes qui pourraient l’accompagner dans la vulgarisation de son concept. Après le succès de ces chansons sur le Web, Omar s’est lancé dans un autre défi : la préparation d’un nouvel album composé de hits chansons racontant une histoire en plusieurs parties. Une chanson pour chaque épisode. La première partie est titrée asikel n imsilal d tigmi n umadal. L'histoire se déroule dans la période victorienne, en 1710. Des marins amazighs vont faire un grand voyage autour du monde pour vivre des aventures dans chaque pays où ils passent. De chaque contrée, ils amènent avec eux un ami. De toutes les nationalités, l’équipage va s’enrichir de beaucoup d’autres personnes. Ils vont ainsi faire connaitre la culture amazighe à tous ces pays visités. La seconde partie de l'album, elle, est différente. Des océans, les marins iront vers une autre galaxie. Des aventures dans le cosmos. Cette fois-ci, les aventures se dérouleront sur une autre planète habitée par un peuple de gens heureux. L’histoire d’Omar les opposera à un méchant roi qui fait régner la tristesse dans l'univers. Cette deuxième partie sera faite de quatre chansons. Enfin, notons que Omar sahli, en collaboration avec Sid Ahmed Belabes, prépare, pour l’été prochain, le concours Izlan N Imwal (Manga voice), de la chanson générique des dessins animés en Tamazight, attendue à la fin du mois de juin . En musicien à la voix Soprano, Ayred a terminé l’adaptation en Tamazight de la célèbre chanson de Studio Ghibli, «Innocent», un chef d’œuvre du Maestro japonais, Joe Hisaishi, intitulé Igli.
Akli. N

Culture Amazigh

Fatima Tabaamrant: L’icône de l’art amazigh engagé

mars 27, 2018

Rabat – Grâce à des performances hors-pair et des paroles sondant les profondeurs de la vie quotidienne de toutes les composantes de la société marocaine, en particulier celles amazighes, Fatima Tabaamrant s’est imposée, tout au long de sa carrière étendue, en tant que l’une des icônes incontournables de l’art amazigh engagé. Fatima Chahou, dite Tabaamrant, a vu le jour en 1962 au milieu des montagnes de l’Anti-Atlas, et plus précisément dans le village d’Id Salem de la tribu d’Ouchekra à Lakhssass, et a grandi dans un climat artistique fertile dont l’impact a été déterminent dans la formation de son goût pour la poésie chantée amazighe.

Fatima Tabaamrant: L’icône de l’art amazigh engagé
Dans un entretien avec la MAP, Tabaamrant confie ne pas se souvenir des prémices de sa passion pour la chanson et l’art amazighs, indiquant néanmoins qu’elle a grandi dans un environnement excellemment artistique bercé par différentes formes de l’art d’Ahwach et dans lequel pullulaient poètes et poétesses.

Elle se souvient avoir écrit son premier poème à l’âge de 13 ou 14 ans, et qu’elle a intégré la scène artistique en 1983, suivant les pas des grands chanteurs soussis tels que Rquia Demssiria, Hajj Mohamed Demssiri, Haj Belaaid, Ahmad Bizmawne et la troupe Ismawne, saluant au passage le rôle assuré par la radio dans la transmission des œuvres de ces pionniers au grand public.
Fatima Tabaamrant évoque avec un brin de nostalgie les débuts de sa carrière artistique avec l’artiste Hamidi, avant de traverser plusieurs troupes musicales, dont celles de Said Achtouk et surtout de Moulay Mohamed Belfkih, avec laquelle elle a interprété une chanson commune « Tanddamt » en 1985. En fin 1985, elle a enregistré son premier album dans lequel elle a chanté certains des poèmes qu’elle a écrits, avant de former, en 1990, sa propre troupe musicale.
Tabaamrant dit avoir abordé, dans ce vaste et riche répertoire, plusieurs sujets importants à ses yeux, dont la mère et l’orphelin, thématique qu’elle affectionne particulièrement du fait qu’elle a perdu sa mère à l’âge de trois ans. Par ailleurs, et comme elle a grandi au sein d’une nature époustouflante, elle a également chanté les éléments de cette nature et leurs effets bénéfiques sur l’âme humaine.
Mais c’est à partir de 1987 que l’œuvre de Tabaamrant a commencé à prendre des allures nettement philosophiques et identitaires traitant de l’identité et de la culture amazighes. En 1991, elle s’est penchée sur la question de l’enseignement de la langue amazighe pour les enfants des Marocains résidant à l’étranger.
Fatima Tabaamrant a su conjuguer passion pour la musique et engagement politique, allant même jusqu’à immortaliser son nom dans l’histoire du parlement marocain en tant que premier parlementaire ayant posé une question en langue amazighe au sein de l’institution législative, en 2012.
Tabaamrant a ainsi réussi à développer un style bien propre à elle, constituant par là même un véritable phénomène artistique amazigh, et ce à travers des chansons célèbres conciliant avec brio sérieux et élégance, comme « Tayri Nnoun A Yamarg », « Izd Akal n Tmazirt » et bien d’autres encore.
L’artiste amazighe est ainsi parvenue à mettre ses efforts au service de la culture amazighe avec habilité et dévouement, s’imposant comme source d’inspiration intarissable et véritable modèle à suivre pour beaucoup de jeunes artistes marocains d’expression amazighe.

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