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Les Guanches

juillet 30, 2018

     Histoire des Canaries

Les Guanches
      

   Les îles Canaries étaient connues des Grecs et des Phéniciens qui les désignaient sous le nom d'îles Fortunées et qui y plaçaient le séjour des justes après leur mort. Les Arabes les visitèrent lorsqu'ils furent établis en Afrique, et les Portugais les reconnurent au commencement du XIVe siècle. Elles étaient alors habitées par le peuple si curieux des Guanches. Conquises pour le compte de la Castille, de 1402 à 1405, par Jean de Béthencourt, elles étaient définitivement réduites en provinces espagnoles en 1495, après l'extermination presque complète des indigènes. Depuis lors, elles ont toujours appartenu à l'Espagne. Elles en constituent aujourd'hui l'une des 17 communautés autonomes.

Les Canaries des anciens navigateurs et géographes.
Beaucoup plus rapprochées du continent que les autres îles Atlantiques, puisqu'on ne compte pas plus de 107 kilomètres entre l'île de Fuerteventura et le cap le plus avancé du littoral africain, les Canaries étaient connues dès les commencements de l'histoire.

Ce sont les îles des Bienheureux dont parlent les poètes grecs : c'est là que les héros jouissaient d'une éternelle vie, sous un climat délicieux que ne troublaient jamais ni le froid ni la tempête. Mais nul géographe ne pouvait alors indiquer la position précise de ces îles Fortunées qui se confondaient dans l'esprit des Anciens avec toutes les terres atlantiques situées dans le « fleuve Océan » au delà des Portes d'Hercule (= détroit de Gibraltar).

Antiquité.
Les Phéniciens connaissaient bien ces îles, dit expressément Strabon, mais ils tenaient leurs découvertes secrètes, et même dans le Périple de Hannon (texte en ligne) il n'est fait mention que des îles du littoral, dans lesquelles on ne saurait reconnaître les Canaries, à moins que Tenerife ne soit la « contrée des Parfums », d'où s'écoulaient vers la mer des courants embrasés et que dominait une haute montagne appelée par les navigateurs « le Chariot des Dieux ».  (La géographie dans l'Antiquité).

Cependant, d'après François Lenormant, le nom de Junonia par lequel Ptolémée désigne l'une des îles suffirait à prouver que les Carthaginois y avaient un établissement, car leur grande déesse était Tanit, assimilée à Héra ou à Junon par les Grecs et les Romains. Les plus anciens documents conservés qui cherchent à fixer la position exacte des îles Fortunées appartiennent aux âges de la puissance romaine, et Pline, le premier, rapportant le témoignage des navigateurs gaditains, transmis par un certain Statius Sebosus, donne à l'une des îles ce nom de Canaria, qui lui est resté et que l'on étend aujourd'hui à l'ensemble du groupe.

Sébosus avait appris qu'à sept cent cinquante milles de Gades, le moderne Cadiz, on trouvait d'abord l'île Junonia, à l'occident de laquelle, et à pareille distance, étaient Pluvialia (ainsi nommée parce qu'elle n'avait d'eau que celle des pluies), et Capraria. A deux cent cinquante milles de celles-ci étaient les Fortunées, sur la gauche de la Mauritanie, au sud-ouest : l'une était appelée Convallis à raison de sa convexité, l'autre Planaria à cause de son aspect uni ; cette dernière avait trois cents milles de tour.

Le roi Juba le Jeune, qui avait établi des teintureries de pourpre dans les îles voisines de la côte des Autololes, d'où elles furent appelées îles Purpuraires, Juba s'enquit aussi des îles Fortunées, et voici ce qu'il apprit. Il fallait naviguer six cent vingt-cinq milles au sud-ouest des Purpuraires, à savoir : trois cent soixante et quinze milles au midi, et deux cent cinquante milles à l'ouest, pour arriver, d'abord à Ombrios, qui n'offrait aucune trace d'habitations, et avait un lac dans les montagnes, ainsi que des arbres semblables à la férule, les uns noirs et fournissant un liquide amer, les autres blancs et donnant une boisson agréable. Une autre île était appelée Junonia, et ne renfermait qu'une petite maison de pierre; au voisinage, un îlot de même nom. Au delà se trouvait Capraria , remplie de grands lézards. De ces îles, on apercevait la nébuleuse Nivaria, ainsi appelée de ses neiges perpétuelles. Sa voisine, Canaria, devait ce nom à la multitude de ses grands chiens, dont on amena deux à Juba; elle offrait des vestiges d'habitations; outre l'abondance des fruits et des oiseaux communs à toutes ces îles, celle-ci était surtout fertile en dattes, pommes de pin et miel; elle produisit le papyrus; l'esturgeon se trouvait dans ses rivières; mais elle était souvent infectée par les monstres putrescents que la mer rejetait sur ses côtes.

Ainsi, au lieu des deux îles Fortunées indiquées à Sertorius et à Sébosus, Juba en comptait cinq, et même six, si l'on fait état distinct de la petite Junonia. Ptolémée, à son tour, énumère les Fortunées, et en compte six, se succédant du nord au sud en cet ordre : Aprositos, Junonia, Pluitalia, Casperia ou plutôt Capraria, Canaria, et Ninguaria.

Malgré les divergences que l'on aperçoit entre les indications de ces trois autorités, on ne peut manquer d'être en même temps frappé d'un certain accord mutuel d'où il est aisé d'arriver, par induction, à des résultats plus complets. Ainsi, entre la nomenclature de Juba et celle de Ptolémée , la concordance est presque parfaite la pluvieuse Ombrios de Juba nous présente, sous une forme grecque, la Pluitalia de Ptolémée. Elle a près d'elle Junonia, ainsi appelée de part et d'autre; et Caprario, dont le nom se lit Casperia dans Ptolémée, peut-être par une simple erreur de copiste. Canaria se produit sans variantes dans les deux documents; et Nivaria de Juba, neigeuse et nébuleuse à la fois, se retrouve sans difficulté dans la Ninguaria de Ptolémée.

Sébosus, après une Junonia qui, d'après le compte des distances, ne peut être la même que celle dont nous venons de parler, offre Pluvialia, qu'il est impossible de ne pas identifier à la Pluitalia de Ptolémée, à l'Ombrios de Juba; puis Capraria, qui est aussi la Capraria de Juba, et la Casperia de Ptolémée; enfin Planaria et Convallis, les seules qu'il appelle Fortunées, et qui correspondent à Canaria et Nivaria, ou Ninguaria des deux autres autorités. Essayons de nous rendre compte de la valeur géographique de ces indications.

Il suffit du nom de Canaria parmi ceux des îles de ce groupe, pour nous tenir dûment avertis qu'il s'agit bien certainement de l'archipel des Canaries. Or, cet archipel se compose de sept îles principales, et en dédoublant la Junonia de Ptolémée, sur l'autorité de Juba, on aurait précisément sept îles Fortunées, pour répondre une à une aux sept grandes Canaries. Des géographes éminents se sont laissé prendre à cette apparente concordance, même Gossellin s'écartait ici de son système restrictif pour embrasser tout l'archipel canarien dans le cercle des découvertes antiques, s'inquiétant peu de bouleverser toutes les indications de position relative des sept Fortunées, pour les identifier aux sept îles principales que nous connaissons aujourd'hui, déclarant inexplicables les mesures qui ne cadraient pas à ses idées, et corrigeant avec une liberté sans bornes les documents dont il s'était constitué l'interprète souverain.

Il est bien certain, toutefois, que Canaria et Ninguaria ou Nivaria, d'après les Tables de Ptolémée comme d'après la relation de Juba, sont les dernières îles visitées, peut-être même seulement aperçues, dans le groupe des Fortunées; or, puisque Canaria (la Gran Canaria de nos jours) a conservé son nom jusqu'à nos jours, et que Nivaria (ou la « Neigeuse »), par sa dénomination aussi bien que par la position que lui assigne Ptolémée à l'égard de Canaria, est certainement Ténérife (où se dresse le pic de Teide), ainsi que l'on s'accorde unanimement à le proclamer, il en résulte sans conteste que Gomera, Palme (La Palma) et Fer (Hierro) doivent être rejetées, en dehors de la limite des connaissances des anciens sur cet archipel.

Pluitalia et Capraria, qui précèdent immédiatement Canaria et Nivaria, paraissent répondre naturellement à Lanzarote et Fuerteventura. Junonia, au nord de Pluitalia, serait dès lors la moderne Graciosa, à laquelle il faut adjoindre Clara, pour représenter la Petite Junonia, que Juba signale comme une annexe de l'autre. Et il nous restera Allegranza pour répondre a Aprositos de Ptolémée.

Quant à cette autre Junonia que Sébosus indique à moitié chemin de
Gades et de Pluvialia, on la reconnaît sans difficulté dans la Junonia Autolala de Ptolémée, c'est-à-dire, dans l'îlot de Mogador. Et les Purpuraires de Juba, ces quelques îles situées vis-à-vis des Autololes, ce sont, d'abord cette même Junonia Autolala, et peut-être avec elle Cerné, Erythia et Poena de Ptolémée.

 Plusieurs îlots, simples écueils, furent oubliés dans leur nomenclature; de même aujourd'hui on ne cite sommairement que les sept grandes terres canariennes, quoique, avec le groupe des Selvagens (aujourd'hui portugaises et rattachées administrativement à Madère), l'archipel des Fortunées comprenne seize terres distinctes.
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Carte des Canaries.
Carte des Canaries, localisation des îles.

Moyen âge.
Edrisi énumère dix-sept îles « connues des hommes » dans la mer Ténébreuse qui s'étend à l'occident de l'Afrique, mais il est impossible de les reconnaître d'après la description qu'il en donne (La géographie au Moyen Âge). Toutefois, il est possible que les Arabes ont non seulement connu les Khalidat ou les « Éternelles », mais qu'ils ont même vécu à côté des Berbères dans les îles orientales de l'archipel. Ibn-Saïd, au XIIIe siècle, dit qu'Alexandre « aux Deux Cornes » avait élevé des piliers dans les îles Khalidat, avec cette inscription : « Pas plus avant! » Cependant le même géographe raconte en détail le voyage du marin Ibn-Fathima au sud du cap Bojador et son naufrage au banc d'Arguin. Macedo a cherché au contraire à prouver que les Arabes ignoraient l'existence des Canaries et que leurs géographes se sont bornés à répéter, en les altérant, les textes des auteurs anciens relatifs aux îles des Bienheureux.

Tandis que les marins portugais cherchaient péniblement à longer la côte africaine et à doubler les caps, les Canaries situées au sud du cap Noun et au large du littoral étaient depuis longtemps visitées par des navigateurs d'autres nations (Les Grandes découvertes). Avant les entreprises du pilote Gil Eannes, les Portugais n'osaient dépasser le cap Noun, le « Non » que la nature leur opposait; ils ne doublèrent qu'en 1436 le cap Bojador et les écueils qui le prolongent à plusieurs milles en mer, tandis que les Génois connaissaient déjà les Canaries à la fin du XIIIe siècle et que l'une des îles, Lanzarote, avait été occupée par un de leurs concitoyens. Le « portulan médicéen-» constate cette prise de possession des Génois, et Pétrarque, né en 1304, nous apprend que « tout un âge d'homme avant lui » une flotte génoise s'était avancée jusqu'aux Canaries. Le nom de Lanzarote, donné à la plus septentrionale des sept grandes îles, est celui du conquérant génois, d'origine normande, Lancelot Maloisel ou Lanciloto Malocello (Lanzaroto Marocello), dont la famille fut l'une des plus puissantes de la république depuis le commencement du XIIe siècle jusqu'à la fin du XVIe. En 1402, lorsque les Normands de Béthencourt occupèrent l'île de Lanzarote, ils y trouvèrent « ung vieil chastel que Lancelot Maloesel avoit jadiz fait faire, celon ce que l'on dit ».

Pendant le XIVe siècle, les Canaries furent visitées fréquemment  par des Européens, soit pirates, soit naufragés, et dès 1551 les portulans offrent un tracé exact de l'archipel, précisément avec les noms que les îles portent encore aujourd'hui, si ce n'est Tenerife, qui s'appelait île d'Enfer à cause de sa montagne embrasée. Les rois d'Europe commençaient à se disputer ces terres océaniques, et en 1344 le pape Clément VI en fit cadeau à un de ses protégés, l'infant Luis de la Cerda, qu'il nomma «-prince de la Fortune »; mais le nouveau souverain n'eut pas les ressources suffisantes pour aller prendre possession de son royaume. Toutes les expéditions faites dans ces parages, même celle que dirigèrent en 1541 les deux Italiens Angiolino di Tagghia et Nicolosi di Recco pour le roi de Portugal Alphonse IV, furent des aventures de pillage, non de conquête. Ainsi que le dit la chronique du Canarien :

    « Lancelot souloit estre moult peuplée de gens; mais les Espaignols et autres corsaires de mer les ont par maintes fois pris et menés en servaige. »

La colonisation des Canaries.
La prise de possession ne commença qu'en l'année 1402, lorsque le Normand Jean de Béthencourt débarqua dans l'île de Lanzarote à la tête de cinquante hommes. Il fut bien accueilli par la population, d'ailleurs très clairsemée; mais des dissensions intestines, le manque de vivres et de munitions, une expédition infructueuse dans Fuerteventura auraient condamné cette tentative à n'être qu'une course de pirates comme les précédentes, si Béthencourt n'était allé offrir la suzeraineté de ses futures conquêtes au roi de Castille, en échange de secours en hommes et en argent. Grâce à cet appui, il put s'emparer de Fuerteventura en 1404, puis de l'île de Fer en 1405; toutefois les incursions qu'il fit dans les autres îles furent repoussées, et Gomera seule fut ajoutée par son successeur au domaine des Européens : il fallut que le roi d'Espagne décrétait l'annexion de l'archipel comme province immédiate de ses États et qu'il prît en main l'oeuvre de la conquête par l'envoi de véritables armées pour qu'on triomphât enfin de l'intrépide résistance des habitants. En 1493, un an après la découverte du Nouveau Monde, Palma et Gran Canaria furent définitivement conquises, et en 1497 les menceys ou rois de Tenerife, pourchassés comme des fauves, furent capturés, soumis au baptême et menés en triomphe au roi de Castille pour l'amusement de la cour. La conquête avait duré près d'un siècle.

« La Huitième île ».
Pourtant on ne la croyait pas achevée. Depuis des siècles l'imagination des marins voyait des îles lointaines poindre comme des nuées à l'horizon de la mer Ténébreuse : les légendes pieuses, telles celle de saint Brandan, racontaient les miracles qui s'y étaient accomplis; les portulans indiquaient ces terres, dessinées avec précision; des navigateurs même prétendaient les avoir vues, et l'on montrait en triomphe les branches et les fruits que le courant en avait apportés : il ne restait qu'à les reconnaître par degrés de longitude et de latitude et à en prendre possession officielle au nom de quelque souverain.


En 1519, vingt-deux années après la conquête définitive de Tenerife, le roi de Portugal cédait par traité à son cousin d'Espagne l'île « non trouvée » que l'on croyait être à l'ouest des Canaries. En 1526, une première expédition se fit, dans les parages signalés, à la recherche de la huitième île. On ne la trouva point, mais on n'osa pas en nier l'existence à l'encontre des témoignages unanimes. En 1570, après soigneuse enquête, où plus de cent témoins furent interrogés, de nouveaux chercheurs se dirigèrent à l'ouest; en 1604, en 1721; le gouvernement espagnol équipa d'autres navires d'exploration. De leur côté les Portugais des Açores cherchaient aussi et même des expéditions secrètes se firent dans l'Atlantique par des spéculateurs que séduisait l'idée de trésors à découvrir.

La précision avec laquelle les marins de Gomera et de Palma dépeignaient l'apparence de la huitième île était si unanime, que le doute subsistait après chaque insuccès. Les dessins qu'on avait faits de cette terre entrevue représentant uniformément un profil analogue à celui de Palma, on finit par conclure que l'île de l'horizon n'était autre qu'un mirage produit par la réfraction de l'air humide qu'apportent les vents d'ouest; d'ailleurs, la mer étant désormais explorée dans tous les sens, il devenait inutile de continuer les recherches. Et pourtant la légende existait encore à une époque récente, et les quelques représentants de la religion des Sébastianistes qui attendaient la revenue de l'Infant tombé sur le champ d'Alcazar el-Kebir (Alcacerquivir), espéraient que l'île « non trouvée » surgira en même temps des flots de la mer.

Ainsi le gouvernement espagnol dut se contenter du groupe des sept îles qui lui étaient échues et qui d'ailleurs sont une des contrées les plus remarquables de la Terre. Devenues province du royaume, au même titre que les provinces continentales, les « îles Fortunées » sont assez pauvres, si ce n'est sur quelques points privilégiés, et peu habitées en proportion de leur étendue.

Les Guanches.
Les Canaries sont habitées de toute antiquité. On y trouve mille objets analogues à ceux qu'on rencontre dans les gisements paléolithiques et néolithiques de l'Europe et de l'Amérique, haches, massues, hâtons, poteries, tissus; mais on a vainement cherché la flèche en silex. Chil y Naranjo, qui a exploré avec tant de soin les traces de l'antique civilisation canarienne, expliquait l'absence de cette arme par le manque de bêtes sauvages dans les îles : les indigènes, riches en troupeaux domestiques, n'avaient pas besoin de flèches pour atteindre les animaux. En étudiant la multitude des objets recueillis, l'observateur est frappé des progrès de l'industrie et de l'art accomplis de génération en génération par les premiers habitants de l'archipel; mais si habiles ouvriers qu'ils fussent devenus, ils ne fabriquaient leurs chefs-d'oeuvre que pour les nobles : dans une même grotte on trouve à côté les uns des autres des vêtements fins, des ustensiles parfaitement travaillés, ornés de dessins et d'hiéroglyphes, et des étoffes grossières, des poteries en terre brute. Ainsi se révèle l'ancienne constitution aristocratique de la société canarienne. Les insulaires ne connaissaient pas le travail des métaux : quoi qu'en dise Azurara, on n'a trouvé chez eux ni instruments en fer, ni bijoux en or et en argent. La solide construction des caveaux funéraires de Tenerife, l'habile ordonnance des pierres dans les édifices de Fuerteventura, de Lanzarote et de Gran Canaria, la disposition confortable des chambres dans les demeures, les peintures à l'ocre témoignent du haut degré de civilisation auquel étaient arrivés les Canariens au Néolithique. Les aumôniers de Béthencourt rapportent qu'ils virent à Fuerteventura « les plus forts chasteaulx que l'on puisse trouver nulle part ».

Ce n'est pas tout : on a découvert des inscriptions dans la grotte de Belmaco, à l'extrémité de l'archipel, dans l'île de Palma, sur une paroi de la côte orientale de Hierro, ainsi que dans l'île de Gran Canaria, et les lettres ont une forme qui les rapproche de l'alphabet libyque. Elles fournissent au moins la preuve que des relations existaient entre les peuples berbères du continent et les insulaires, quoique ceux-ci, à l'arrivée de Béthencourt, ne possédassent plus de bateaux; à cet égard il y avait eu régression d'industrie. Elles donnent aussi une grande probabilité à l'hypothèse d'une origine berbère pour la population de l'archipel, d'autant plus que les mots des divers dialectes, recueillis au nombre d'un millier par Webb et Berthelot, et les noms propres, que les historiens ont conservés, sont évidemment berbères. Cela prouve au moins l'existence d'échanges, comme les quelques analogies avec l'arabe suggèrent qu'il y a eu, au Moyen âge, des contacts peut-être importants, entre les habitants des Canaries et les Arabes. Par exemple, l'ancien nom de Palma, Benehoare, rappelle celui de la puissante tribu des Beni-Haouara. Et les Bimbachos de Hierro fait songer aux Ben-Bachir. Tenerife offre beaucoup de noms propres qui commencent par l'article al et par le substantif ben comme en pays de langue sémitique.

L'étude des crânes et des ossements, entreprise par les anthropologues modernes, fait croire à la diversité des populations qui peuplaient l'archipel, mais elle paraît justifier les premières hypothèses en faveur de l'origine orientale d'un grand nombre des habitants. A Fuerteventura, dans l'Isleta de Canaria et dans la partie méridionale de cette île, dans l'île de Fer et à Palma, le type du crâne est essentiellement syro-arabe : l'identité est presque parfaite entre ces Canariens, les Arabes d'Algérie et les fellahîn d'Égypte. D'après N. Verneau, l'archipel se serait divisé en trois groupes ethnographiques : celui de l'Est, comprenant les deux îles orientales et la péninsule de la Isleta; celui du centre, c'est-à-dire Tenerife et Gomera, où l'on ignorait l'art de cuire la poterie et de polir les haches en pierre; enfin le groupe de l'Ouest, Hierro et Palma.

La vie et les coutumes des Guanches.
On désigne habituellement tous les Canariens d'autrefois par le nom de Guanches, qui paraît n'avoir appartenu, sous les formes de Vincheni et de Guanchinet, qu'aux seuls habitants de Tenerife. Comme d'autres noms de peuples, par centaines, celui-ci aurait signifié « Hommes ». D'après le témoignage des contemporains, ces Berbères, blancs ou bruns, tous dolichocéphales et aux membres longs, se distinguaient des Arabes par un corps plus robuste, une face moins allongée, un nez plus large et plus court, des lèvres plus fortes. Ils avaient les yeux grands et noirs, les sourcils épais, les cheveux fins, lisses ou ondulés. D'une agilité prodigieuse, et «-grands sauteurs, s'élançant de roc à autre, comme chevreuils », ils n'étaient « pas moins dextres et puissants à ruer une pierre droit et roide » et leurs bras étaient si nerveux qu'en deux ou trois coups de poing ils mettaient en pièces un bouclier. Ils marchaient nus ou couverts d'un léger vêtement d'herbes ou de quelques peaux de chèvre; mais, pour rendre la peau insensible aux changements de température, ils l'oignaient de suif et du jus de certaines herbes; en outre, hommes et femmes se peignaient en vert, en rouge, en jaune, « sachant par telles couleurs exprimer leurs particulières affections. » (Cadamosto).

Relativement aux coutumes de mariage, elles variaient beaucoup d'une île à l'autre. La polyandrie aurait existé dans Lanzarote, d'après les aumôniers de Béthencourt : la plupart des femmes auraient eu trois maris, se succédant comme époux et comme serviteurs. Dans l'île de Gomera, les lois de l'hospitalité exigeaient l'échange entre la femme de l'hôte et celle du voyageur. A Tenerife, la monogamie était la loi; les Guanches étaient pleins de déférence envers les femmes : toute insulte proférée contre elles était punie; l'homme armé qui leur manquait de respect était mis à mort. Les mariages ne pouvaient se conclure sans le libre consentement de la femme et le droit de divorce appartenait à l'un comme à l'autre des conjoints. Dans l'île de Gran Canaria, les mariés appartenaient d'abord au grand-prêtre et aux seigneurs. Dans la même île, une femme, choisie comme marraine, jetait de l'eau sur la tête du nouveau-né et prononçait quelques paroles mystérieuses : cette cérémonie faisait désormais de la maguada : un des membres de la famille et aucun des hommes de sa nouvelle parenté ne pouvait se marier avec elle.

Les Guanches de Tenerife et les habitants des autres Canaries, fort religieux, vénéraient les divinités des montagnes, des sources, des nuages, et leur adressaient des prières, mais sans leur offrir des sacrifices sanglants; peut-être y avait-il aussi des musulmans à Lanzarote, puisqu'un des rois, disent les aumôniers normands, était «-sarrasin-».  Dans les temps de sécheresse, les Guanches conduisaient leurs troupeaux de brebis sur des terrains consacrés, et là ils séparaient les agneaux de leurs mères, afin que le dieu se laissât fléchir par les bêlements plaintifs. À l'époque des fêtes religieuses, une trêve générale devait mettre un terme aux guerres civiles, même aux dissensions particulières : tous étaient amis. Prêtres et prêtresses étaient fort vénérés et dans l'île de Gran Canaria un faïcan, - mot dans lequel on a cru retrouver l'arabe fakir, - présidait aux grandes solennités; son pouvoir balançait celui du guanarteme, le chef politique. Des vierges, que l'on a comparées aux vestales, vivaient en des maisons sacrées. Rigoureux observateurs de la coutume, les Guanches pratiquaient le duel, le jugement par le poison, et reconnaissaient le droit d'asile.

Le pouvoir des chefs était absolu dans quelques îles; ailleurs de petits fiefs étaient groupés en fédérations. Dans l'île de Tenerife, toutes les terres appartenaient aux rois ou mencey : ils les concédaient aux sujets, mais elles leur revenaient toujours en héritage. Les nobles, très fiers, racontaient que leur ancêtre avait été créé avant l'aïeul des pauvres et que celui-ci avait reçu pour ordre de servir, lui et sa famille. Ils auraient cru déroger par le travail manuel; il leur était surtout interdit de verser le sang des animaux, quoique en bataille ils pussent se glorifier de verser celui des hommes; des Espagnols captifs ils firent des boucliers et des équarrisseurs. Cependant ils ne constituaient pas une caste fermée : tout plébéien ou « tondu » pouvait entrer dans leurs rangs, grâce à une action d'éclat ou à l'amitié d'un grand; le prêtre l'admettait parmi les nobles en assemblée publique. Le pouvoir des chefs était limité par un conseil suprême, qui discutait les affaires d'État, jugeait et punissait les criminels. Le suicide était en honneur à Gran Canaria : quand un seigneur prenait possession de son domaine, il se trouvait toujours quelqu'un disposé à mourir pour honorer la fête.

    « Le pauvre misérable se précipitait dans un gouffre où il se démembrait et mettait en pièces. Dont pour reconnaissance, le seigneur est tenu d'honorer grandement et rémunérer d'amples dons les parents du défunt. » (Cadamosto).

Souvent des vieillards de Palma exigeaient qu'on les laissât mourir seuls. Après avoir salué leurs parents et amis, ils prononçaient les mots : « Vaca guare », « Je veux mourir, » et on les transportait dans la grotte sépulcrale, sur un lit de peaux; à côté d'eux on plaçait une jatte de lait et tous s'éloignaient pour ne plus revenir. Les modes d'inhumation variaient selon les îles. Dans l'Isleta de Gran Canaria, les cadavres étaient placés en des tombelles recouvertes de blocs. Dans Tenerife, de nombreuses momies embaumées, en parfait état de conservation, ont été retirées de grottes sépulcrales et de caveaux recouverts de terre végétale; c'étaient les tombeaux des gens riches. Ces momies sont couchées sur le dos, les bras étendus le long du corps, les pieds joints, et sont très soigneusement enveloppés de peaux, cousues avec une étonnante finesse au moyen d'aiguilles d'os ou d'arêtes de poissons. A côté de chaque momie se trouvaient ordinairement un garrote ou bâton grossier, destiné sans doute à soutenir le mort durant le grand voyage, et un vase plein de miel pour sa nourriture.

La fin des Guanches.
Depuis le XVIe siècle, les Guanches de Tenerife, les habitants des autres îles ont cessé d'exister en corps de nation. Pendant plus d'un siècle et demi, ils avaient vaillamment résisté aux attaques des pirates et des conquérants, quoiqu'ils n'eussent pour armes que des pierres, des bâtons et des javelots durcis au feu ou terminés par une corne aiguë; on n'aurait pu les vaincre si l'on n'avait employé contre les groupes encore indépendants les insulaires déjà soumis. Ils faisaient grâce aux prisonniers; souvent même ils leur rendaient la liberté, mais on ne les épargnait pas : la captivité ou la mort, telle était l'alternative pour les Guanches qui tombaient au pouvoir des chrétiens; dès 1345, le roi Alphonse IV, écrivant au pape Clément VI, lui raconte que ses « gens ont pris des hommes, des animaux et d'autres objets qu'ils ont apportés en grande joie dans ses royaumes ». En 1593, des corsaires de Séville enlevaient le roi de Lanzarote, avec sa femme et 170 sujets. Lorsque Béthencourt et Gadiffer, accompagnés d'interprètes canariens, que des pirates leur avaient vendus, s'emparèrent de Lanzarote, il n'y restait plus que trois cents individus, auxquels on fit force promesses, « mais on ne leur a mie bien tenu convenant. »

Au milieu du siècle suivant, Gran Canaria et Tenerife, encore indépendantes, avaient ensemble une population évaluée à 23,000 personnes. Lors de la conquête, qui dura plus de trente ans, la plupart des hommes furent tués ou emmenés en Espagne, pour être vendus sur les marchés de Séville ou de Cadiz; d'autres se suicidèrent pour ne pas survivre à la perte de leur liberté. En outre, la terrible maladie, dite modorra, «-maladie du sommeil-», que l'on attribuait à la quantité de cadavres que les Espagnols avaient laissés exposés à l'air après la bataille de la Lagune (1494), fit disparaître un grand nombre des Guanches restants : ce fut une de ces «-pestes noires-», semblables à celles qui ont fauché tant de peuples de l'Amérique et de l'Océanie après l'arrivée des Européens.

Baptisés, les Guanches qui restèrent se mêlèrent à la population espagnole et perdirent leur langue et leurs moeurs. Les derniers descendants du dernier roi de Tenerife, Bencomo, entrèrent dans les ordres et moururent en 1828 à la cour d'Espagne. Mais si la nation des Guanches n'a plus d'existence indépendante, aussi bien leurs descendants métissés et certains éléments de leur ancienne culture existent toujours. De l'union des premiers colons espagnols avec les femmes canariennes naquit une population croisée, que l'on retrouve avec ses traits distinctifs en mainte partie des îles.

C'est, paraît-il, dans Palma, Gomera, Hierro et les parties méridionales de Canarie et de Tenerife que l'on reconnaît le mieux la physionomie originale. A Güimar, à Chasna, on retrouve encore chez les villageois la plupart des usages décrits par Espinosa, un siècle après la conquête. Quelques mots de la langue sont toujours employés, pour désigner les plantes, les insectes, les outils; des noms de famille sont restés guanches. Les habitants des Canaries, dans certaines campagnes, possèdent des outils et des vases pareils à ceux de leurs ancêtres. Ils fabriquent le beurre de la même manière, en emplissant de lait une outre que l'on se renvoie de l'un à l'autre. Encore récemment, ils pêchaient  en empoisonnant du suc de l'euphorbe les flaques d'eau laissées dans les roches par le reflux. Leurs danses, leurs cris de joie sont les mêmes que chez les anciens Guanches, et comme eux ils jettent du grain au visage des nouveaux mariés pour leur porter bonheur. Le plat national, le gofio, pâte faite avec la farine de divers grains éclatés au feu, est encore celui que l'on retrouve dans les tombeaux des Guanches.

Les éléments européens se sont diversement mélangés dans les îles. Les Normands et les Gascons venus avec Béthencourt et Gadiffer étaient trop peu nombreux pour qu'ils ne se perdissent pas bientôt dans le flot montant de la population espagnole, souvent d'origine andalouse; seulement on s'étonne du nombre prodigieux des familles qui dans les Canaries, aux Açores, au Portugal, au Brésil et dans toutes les anciennes possessions portugaises ou espagnoles, portent, diversement écrit, le nom de Béthencourt : si toutes descendent en effet du conquérant « de son cousin et successeur Maciot de Béthencourt, elles ont, ici, par les femmes une origine guanche.


Des Maures furent amenés par les Espagnols à Gran Canaria après l'extermination de la conquête. Dans Tenerife, des immigrants irlandais, venus à la suite d'une persécution religieuse, ont fait souche de familles nombreuses et l'on croit encore reconnaître des figures irlandaises parmi les habitants d'Orotava. Quant à l'île de Palma, où les massacres avaient fait beaucoup de vides pendant la dernière moitié du XVe siècle, on repeupla une partie des villages par des familles industrieuses amenées de Flandre.  Les nouveaux venus ne tardèrent pas à se fondre avec les Espagnols et traduisirent même leur nom en castillan : ainsi les Groenberghe devinrent les Monteverde.

Malgré la diversité des origines, les Canariens, qui ont gardé le courage tranquille des aïeux guanches, ont montré en maintes occasions leur attachement à la souveraineté espagnole. Toutes les attaques faites contre leurs villes fortifiées furent repoussées avec succès. Les Huguenots français, les Barbaresques, les pirates anglais, même une flotte hollandaise composée de 70 vaisseaux, s'essayèrent vainement, soit contre Gran Canaria, soit contre Tenerife; Nelson tenta de réduire Santa-Cruz en 1797; il y perdit un navire et l'un de ses bras. (R. Verneau  / E. Reclus).
   

La langue guanche

Bien que, suite à la conquête des Canaries, l'espagnol devînt langue officielle, les aborigènes habitant l'archipel jusqu'alors possédaient leur propre langue. La langue guanche est connue sous le nom de berbère canarien ou amazigh insulaire, car les recherches menées jusqu'à présent indiquent qu'elle dérive des langues parlées par le peuple berbère du nord de l'Afrique. Actuellement éteinte, elle perdure uniquement sous forme de noms propres de personnes, de localités et de communes, bien que certains croient qu'elle fut utilisée au sein de petites communautés jusqu'au XIXe siècle. Depuis ce même siècle, on connaît l'existence de gravures sur pierre de signes semblables à l'alphabet tifinagh provenant d'Afrique et qui revêtent une grande valeur archéologique.

histoire amazigh

Ait Imloul ⴰⵢⵝ ⵉⵎⵍⵓⵍ

juillet 27, 2018

Ait Imloul  ⴰⵢⵝ ⵉⵎⵍⵓⵍ

Les Béni Imloul sont une tribu(Amazigh zénète ) originaire des hauts plateaux sétifiens (Algérie), mais aujourd'hui dispersée dans toute la Tamazghra (Afrique berbère).
Sommaire

   Étymologie et histoire

Béni Imloul est l'appellation arabe de la tribu : le mot Béni (بني) signifie les fils de. L'appellation amazighe (berbère) de la tribu est Aït Imloul, le mot amazigh : Aït signifie les fils de Imloul est le nom hypothétique de l'ancêtre de la tribu, ce nom amazigh signifiant qui est né ou naître, comme le nom français : René ou le nom arabe : Mouloud, variante de verbe berbère Iloul : est né, tlalit : naissance. Ce nom (Imloul) fut dérivé, dans la langue populaire, en plusieurs formes : Imloul,Yemloul, Yemboul, Yamboul, M'loul, Meloul, Melloul et bien d'autres

Les Ath Imloul étaient installés à l'époque romaine, d'après les documents épigraphiques, dans les hauts plateaux sétifiens. Leur ville principale, Thamellula (dérivation probable du nom de la tribu : Ait Imloul), se situait entre l'actuelle Sétif et N'Gaous. Leur cité au Moyen Âge (époque musulmane) était : Dar m'loul, (non loin de Thamellula). Cette ville est citée dans les sources médiévales arabes. Après un combat meurtrier contre l'armée fatimide, les Ath imloul vaincus se dispersèrent çà et là, une partie se réfugia dans les monts avoisinant de Bougie, d'autres prendront la direction des monts des Aurès, et le Djérid (Tozeur en Tunisie actuelle) et même la direction de l'Atlas marocain.
Localisation des Ait Imloul
    Algérie :
        dans les Aurès dans la région entre Arris et Khenchela, allant du Mont Chélia au nord, jusqu’à l'oasis d'El Ouldja (Taghzout) sur les versants sud de massif des Aurès, en traversant la forêt dite  : la forêt domaniale des Imloul (80 000 hectares);
        dans la wilaya de Tébessa (Bekaria);
        dans la willaya d'Oum-El-Bouaghi (Ain Zitoun, Souk Naaman, Ouled Zouai);
        dans la willaya de Batna (Chemora, Létaud);
        dans la willaya de Biskra (M'Chounech);
        dans les régions de Guelma et de Oued Rhiou;
        dans la Wilaya de Relizane;
        dans la région de Sfisef (Wilaya de Sidi Bel Abbès);
        au sein de la tribu d'ait Saada Daïra de Yattafen, Wilaya de Tizi Ouzou1
        dans la Petite Kabylie, près de Béjaia, dans les Babors du côté de la tribu des Sekfal.
    Maroc :
        Régions d'Agadir (Aït_Melloul), Kelâat Es-Sraghna et Azilal.

Les Ait Imloul de Béjaia et de Skikda

Du côté de la région de Skikda, un des Béni Imloul de la région de Bougie (B'gayet), s’appelant M'Henna, vint s’installer entre Harrouch et Skikda. Il eut quatre fils : Bechiri, Khezeri, Naïmi et Meslaoui qui furent de valeureux guerriers. Ce sont eux qui refoulèrent les Béni Toufout, les Béni Salah, les Béni Ishak, et les Béni Ouelbèn et s'établirent sur la côte. Cette tribu des Beni Mehanna, a essaimé à son tour : les Beni B'chir et les Béni Khzer, occupèrent une partie du littoral et Ramdan Djamel (ex Saint-Charles) et fondèrent le village d'Oued Zerga.
Les Ait Imloul de Sétif

Les Ait Imloul de cette région sont quelques familles ou fractions implantées encore entre Guidjel et Guellal, non loin de la ville de leurs ancêtres : Dar M'loul, du côté de la grande tribu chaouia : Ouled Ali ben Sabeur.

D'après certaines thèses, les Ait Imloul étaient déjà présents dans cette région de la Numidie avant l'invasion romaine, leur ville était Thamelloula (probablement, la ville médiévale Dar Mloul). Ils furent dispersés une première fois par les guerres et leur centre urbain détruit par les Fatimides 2, d'où un grand exode particulièrement vers les régions montagneuses ainsi que vers le sud, l'ouest et le nord.

Après plusieurs siècles, ces Imloul des hauts plateaux étaient sujet de grands déplacement une deuxième fois dans l’histoire, durant l'époque fatimide et les guerres de positionnement connues à cette époque surtout par les chiites. Ils étaient contraints d'immigrer surtout vers l’Est et vers plusieurs régions du Maghreb.

D’autres refoulements sont connus vers le Xe siècle après l’arrivée des Arabes Hilaliens et les ravages commis contre les populations berbères en général.

Dans l’histoire contemporaine, quelques déplacements surtout vers la région nord de Sétif, à l’époque de la guerre de résistance menée par El Mokrani contre le colonialisme français au XIXe siècle.

Pour ces principales raisons, actuellement et dans cette région de Sétif ne reste qu'un petit nombre de fractions mlouliennes sur l'axe Guellal-Guidjal en allant vers N'gaous.
Les Ait Imloul des Aurès

Les Imloul des Aurès étaient à l'époque ottomane enclavés dans le Caïdat de djebel Chechar, entre l'Ahmar Khaddou de l'ouest et les Béni Oudjana au nord. De nos jours ils préservent pratiquement les mêmes territoires partagés entre plusieurs commune administratives relevant des wilayas de : Khenchela, Batna et Biskra. Selon Carette3 , les Imloul des Aurès se répartissent dans les cinq clans suivants :

1- Ait Moussa ou Abdallah (3 fractions)

    Ait El Hadj (3 sous-fractions : Ait Abbès , Ait Boukhalfa et Ait Chehat).
    Ait Achour (2 sous-fractions : Ait Merzoug et Ait Athmane).
    Ait Belkheddour (Khdadra) : 2 sous-fractions : Ait Nçar et Ait Ouennès).

2 - Ait Aissa (3 fractions)
    Ait Djaber
    Larbaa
    Ait Ali ou Bakhouche

3- Ait Maassem (4 fractions)
    Ait Chekroun (Chekarna)
    Ait Aissa ou Herrath
    Ait Elbordj (Arab el-Bordj)
    Ait Chekrid (Chekarda)

4- Aït Taghzouth (4 fractions)
    Ait Kabrine
    Ait Hend Chaïb
    Ait Ali
    Ait Issa

5- Icherqiyen (2 fractions)
    Ait Braham
    Ait Abellou

Les centres des Béni Imloul de l'Aurès étaient l'oasis d'El Ouldja (Țaghzouț), au bord d'Ighzar n'Ait Meloul (Oued Al Arab), le village de Lamserť (M'sara) au nord, ainsi que l'ancien village grenier, Tighza Iferraj ("tighza", pluriel de "taghzout"), situé à mi-chemin entre ces deux localités et au milieu de la vaste forêt des Ait Imloul (80 000 hectares), Laqsar N'tromit (Ksar Erroumia, pour Carette-1846), plus communément connu comme Laqsar n'Ait Aissa, ancien village numide et forteresse romaine dont il ne reste actuellement que des ruines.

Une petite oasis au rivage de l'oued mloul connue jusqu'à la fin du XIXe siècle par ce même toponyme : Mloul, a été cédée à une tribu voisine : Ait Tifourgh (tribu de djebel Chechar). Cette petite oasis porte actuellement le nom de Chebla, sur l'Oued Al Arab. Chebla est considérée comme l'un des premiers centres villageois des Ait Meloul, avec El Ouldja et Lqsar N'tromit.

Après une campagne du Sultan Hafside Abdel Aziz contre les Imloul de Tozeur et leur allié Ben Muzni Emir du Zab chergui successivement, vers l'an 1381, depuis cette date, les Imloul dispersaient çà et là, la majorité d'entre eux s'installèrent dans le territoire connu dans les procès de sénatus-consulte sous le nom de Douar Ouldja-Chechar actuellement partagé entre les communes de M'Sara, El-Ouldja et Khanguet sidi nadji, on les trouve sous cette appellation (Mloul) dans les documents historiques et cartes des explorateurs ayant travaillé pour l'armée française durant les années 1837 à 1890 (Carette, Warnier, ...), ainsi que dans les rares documents turcs qui abordaient l'histoire de cette région avant l’occupation française ; mais surtout dans différents actes de propriété des terres datant de cette époque (et avant) en possession des descendants de quelques fractions mlouliennes.

Le territoire meloulien regorge de vestiges berbères témoignant de l'occupation de cette région depuis la nuit du temps, ce qui renforce la thèse que les Ait Meloul tirent leurs origines de cette région orientale des Aures, toujours considérée comme arrière base et refuge durant les périodes difficiles (guerre, famine, sécheresse).

    qu'Ibn Khaldoun (dans des versions plus originales de son livre d'histoire des berbères et son Prolégomène), rapporte qu'après leur défaite pour la quatrième fois, au Zab (Biskra), devant le sultan Hafside à la suite d'une grande expédition, ils ont fui vers leur pays, c'est-à-dire vers le nord où se situent leurs territoires à ce jour,

    l'élément linguistique : la langue amazighe (dialecte zénète) parlée par les Ait Imloul est de certaine richesse et originalité incroyable qu'on ne trouve pas chez les autres berbères même leurs voisins Auressiens.

    beaucoup d’histoires et de rites préservés à ce jour, sous une forme ou une autre chez les Ait Imloul, attestant de leur présence dans cette région avant la conquête arabo- musulmane, comme : le témoignage de la capture d'Aksel (Koceila) ainsi que sa réaction et sa révolte contre Okba ibn Nafiâ, rapporté par les chroniqueurs et historiens arabes du Moyen Âge.

Jusqu'à l'indépendance de l'Algérie, les Ait Imloul de cette région sont connus par un mode de vie semi-nomade entre deux localités, selon les saisons et le type d'agriculture, entre El Ouldja (Taghzout) au sud (automne/hiver) et M'sara (Lamserť) au nord (printemps-été-début d'automne) en passant par Tighza Iferraj en aller et retour pour stocker les moissons et les récoltes dans des greniers dédiés à cet effet. Le village de Tighza Iferraj est le premier village (martyr) bombardé par l'armée française le 12 novembre 1954 durant la guerre de libération algérienne. La population d'El Ouldja fut chassée de chez elle en 1956
Les tribus voisines des Ait Imloul de l'Aurès

Actuellement, la situation et la répartition des territoires des tribus auressiennes en général ne diffèrent pas de celle notifiée officiellement par les Français en 1846, à part quelques déplacements dus essentiellement aux rivalités tribales sinon à des conditions de sécheresse et de famine connues durant de longues années. Parmi les exodes rapportés, soit par l'histoire orale ou écrite de la région, nous mettons en exergue celle des Ait Berbar (Beni Berbar); Avant, ils occupaient les terres situées autour de la région de l'actuelle Chechar, ils demeurèrent entre les territoires de deux rivaux, les Nemamecha à l'est et sud-est et les Beni Amrane à l'ouest.

Sous la pression des deux voisins et de la sécheresse qui frappait à cette époque, les Ait Barbar ont été contraints de partir vers le nord pour trouver des terres du côté des Hraktas au nord de l'actuelle Ain Touila où ils sont installés à ce jour. Avant leur exode, ils étaient les alliés privilégiés des Ait Mloul, au point où il y a une fraction mloullienne qui descend directement d'un jeune guerrier qui a intégré les Imloul, ce dernier est originaire de Ait Brahem petite fraction des Beni Barbar et cette descendance s'appelle aussi Ait Brahem.

Les voisins des Ait Mloul sont :

    les Ait Oudjana, au nord-est et à l'est
    les Ait Baâdache, les Ouled Ali ben Flous et les Braja, à l'est
    les Achech, Ait Tifoughekh (Ait Tifoura), au sud-est
    les tribus du Zab de l'est (Zab Chergui): El Khedar (Souamâa, Rouabeh et Ouled Seuoud), Ouled Sakhri, au sud
    les Serahna, les Cheurfa de Labâal et les Ouled Slimane ben Aissa, au sud-ouest
    les Cheurfa de Kimel (Cheurfa de Sammer), à l'ouest
    les Ait Bouslimane et les Ait Daoud, au nord
    les Ait Saâdoun (petite fraction), au nord-ouest

Les Imloul de Tébessa

Vers la fin du XVIIIe, une petite fraction de Ait Aissa (citée en haut) a émigré pour occuper la région de Bakkaria (Baccaria) dans la wilaya de Tebessa, à côté des Ouled Sidi Abid, cette dernière est formée essentiellement des Djaberis (Ouled Djaber). Ils forment actuellement plusieurs familles ou petites fractions à savoir :

    Ait Chibba, composés des Djabri
    Ait Bouchama, composés des Amrani, Meddour et Benmeddour
    Ait Khemadja, composés des Salhi, Messaoudi et Sayad
    Ait Bouguerra, composés des Zouai, Bouguerra et Zouaoui
    Ait Abdessalem, composés des Djabri et Abdessalem

Les anciens Imloul de Bakkaria racontent toujours leur histoire d'immigration à partir de l'Aurès vers Bakkaria la fin du XVIIIe siècle, et aucun ne doute de son exactitude, ce qui écarte la thèse de leur arrivée directement de Tozeur à l'époque hafside. Cependant, malgré l'éloignement de ces derniers de leur région natale, ils restent à ce jour liés à leur famille d'origine, ils préservent jalousement leur patronyme ancestral ‘’Ait Meloul’’. Ils sont régulièrement en contact avec leurs frères et ont à ce jour des héritages (terres) portant leurs noms dans la région de Msara et El Ouldja au cœur des Aurès. Les différentes branches mélouliennes (de Bakkaria, de Msara, de Chemora, de Litaud, d'Oum Bouagh et d'ailleurs) sont à chaque fois réunies lors des différentes occasions familiales communes.
Les Imloul d'Oum El-Bouaghi

    Ait Imloul, de Ain Zitoun
    Ait Imloul, de Souk-Naaman
    Ait Imloul, d'Ain Mlila

Emirat des Béni Imloul

Au temps des Hafsides, Abou l'Abbas, roi de la Tunisie, confie à un émir des Béni Imloul dont le nom est : Yahia Ibn Yemloul (Yahia n'ath Imloul) l'Emirat, dont la capitale était Tozeur. Cette principauté se prolongea sur un immense territoire, y compris le Djérid et l'Aurès oriental jusqu'à (Biskra et même le Zab) lors du début de la révolte de Yemloul4
Légende d'un cavalier d'Ait Imloul dit Lazreg Melloul

Il s’agirait en fait d’une historiette, d’un grand amour, d’un défi social face aux tabous qui régissaient, comme un maître plus que colonialiste, les affaires de la cité, tant sur le plan affectif que relationnel.

Lazreg est originaire de la banlieue sétifienne. À proximité de Mezloug. Les Ouled Melloul. Là, vivent encore beaucoup de familles qui sont installées depuis fort longtemps à Sétif. L’on cite les Serrai. Toute l’histoire serait bâtie, selon le ouï-dire, sur une preuve d’amour incontestable.

L’adorée, l’aimée dont je ne peux citer le nom, aurait demandé à son jules (Lazreg, un homme beau, fort et riche, dit-on) qui venait, tout juste, d’acquérir une machine agricole, l’on venait de connaître les moissonneuses-batteuses, comment fonctionnait ou s’articulait ce mastodonte mécanique d’où sortait un vrombissement jamais écouté ? Il lui expliqua l’objectif et l’utilité d’un tel engin. Surprise par de telles prouesses et hâtive de voir ce grand objet faire son travail, elle supplia son doucereux amoureux de le faire passer à l’acte. Nous étions au mois de mars, l’épi n’est pas encore apparent. Le blé non plus. C’est la période de la germination. L’on n’y voyait que quelques touffes bien verdâtres.

Cette demande, pour Lazreg, ne constituait pas exclusivement un vœu émanant d’un être qu’il chérissait au plus fort souffle qui l’animait mais aussi, il pensa y trouver un plaisant ravissement face à son environnement à remporter et davantage, tous les défis. Que vaudrait en finalité le fait d’exaucer à contre nature ce que souhaitait l’amante, elle aussi toute jeune, désirée par tous y compris le hakem de la région et que cette beauté conforme aux contours du charme autochtone sétifien des Aamer arrivait à faire ravir le regard de tous ceux qui osent le porter sur cette frimousse angélique.

En ce mois de mars, en plein gel, Lazreg ordonna à ses métayers, médusés, de moissonner l’étendue de ses immenses champs. La machine grondait et commençait à tondre et faucher les quelques tiges qui sortaient à peine de la terre noire de Melloul. Les gens qui assistaient à ce spectacle inédit avaient tous la mine désarçonnée. Ils ne pouvaient comprendre ce qui aurait poussé le héros à débuter ainsi l’écriture d’une future histoire. Mythique et légendaire. Affichant altièrement un léger sourire aux bords de ses lèvres gercées par le froid, il dégustait la jubilation qui se dégageait des yeux vifs et scintillants de sa muse. Le décor qui s’offrait à sa vue venait de suppléer, en séance publique, à la preuve inégalée de l’amour qu’il avait pour elle. Seule la machine semblait intéresser la jeune fille. Elle ignorait à quel désastre avait ramené sa petite envie. L’essentiel pour lui étant de voir sa passionnée joyeuse. Ainsi serait fait, entre autres faits saillants, le tissu romanesque de cette idylle melloulienne.
Célébrités

    Daoud Ibn Imloul, grand savant de l'époque almoravide 5
    Yahia Ben Ymloul, Émir de Tozeur
    Liamine Zeroual, président de la République (1995 - 1999)
    Chaabane Ghodbane, Général major, commandant des forces navales.

Bibliographie

    Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères
    Division d'algérie par tribus 1846
    Al Mû'nis fi akhbâr Ifrlqiya wa Tunis, histoire de l'Afrique par ibn abu dinar el kairouani
    Histoire de l'Afrique temps anciens, 1830, Ernest Mercier
    Elbekri : description de l'Afrique septentrionale
    L'Algérie en 1882 col. Noëllet
    Société archéologique de Constantine, B. Wattas ,1921
    Journal de la Société historique, 1878, Masquery_Dj. Chechar
    Société archéologique de Constantine, Khanga, 1915
    Bulletin archéologique - Épigraphie de Sétif
    Histoire de l'Afrique d'el_kairouani
    Histoire ancienne de l'Afrique du Nord - GSELL, édition de 1927

histoire amazigh

Volubilis ⵡⵍⵉⵍⵉ est une ville antique berbère

juillet 26, 2018

Volubilis ( Wlili ) ⵡⵍⵉⵍⵉ

Volubilis est une ville antique berbère puis romanisée, capitale du royaume de Maurétanie , située au Maroc, sur les bords de l'oued Rhoumane, banlieue de Meknès, non loin de la ville sainte de Moulay Idriss Zerhoun.


Le site archéologique de Volubilis est situé sur la commune rurale de Oualili, qui dépend de la préfecture de Meknès et de la région de Fès-Meknès.
Partiellement découverte de nos jours, la cité antique éclot à partir du IIIe siècle av. J.-C. en tant qu'établissement punique et se développe rapidement à partir du moment où elle entre dans le giron romain, pour dépasser une superficie de 42 hectares.

La parure monumentale de la ville se développe particulièrement au IIe siècle, à la suite de l'enrichissement économique de la région. Située dans une région aux riches potentialités agricoles, cette ville vivait du commerce de l'huile d'olive. On retrouve dans ses ruines de nombreux pressoirs à huile. Cet enrichissement se traduit également dans l'architecture privée par la construction de vastes villas pourvues de belles mosaïques. La cité apparait comme « un centre de rayonnement de la civilisation romaine en Maurétanie Tingitane » selon Néjat Brahmi.
La région, jugée indéfendable, est abandonnée par les autorités impériales romaines en 285. La ville, communauté urbaine christianisée puis cité musulmane, continue d'être habitée pendant sept siècles. La dynastie idrisside, considérée comme fondatrice du Maroc, y est fondée au VIIIe siècle. Au XIe siècle le site est abandonné et la population est transférée à 5 km de là, vers la cité de Moulay Idriss Zerhoun.

La ville ne subit pas de dégradations conséquentes semble-t-il jusqu'à un tremblement de terre au milieu du XVIIIe siècle. Par la suite les ruines sont utilisées en particulier pour les constructions de Meknès.

Identifié tardivement au XIXe siècle, le site fait partie du patrimoine protégé du Maroc depuis 1921. Le site fait l'objet de fouilles archéologiques depuis le début du XXe siècle et la moitié en est dégagée à ce jour. La qualité des trouvailles et du site a abouti à son classement sur la liste du patrimoine mondial par l'UNESCO. « Exemple éminent d'un ensemble architectural illustrant l'organisation de l'administration punique, pré-romaine et romaine en Afrique, [Volubilis] est aussi le lieu de permanence des sociétés qui ont habité le Maghreb extrême ».

Des origines aux guerres puniques
Le site de Volubilis, avec « toutes les caractéristiques d'un refuge naturel, du type de l'éperon barré » est occupé dès le Néolithique, mais il nait en tant qu'entité urbaine à l'époque maurétanienne, où l'entité joue le rôle de capitale du Royaume de Maurétanie, aux IVe siècle av. J.-C.-IIIe siècle av. J.-C. et se développe surtout au IIe siècle av. J.-C. Les vestiges les plus anciens, essentiellement haches polies, meules et également polissoirs, sont rares et trouvés hors contexte.
Des fouilles archéologiques entreprises sous le quartier sud de la ville pourraient apporter la preuve d'une installation néolithique.

Les Phéniciens puis les Puniques fréquentent très précocement les côtes africaines à partir du Ier millénaire et leur civilisation pénètre l'intérieur des terres à partir de comptoirs, dont Lixus et Tanger. Les Puniques de Carthage fréquentent la zone géographique à partir du IVe siècle : avec les échanges commerciaux la langue et les institutions puniques pénètrent dans l'actuel Maroc. Quatre inscriptions en langue punique ou néo-punique ont été découvertes sur le site, malheureusement fragmentaires. Des inscriptions en langue libyque ont également été retrouvées, mais non encore déchiffrées.
Au nord du Maroc actuel, le royaume indigène de Maurétanie se développe même si les frontières en sont encore floues.
La région est influencée par la civilisation grecque au travers de la diffusion des objets. Cette influence grecque passe d'abord par Carthage avant d'être le fait de Grecs présents à la cour numide.

Les techniques de constructions et les artefacts retrouvés soulignent cette même influence. Cependant la cité, comme la Maurétanie, combat Carthage aux côtés de Massinissa, allié des Romains. Dans les guerres puniques, les rois maurétaniens jouent « un jeu complexe d'alliances et de retournements ». Baga s'allie à Massinissa contre Carthage. La cité reste à l'écart des circuits commerciaux méditerranéens jusqu'au règne de Bocchus.

Une cité d'un royaume allié de Rome
Le royaume maurétanien est unifié après la chute de Carthage en 146 av. J.-C. à l'issue de la Troisième guerre punique. Le roi Bocchus, à la charnière du IIe et du Ier siècle, est également par la suite un allié de Rome contre Jugurtha, « dernière tentative d'un prince numide d'échapper à l'emprise romaine en Afrique ». La Maurétanie de Bocchus s'étend vers l'est du fait de l'intégration d'une partie du royaume de Jugurtha.

Les fils de Bocchus Ier, Bogud et Bocchus, se partagent le royaume de leur père. Alliés tous deux de Jules César, ils prennent des partis différents après les Ides de mars et sont donc partie prenante à la guerre civile romaine. Bogud, allié de Marc Antoine, est tué en 38 et le royaume de Maurétanie est réunifié. À la mort de Bocchus II en 33 av. J.-C., le royaume sans souverain est administré par Rome qui installe des vétérans dans les colonies de Tingis, Banasa, Zilil et Baba.

Le roi de Numidie Juba Ier met fin à ses jours et son fils futur Juba II est emmené à Rome et y est élevé au sein de la cour. Il y reçoit « une éducation gréco-romaine très complète » et devient un des grands savants de son temps, écrivant en grec ancien. Il est en 19 av. J.-C. marié à Cléopâtre Séléné et sa capitale était Iol, actuelle Cherchell, « creuset où se mêlaient les cultures indigène, punique, grecque et romaine ». Ce couple se devait de « représenter fidèlement les valeurs de Rome, à les propager et à s'en faire les garants ». Le mode de vie romain se serait développé à partir des couches sociales privilégiées dans les deux siècles de la Paix romaine. La majeure partie de la population reste autochtone.

La langue punique, attestée au IIe siècle av. J.-C., se maintient dans sa composante néo-punique à partir de 100-80 av. J.-C. jusque sous Juba II, roi vassal de Rome et époux de Cléopâtre Séléné placé sur le trône en 25 av. J.-C. par Auguste. Pendant son règne, Jérôme Carcopino (suivi par Prévot et alii) pense que Volubilis fut une résidence royale, mais cette situation ne dura pas et les indices d'une telle qualification sont ténus, avec les œuvres d'art uniques que sont le portrait de Juba ou celui de Caton. Le souverain soutient Rome dans la répression de révoltes numides.

Ptolémée, son fils, lui succéda en 23 ap. J.-C. Le royaume tenu par un « Roi allié et ami de Rome », cette dernière profitait tout à la fois du commerce et de la sécurité pour deux provinces importantes, la Bétique et l'Afrique proconsulaire.

La ville, qualifiée d'oppidum par Pline l'Ancien (au début du "livre V" de son "Histoire Naturelle"), se développera sur plus de 10 hectares. Elle fut protégée, sous le règne de Juba II, par une enceinte en brique crue, avec des maisons de même matière à l'intérieur. La cité royale maurétanienne avait peut-être une superficie de 12 hectares. La cité maurétanienne est prospère, dispose de monuments importants et le commerce est attesté par les découvertes archéologiques : céramique importée campanienne, amphores italiques Dressel, monnaies de Gadès et monnayage local en particulier sous Juba II. La cité est ouverte aux influences extérieures durant cette phase de son histoire, punique puis romaine, ce qui facilita peut-être la romanisation ultérieure. Après l'annexion de la Maurétanie à l'Empire romain, un tumulus fut élevé sur l'angle Nord-Est de l'enceinte. C'est certainement un monument commémoratif érigé à la mémoire des soldats morts au cours de la guerre contre Ædemon. Dès avant la provincialisation de la Maurétanie Tingitane, Volubilis est une cité montrant des traits de romanisation : certains des magistrats comme le fameux Marcus Valerius Severus, portent des noms romains et sont inscrits dans la tribu romaine Galeria, ce qui indique l'obtention de la citoyenneté romaine.

Festival Raconte-Arts

juillet 20, 2018





  Festival Raconte-Arts: début de la 15e édition jeudi à Tizi-Ouzou 

 TIZI-OUZOU - La 15ème édition du Festival Raconte-Arts débutera jeudi au village Tiferdoud (70 km au Sud-est de Tizi-Ouzou) et s'étalera sur une semaine en perpétuation depuis 14 ans d'une "dynamique d'engagement citoyenne".Lancée en 2004, la manifestation a acquis "un impact certain dans la région et même au-delà", estiment plusieurs observateurs et acteurs de la scène artistique locales.

Cette 15ème édition sera marquée par la consécration d'une journée au village hôte pour se faire connaître auprès des visiteurs. Une initiative qui consacre une idée force de cette manifestation qu'est "la participation citoyenne effective".
"Nous avons décidé, à partir de cette édition, d'instituer une journée consacrée au village hôte pour faire valoir ses atouts auprès de ses hôtes en accord avec un principe fondateur du festival qu'est la participation citoyenne", a expliqué Hacène Metref, l'un des membre fondateurs et directeur du festival. Un principe qui était l'une "des motivations premières ayant présidé au lancement de la manifestation", a-t-il relevé.
Ce principe a été "adopté sans difficultés par les citoyens et les villages qui l'ont pris à bras le corps en s'engageant eux-mêmes dans la préparation de la manifestation", s'est félicité M. Metref, ajoutant : Le festival "n'est plus la propriété des ses promoteurs, mais de tous ceux qui y participent".
A ce propos, et à la question sur l'éventualité d'exporter le festival, le responsable répond que "cela ne relève pas des organisateurs car il n'a pas de tuteurs, il suffit que l'idée soit prise par des acteurs locaux et chaque région ou wilaya aura son festival".Une manière de vivre ensemble
De par son mode d'organisation impliquant une large participation, le festival constitue "une aubaine pour promouvoir la citoyenneté", a estimé, pour sa part, Mohamed Salem Sadali, membre du comité de village de Tiferdoud et coordinateur du comité d'organisation de cette 15ème édition.
L'organisation de cette édition, a-t-il précisé, "n'a pas été déterminée par le prix du village le plus propre décerné au village Tiferdoud en 2017, mais, s'inscrit en droite ligne des objectifs que nous nous sommes tracés".


"Après la consécration reçue en 2017, il fallait maintenir cette ferveur de participation au sein de nôtre village et l'accueil de ce festival s'est imposé pour nous comme une suite logique de nos objectifs", a expliqué M. Sadali, poursuivant : "Nous avons atteint nôtre premier objectif qui était de vivre dans un cadre agréable et propre, il fallait l'agrémenter de quelque chose qui puisse apporter de la joie de vivre et, aussi, maintenir la participation et perfectionner la solidarité créée".
Pour le coordinateur du comité d'organisation, l'objectif de cette manifestation est de "promouvoir le vivre ensemble, s'organiser et penser des projets d'avenir ensemble, surtout pour les jeunes générations qui n'ont pas vécu cette solidarité ancestrale qui existait au sein de nôtre société".

Ressusciter la cohésion sociale par l'engagement
Ce festival est une manière de " ressusciter la cohésion sociale par l'engagement" de chacun pour une œuvre commune, a souligné pour sa part, Jugurta Nekmouche, anthropologue et directeur de thèses à l'Université Mouloud Mammeri (UMMTO) de Tizi-Ouzou.

"C'est une idée originale qui peut prétendre à la réparation, par l'engagement pour une œuvre commune, de la cohésion sociale entamée par plusieurs facteurs, à commencer par la longue nuit coloniale et de tout ce que nôtre société a vécu comme drames et tragédies depuis l'indépendance", a-t-il jugé.
La solidarité, qui était une valeur ancestrale au sein de nôtre société a été, "entamée dans ses ressorts par les différentes péripéties de nôtre Histoire et il est nécessaire de recréer des liens au sein de la société à la faveur de la paix sociale retrouvée", fait-il remarquer.
Aujourd'hui, "la notion même de temps a évolué, les gens sont éparpillés et pris par les péripéties de leur quotidien et il est primordiale de trouver des formules permettant des dynamiques communes".
A ce propos, a-t-il renchérit, "la société peut saisir, à travers ce festival, qui est à la base une manifestation festive et de détente, que le sens de son salut est dans une dynamique d'engagement pour une œuvre commune" et partant, ajoute-t-il " permettre de relancer le relais générationnel rompu".

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L'arabisation nous a été imposée

juillet 19, 2018

ABDELHAMID MEHRI À LA RADIO «L'arabisation nous a été imposée par De Gaulle»
 
Il estime que les divergences étaient d'ordre idéologique et non militaire.
«L'arabisation nous a été imposée par le général de Gaulle», a indiqué l'ancien secrétaire général du FLN, Abdelhamid Mehri, qui a été hier l'invité de l'émission Hassad Ethakafa de la Radio culturelle. «Il a voulu mettre en oeuvre une stratégie pour faciliter le contrôle d'une société en rébellion. Il l'a rendue obligatoire, y compris pour les Français; le décret fut signé par Debré et De Gaulle avec bien-sûr des arrière-pensées politiques», poursuit-il. Mehri revendique une vision globale des langues pour les mettre à l'abri des exploitations politiques.
Intervenant sur le thème de l'écriture de l'histoire, l'ancien ambassadeur de l'Algérie à Paris a indiqué qu'elle a été «injuste» et «incomplète» dans le sens où il y a eu «occultation d'une partie de l'histoire pour laisser le champ libre à son exploitation politique».
Il considère que «l'expérience collective» dépasse de loin les considérations personnelles. Il est vrai que «le groupe des 22» fut à l'origine de la «création» de l'histoire ou sa genèse mais la suite est devenue affaire d'un peuple.
L'appel du 1er Novembre fut «le coup d'envoi d'une culture politique solide» mais «ceux qui s'y étaient opposés réfléchissaient en militaires». La réussite de la révolution est le résultat d'une stratégie, poursuit-il. Déroutant.
Lorsqu'on veut écrire l'histoire, on doit tenir compte de cet aspect. Il estime que l'essentiel est de témoigner. Mais un témoignage donné ne reflète qu'une vision sous un seul angle. Il faudra, en conséquence, rassembler les outils qui contribueront à faciliter la tâche des historiens.
Mehri n'est pas venu faire de la simple rhétorique. Les journalistes n'ont pas manqué de poser leurs questions. En tête figure un commentaire sur la visite de Sarkozy à Alger. Mehri réplique: «Je ne lui accorde autre importance que celle qui puisse contribuer à résoudre les problèmes. Il ne peut donc répondre à toutes les questions qui englobent les relations algéro-françaises qui sont complexes». Il considère que la communauté d'origine algérienne est classée en «seconde catégorie» aux côtés des autres Français. Il ne s'agit donc pas d'une simple question de visas, lance-t-il pour clore ce chapitre.
Abordant un autre volet, il dit que le Congrès de la Soummam se situe dans la continuation du 1er Novembre dans la mesure où ses initiateurs voulaient tenir le congrès constitutif durant la première année de guerre. Il estime que les divergences étaient d'ordre idéologique, sans pour autant relever une distinction idéologique entre le texte du 1er Novembre 1954 et la plate-forme de la Soummam. Dire aujourd'hui -comme cela a été rapporté par beaucoup d'écrits- que le conflit se situait entre politiques et militaires est loin d'être fidèle à la réalité, soulève-t-il. «Qui était militaire et qui était militant politique dans l'ALN?», s'interroge-t-il.
Selon Mehri, le projet culturel de la révolution a été réalisé en partie pendant les premières années d'indépendance. Il y avait une véritable dynamique culturelle. Mais au lieu de faire du FLN une force de réunification, on en a fait une logique d'exclusion. Réduire l'histoire à des journées fériées incombe aux générations de responsables.


L'Expression le 15 - 11 - 2006

Abdelhamid Mehri, né le 3 avril 1926 à El Khroub (wilaya de Constantine) et mort le 30 janvier 2012 à Djasr Kasentina (wilaya d'Alger), est un homme politique algérien, membre du FLN.
 

Biographie
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Il s’engage dans les rangs du Parti du peuple algérien (PPA) puis du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) dans lequel il est membre du comité central.Arrêté en novembre 1954, il reste en prison jusqu’en avril 1955. Quelques mois plus tard, il est désigné au sein de la délégation extérieure du Front de libération nationale et occupe le poste de membre du Conseil national de la Révolution algérienne, puis celui de membre du Comité de coordination et d'exécution.À la constitution du Gouvernement provisoire, il occupe le poste de ministre des affaires nord-africaines dans la première formation et celui de ministre des affaires sociales et culturelles dans la deuxième.Il est connu pour le projet qui porte son nom, « le projet Mehri » qui constitue une réponse au projet de de Gaulle.Il meurt à l'âge de 85 ans, le 30 janvier 2012, à l'hôpital militaire de Aïn Naâdja à Djasr Kasentina, dans la banlieue d'Alger.  

histoire amazigh

La Numidie ⵉⵏⵓⵎⵉⴷⴻⵏ

juillet 19, 2018

La Numidie     http://idles.me.ma

  La Numidie (en berbère : Inumiden, 202 av. J.-C. - 40 av. J.-C., ) est un ancien royaume berbère, situé dans ce qui est maintenant l'Algérie et une partie de la Tunisie et de la Libye, au Maghreb. Ses fondateurs sont les Numides, un peuple berbère. Le royaume était bordé à l'ouest par le royaume de Maurétanie, à l'est par le territoire de Carthage puis l'Afrique proconsulaire romaine, au nord par la mer Méditerranée et au sud par le désert du Sahara.
LA NUMIDIE

La Numidie avait pour capitale Cirta (l'actuelle ville de Constantine). Le cœur de la Numidie se situerait donc dans l'actuel Constantinois, une plaine bordée par le Hodna, la Petite Kabylie et les Aurès. Berbères sédentaires ou semi-nomades, les Numides étaient répartis en différentes tribus. Les tribus berbères de l'Extrême-Ouest de la Tunisie furent également considérées comme numides ; cependant les Numides se distinguent des Maures, regroupés en fédération peuplant l'Ouest de l'Afrique du Nord et des Gétules dans les confins sahariens.

La Numidie a eu plusieurs rois, des aguellid, les plus célèbres étant Massinissa, Micipsa, Jugurtha, Juba Ier. Le royaume doit son succès à l'action de Massinissa, et à l'alliance avec Rome.

Les tribus de la partie orientale de la Numidie portaient le nom de Massyles, et celles de la partie occidentale celui de Massæsyles ; divisés politiquement en « deux royaumes numides », ils seront unifiés par Massinissa vers 205 av. J.-C., âge d'or du royaume. La Numidie est alors prospère, comporte plusieurs villes et une civilisation originale. L'agriculture céréalière est particulièrement développée dans le Constantinois et le commerce méditerranéen dans l'Ouest de la Numidie. Les Carthaginois sont complètement évincés des places littorales et de l'Est de l'« Afrique » et des campagnes militaires sont lancées à l'est jusqu'en Tripolitaine. Cependant les querelles de succession affaiblissent les Numides, et provoquant l'intervention des Romains. La guerre de Jugurtha marque le déclin définitif des Numides, le royaume de Numidie est réduit à son tiers Est par les Romains. Ces derniers attribuent les deux tiers Ouest au roi Bocchus de Maurétanie qui trahit son gendre Jugurtha, roi de Numidie, au bénéfice des Romains. De 105 av. J.-C. à 46 av. J.-C. la Numidie est ainsi un royaume au territoire réduit. Le soutien de Juba Ier aux adversaires de Jules César lors de la guerre civile lui est fatal. Juba et les adversaires de César sont défaits et la Numidie est annexée par Rome pour devenir la province d'Africa Nova.

Roi Numides 
202 – 148 av. J.-C.Massinissa
148 – 118 av. J.-C.Micipsa
148 – 145 av. J.-C.Gulussa
148 – 140 av. J.-C.Mastanabal
118 – 117 av. J.-C.Hiempsal Ier
118 – 112 av. J.-C.Adherbal
118 – 105 av. J.-C.Jugurtha
105 – 88 av. J.-C.Gauda
84 – 82 av. J.-C.Hiarbas
88 – 60 av. J.-C.Hiempsal II
60 – 46 av. J.-C.Juba Ier

Culture Amazigh

Les derniers berbères d'Egypte

juillet 09, 2018

Siwa : Les derniers berbères d'Egypte


"Oui nous parlons le tamazight, oui nous mangeons le couscous, mais nous sommes Égyptiens à 100%". Ainsi se caractérisent les habitants de Siwa, une oasis située à 560 km à l'ouest du Caire et à proximité avec les frontières égypto-libyennes, en plein désert.
En quittant la côte Nord de l'Egypte et s'enfonçant dans la route goudronnée dans le désert aride, personne n'a l'impression qu'il va découvrir un trésor de beauté. Puis l'on se retrouve subitement devant une étonnante forteresse qui surplombe une colline. Autour, des maisons faites de "karshif", un mélange de terre et du sel. Le "vieux" Siwa a été à moitié réduit à néant par des pluies diluviennes. La nuit tombée, on se croirait dans la maison de Dracula comme l’on voit au cinéma.
Le matin, on ouvre les yeux sur une immense palmeraie. Une verdure qui cache le désert derrière. On pourrait se croire dans les régions berbères du sud du Maroc et en Algérie.
Siwa, qui compte 25 000 habitants, est le point le plus oriental de peuplement berbère (amazigh) et le seul en Égypte, ce qui confère au lieu une singularité toute particulière.
Siwa, la berbère Les premiers habitants de Siwa sont venus d'Afrique du Nord il y a 12 000 ans. Ils appartenaient à la tribu "Zanatha". On y trouve aussi des Takrours, originaires des berbères noires comme les Touaregs de Mali et du Niger. Leur premier chantier fût à l’époque la construction de la forteresse de Shali, au centre de l'oasis, pour se protéger des attaques des nomades. Puis ils ont construit le village d'Aghurmi, situé autour du temple d'Oracle, où Alexandre le Grand aurait eu la confirmation qu'il était bien un descendant direct du Dieu Amon.
L'oasis était alors coupée du reste du monde. Elle n'avait aucun lien avec l'Egypte pharaonique. Siwa était surtout connu pour être un point de repos des hommes qui, à dos de chameau, convoyaient les marchandises entre l'Afrique du Nord et l'Orient.
En l'an 708, les Siwis doivent affronter les Musulmans venant de la péninsule arabe pour conquérir l'Egypte. Il faudra attendre le 12eme siècle pour les voir se convertir à l'Islam. De cette époque date l'apparition des premières tribus arabes autour de l'oasis.
En 1926, l'oasis a commencé à s'étendre au-delà de Shali. Suite aux pluies diluviennes de cette année là, les habitants ont commencé à descendre de deux anciens villages et à construire leurs villages actuelles.
Jusqu'à 1975, Siwa était totalement isolée, aucun service n'était disponible. Lors de la visite de l'ex-président égyptien Anwar el-Sadate à Siwa cette année là, les Siwis ont demandé la construction d'une route qui les lie à la ville la plus proche, Marsa Matrouh, sur la côte Nord. Cette route a été achevée dix ans plus tard. A partir de ce moment, la vie des Siwis a changé. "Un hôpital, un bureau de poste et d’autres services gouvernementaux ont vu le jour, se souvient Medhat Hweitti, directeur de l’Office de Tourisme à Siwa, cela a amélioré la qualité de la vie des habitants". Cette route a également aidé l'oasis à être plus accessible pour les touristes malgré tout de même 10 heures de route…
Puisqu'ils vivent au milieu du désert, on pourrait penser que les Siwis sont des nomades, mais c'est en fait une société agricole de premier degré. L'agriculture est l'activité principale de l'oasis. Les habitants y cultivent des dattes, des olives, des fruits.
Les Siwis n'ont jamais été de grands aventuriers du désert. Ils en ont toujours plutôt eu peur. Le Sahara, ils l'ont découvert récemment avec la venue des touristes. "Je l’ai découvert peu à peu il y a dix ans avec mon cousin quand il a acheté son 4X4 et a debuté ses excursions dans le désert qui nous entoure", se souvient Mahmoud Qenawy, un des guides touristiques de Siwa.
Une société tribale La société siwie a toujours eu sa propre façon de gouverner, bien loin des lois égyptiennes. De façon générale, les habitants se moquent de savoir quand auront lieu les prochaines élections législatives et présidentielles dans leur pays. A Siwa, chaque tribu a un leader, appelé "Cheikh". Celui-ci doit être sage et riche. C’est lui qui gouverne le clan. Un conseil des Sages, formé d’au moins 10 personnes représentant les différentes familles de la tribu, aide le cheikh.
Au dessus des cheikhs des tribus, il existait le Conseil des Sages de Siwa (majless al-Ajwad) qui était formé d’un leader et de 40 sages pour gouverner l’oasis. Après l’arrivée des organes gouvernementaux, celui-ci a disparu. Mais, les chefs des tribus ont gardé énormément du poids dans la société siwie, surtout dans le règlement des conflits entre les habitants, grâce au grand respect que leur porte la population. "Maintenant, les verdicts prennent majoritairement la formes d’amandes qui sont, dans la plupart des cas, distribuées aux pauvres de la tribu", note Cheikh Omar Rageh, 43 ans, chef du clan des Awlad Moussa (fils de Moussa).
Le cheikh représente sa tribu devant le gouvernement et le juge de première instance lors de conflits commerciaux entre les habitants. La décision du cheikh est définitive. Mais selon cheikh Omar, ce fonctionnement est en train de changer : "Maintenant, en raison de l’éducation, certains ne respectent plus le verdict du cheikh et recourent à la justice civile qui applique la loi sans comprendre la société", regrette-t-il. "Celui qui le fait perd le respect de la tribu".
La société siwie a pu contenir, jusqu'ici, les différentes cultures qui l'ont envahies comme les Romains dans le passé et les bédouins arabes maintenant. Les Siwis ont tellement influencé les bédouins que ces derniers, qui vivent dans l'oasis, parlent le tsiwit (un dialecte tamazight qui comprend des mots arabes du dialecte égyptien) et ont presque les mêmes traditions que les berbères. Ils en ont pratiquement adopté le mode de vie siwi.
La famille de Saïd en est l'exemple parfait. La mère est siwie, le père est bédouin, leurs enfants maîtrisent les deux langues, et toute la famille ( 35 personnes !) vit dans une maison typiquement siwie sur deux étages, construite à base d'argile. "Mes enfants et mes petits-enfants ont le visage rude des bédouins avec les yeux verts des berbères", s'amuse le patriarche de 72 ans.
Les siwis ont plusieurs points communs avec les berbères, outre la langue et le couscous. L'architecture de leurs anciennes maisons ainsi que les habits traditionnels de la femme ont beaucoup de points communs. Mais ils se considèrent complètement différents des berbères d'Afrique du Nord. Pour eux, ces derniers sont "racistes" vis-à-vis aux Arabes, "alors que les Siwis sont tolérants et peuvent coexister avec l'autre", comme le dit Mahmoud.
La place de la femme à Siwa La communauté siwi est très conservative. Il est rare de voir une femme dans les rues et, si on la voit, un homme, même étranger, n’a pas le droit de l’aborder. Une fois qu'elle est mariée, la femme siwi est couverte de la tête au pied d'un "malaya", un large drap bleu-grisâtre et un carré de tissu noir qui lui cache le visage. La femme à Siwa doit être accompagnée dans tous ses déplacements d'un homme même si celui est beaucoup plus jeune qu'elle...
Des traditions dont beaucoup d’entre de jeunes femmes se passeraient bien. Parmi elles, Nour, 18 ans. Dans six mois, elle sera mariée et ses superbes yeux gris-vert surlignés de khôl seront cachés en public sous le malaya. "C’est mon financé qui m’y oblige. Je n’ai pas le choix. Je ne peux pas m’y opposer. Ici, toutes les filles le portent une fois mariées". Sa sœur de 15 ans est elle aussi fiancée à un garçon du village. Dans la culture siwie, la fille est fiancée à l’âge de 10 ans. Son futur époux a le droit de lui rendre visite, pendant 5 ans, deux fois par an, lors de l’Eid el-Fetr et Eid el-Adha (le petit et grand Bairam). Si c’est l’homme qui choisit sa femme, la future épouse a le droit de s’y opposer. Pour Mahmoud, qui a une petite fille de 5 ans, l’avis de la famille de la fille est le plus important: "Si ma fille me dit demain qu’elle veut se marier avec le garçon qu’elle a croisé dans la rue, mon rôle est de la conseiller. Ici, on voit tous les jeunes hommes grandir. On connaît leur famille. On est parfois mieux placés que la fille pour savoir si elle sera heureuse avec cet homme ou pas. L’avis du chef de tribu est aussi primordial. Il connaît le passé des habitants, il sait s’ils sont honnêtes ou non".
Selon cheikh Omar Rageh, la société siwi a, ces derniers temps, beaucoup évolué en passant d’une société assez fermée à une société plutôt ouverte. "Avant, l’homme pouvait voir les femmes non mariées de l’oasis et leur parler directement à seulement deux occasions : Le jour du Mouled (le jour de la naissance du prophète) et lors de la fête d’al-Seyaha". Cet événement existe toujours aujourd’hui à Siwa. Il consiste en une fête d’amour et de la tolérance qui dure 3 jours aux pieds de la colline al-Dakrour. "Désormais, cela a changé. Les garçons et les filles se voient plus facilement par le biais de l’école".
Le mariage et ses rites Le jour de mariage est décidé par la famille de l’époux, alors que celle de la fille a le droit de le reporter de 3 à 5 jours. Les mariages à Siwa sont souvent de véritables fêtes pour tout le village. Il n’est pas rare que 2000 personnes assistent aux noces ! Le mariage est étalé sur 3 jours qui commencent par une bataille entre les femmes des deux familles pour récupérer l’épouse. Pendant ce temps, l’époux, timide, ne voit pas son père. Et la fête se termine par une rencontre de réconciliation entre père et fils en présence de la famille de l’épouse et les amis du fils.
La famille de Safiha, 25 ans, est en pleine ébullition. Dans un mois, sa sœur se marie. Il faut finir de préparer les tenues de la mariée. En générale, la future épouse change cinq fois de robes, toutes plus belles les unes que les autres. La dernière est couverte d’une première couche de motifs brodés avec des fils de couleurs puis d’une seconde avec des milliers de perles de toutes les formes. "On s’y prend un an à l’avance pour la réaliser. Les femmes de la famille s’y mettent toutes. Elles doivent être expérimentées. Il faut compter 8 ans d’apprentissage avant qu’une fille puisse commencer à broder".

Dans une autre pièce de la maison, des femmes confectionnent des plateaux en feuilles de palmiers. Ceux-ci font partis de la dot. Ils servent traditionnellement à recevoir le pain tout juste sorti du four des maisons.
La plus grande frayeur pour ces femmes, qui ont souvent la main haute sur tout ce qui concerne le foyer, c’est la polygamie. Une tradition là encore difficile à accepter pour les Siwies. "Je connais des hommes qui ont plusieurs deux femmes sans raison. C’est vraiment une chose horrible. Vivre à trois sous un même toit, je n’aime pas cela", confie Safiha. Cheikh Omar Rageh, lui, affirme que cela est refusé par toute la société siwie. "Les polygames sont rares dans notre société. Il faut une raison bien grave, comme la maladie, pour que l’homme puisse se marier avec une autre femme", ajoute-t-il. Le divorce est, quant à lui, mal vu à Siwa, il est d’ailleurs pratiquement inexistant dans l’oasis.
Une autre crainte, un peu plus surprenante, de ces femmes, est que leur mari devienne guide touristique. "C’est un métier un peu nouveau aussi. On n’a pas l’habitude de voir un homme siwi entouré d’étrangères avec leurs mœurs plus légères…" poursuit, un peu gênée, Safiha.
Face aux touristes, les guides Siwi sont d’ailleurs eux-même souvent timides. Ils ont parfois honte d'accompagner un groupe de femmes étrangères. Si ces touristes ne respectent pas les traditions de l'oasis et se baignent en bikini dans les sources d'eau, ils détournent immédiatement le regard. Siwa est aussi l’un des rares endroits touristiques en Egypte, voir la seule partie dans le pays, qui n'accepte pas le mariage d'un de leurs fils avec une étrangère. Même si l’on entend parfois des histoires de certains jeunes Siwi partis vivre à l’étranger avec une touriste rencontrée dans l’oasis…
Conservation du patrimoine La singularité de l’oasis attire bon nombre d'associations internationales qui cherchent à améliorer la qualité de vie des Siwis tout en préservant leur mode de vie. Elles financent des micro-crédits.
Parmi ces structures, "l'Association de Siwa pour le développement de la société et la protection de l'environnement". Cet organisme, monté grâce à l'aide technique et financière italienne, a pour objectif d'aider les pauvres familles siwis à obtenir un crédit afin de commencer un projet comme la fabrication des tapis, l'artisanat, la bonification des terres, la réhabilitation des anciens jardins d'olives et la construction de maisons typiques.
L'association organise également des ateliers afin de sauvegarder la technique de fabrication des habits traditionnels de moins en moins portés.
"Nous n'imposons pas d'intérêts lorsque nous accordons un prêt. Le remboursement est échelonné sur 3 à 8 ans, selon l'importance du crédit qui ne dépasse pas les 16 000 livres égyptiennes (2000 euros). L’aide offert par l'association n'est pas en monnaie, seulement en matière", indique Karam Abdel Meguid, chargé d'accorder les crédits à la population.
Karam aimerait voir les riches Siwis contribuer au financement des activités de son association afin d'aider les plus pauvres. Mais en même temps, en tant que siwi, il comprend ce comportement. "Notre association n’est pas vraiment indépendante. Elle est sous le contrôle du gouvernement. Or les Siwis n'ont souvent pas confiance dans les projets financés qu’il finance".
D'autres Siwis ont fait de leur tradition, un buisness. L'objectif de l'association de Mahmoud Qenawy, notre guide touristique, est de faire apprendre aux siwis comment attirer les touristes sans endommager la nature de l'oasis. Mahmoud, qui est bénévole au sein de cette structure, monte aussi des projets destinés aux écoles de l'oasis pour maintenir sa propreté avec notamment des séances de ramassage des poubelles dans les allées des palmeraies.
Son association des "Siwis pour le développement touristique et la protection de l'environnement" dépend totalement de la contribution financière des donateurs Siwis dans ses activités.
"Par exemple, nous aidons les guides touristiques à avoir rapidement le permis de camper dans le désert pour leur groupe et, en échange, ils nous versent une petite somme d'argent", ajoute-t-il.
Mais ces ONG sont autorisées par l’Etat car elles ne cherchent pas à distinguer la culture siwie de celle de l'Egypte, ce qui n’est pas le cas pour l'association de la "protection du patrimoine de Siwa", qui a été refusé par l’Etat pour des raisons "sécuritaires". Le dirigeant de cette organisation, le cheikh Omar Rageh, aurait pourtant voulu sensibiliser les jeunes à l’importance de leur propre culture, musique, langue, coutumes même habits.
"Les Siwis apprennent le tsiwit à la maison avant même d'aller à l'école. C'est un langage parlé. Mais c'est un héritage fragile. La société a besoin de programme comme celui là", souligne le chef de tribu, passionné par le tamazigh. Il affirme qu’il ne cèdera pas face aux pressions de l’Etat. "Le gouvernement a fait de Siwa une réserve naturelle pour protéger l’environnement, les plantes et les animaux, mais je veux protéger les Siwis".

Siwa, victime de sa beauté
L’an dernier Siwa a accueilli quelque 20 000 touristes dont 13 000 étrangers. Ces visiteurs représentent pratiquement la moitié du revenu des Siwis : La plupart d'entre eux ont une activité liée au tourisme (guide, magasin d'artisanat, restaurant...etc). Les premiers étrangers ont commencé à découvrir Siwa dans les années 80. Les Egyptiens, eux même s’y sont rendus en vacances plus tard il y a 15 ans.
A choisir, les Siwis préfèrent les touristes étrangers car ils respectent l'environnement même s’ils ne respectent pas les coutumes vestimentaires.
Le tourisme n’est pas sans impacts négatifs sur les traditions des Siwis. Le projet de l'Etat égyptien de transformer l'aéroport militaire qui se trouve à proximité de l'oasis en un aéroport civil, est celui que redoutent le plus les habitants. "C'est vrai qu’il va changer la qualité du tourisme à Siwa, nous accueillerons des gens riches au lieu de routards, ce qui va permettre à l'oasis de devenir plus prospère. Mais on va perdre en calme. Les hôtels de luxe vont débarquer et la pollution va envahir notre petit paradis... J'ai peur que Siwa perde son identité dans quelques années", explique Yehya Qenawy, président du Conseil populaire du Siwa et guide touristique.
Yehya estime que le gouvernement a commis des erreurs dans sa volonté de développer le lieu, notamment en construisant un imposant complexe sportif avec stade de foot, piscine olympique… "Au lieu, de construire un stade de 25 000 places qui n’a jamais servi à rien, le gouvernement devrait plutôt améliorer les moyens de transports terrestres vers Siwa et installer des services tout au long du chemin vers l'oasis".

Yehya n’est pas prêt non plus d’oublier le jour où le gouvernement égyptien a décidé de carreler la source de Cleopatra (là où se baignent les touristes au cœur de l’oasis) pour la décarreler quelques mois plus tard. "Je vois bien que les autorités essaient de restaurer certains sites touristiques, mais c’est parfois catastrophique", ajoute Yehya.

Autre difficulté pour les Siwis : Les 2 millions de livres égyptiennes (250 000 euros) demandés par les autorités lors de la création d’une agence de tourisme. Les Siwis voudraient bien se voir exemptés de ces frais. "Nous n’avons pas les ressources pour avancer une telle somme", note Yehya qui espère avoir un jour sa propre compagnie et son propre hôtel.
"Les autorités nous limitent aussi dans nos déplacements avec les visiteurs dans le désert. C’est elles qui nous délivrent une permission pour s’y rendre. Ces autorisations sont valables seulement 24 heures. Or les touristes veulent camper dans les dunes 2 ou 3 jours et ce qui nous oblige à retourner chaque jour dans l'oasis pour avoir un nouveau permis. Pourquoi ne nous donnent-ils pas un permis de 4 jours s'il y a besoin ?", s'interroge Yehya.
Les défis de Siwa
Le principal challenge à Siwa concerne l’agriculture. Les eux souterraines ne sont pas suffisantes alors que l’eau salée, issue du drainage agricole, augmente, ce qui a déjà causé la destruction de beaucoup de palmiers. En même temps, l’oasis est toujours privée d’un système d’égouts. "Un projet pour se débarrasser des eaux usées est en cours mais l’administration est très lente. Il y a dix ans que l’on attend qu’il soit réalisé", précise Yehya.
Le cheikh Omar Rageh raconte, avec ironie, qu'à Siwa il y a cinq usines d'eau minérale mais les Siwis boivent de l'eau non-traitée. "Est-ce que nous devons acheter l'eau qui sort de notre terrain ?", s'étonne-t-il.
Pour être plus efficaces dans la résolution de leurs problèmes, les habitants aimeraient que le pouvoir soit décentralisé. "Personne ne peut comprendre les défis que nous affrontons mieux que nous", note Yehya Qenawy.

Article écrit pour le numéro 41 de la revue Le Courrier de l'Atlas (octobre 2010) (Grand merci à Marion Touboul)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2010/NUM041/#/67/

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